FuturForEst : un pari pour l’avenir des forêts du Grand Est

Année après année, les forêts du Grand Est sont durement touchées par les aléas du changement climatique : sécheresses, insectes et champignons déciment des centaines d’hectares. Pour donner un avenir à ces massifs, un projet d’envergure a vu le jour : FuturForEst.
©ONF

Plus qu’un jeu de mot bien pensé, le projet de recherche participative FuturForEst est ambitieux et prometteur pour l’avenir des forêts françaises. Son objectif ? Rendre les forêts plus résilientes et adaptées au changement climatique et maintenir une forêt diversifiée, riche et pérenne.

Comment concrètement ? Dix essences nouvelles, dont le pin de Macédoine, le liquidambar, le séquoia toujours vert, le chêne de Hongrie ou encore le calocèdre vont être plantées dans 75 îlots de deux hectares chacun, répartis dans des forêts privées et publiques de la région Grand Est. Selon les scientifiques et les forestiers, ces essences sélectionnées devraient présenter les caractéristiques suivantes :  

  • être tolérante au climat actuel ;
  • être adaptée aux conditions climatiques futures ;
  • produire du bois d’œuvre de qualité.

FuturForEst s'inscrit dans le projet de recherche ESPERENSE. Encadré par de rigoureux protocoles, celui-ci parie sur la mise en commun du savoir pour initier un réseau d’expérimentations multipartenaires. Ce projet aura pour finalité d’améliorer la connaissance sur le comportement des nouvelles essences et provenances dans différents contextes de stations forestières.

Parmi les essences à tester...

Une réponse au changement climatique en forêt

Depuis plusieurs années maintenant, les forestiers du Grand Est assistent au dépérissement des massifs. Les sécheresses à répétition (en 2018, 2019 et 2020), les canicules et les pullulations d’insectes (scolytes ou chenilles processionnaires) mettent à mal l'équilibre forestier. Sur 20 millions d’hectares que comptent les forêts du Grand Est, plusieurs dizaines de milliers sont touchés. Par ailleurs, cette forte mortalité affecte les principales essences de la région : l’épicéa, le sapin, le hêtre et le chêne.

Ces îlots d’avenir sont comme des laboratoires. Ils permettent d’observer à différentes échelles et sur l’ensemble du territoire du Grand-Est la réaction des essences nouvelles. Objectif : vérifier qu’elles sont en capacité de s’adapter à la fois à la gestion et au terroir du Grand-Est.

Hubert Loye, ancien responsable du montage et du suivi des projets complexes dans le Grand Est à l'ONF.

"Jusqu’à présent, la forêt était en capacité de s’adapter aux variations du climat, mais la rapidité du changement climatique fait que ce n’est plus le cas", assure Hubert Loye, ancien responsable du montage et du suivi des projets complexes à l'ONF dans le Grand Est. Autrement dit : les essences n’ont pas le temps de migrer, ou de s’adapter à ces changements.

Ne rien faire constitue un risque important pour la forêt et pour l’écosystème forestier, comme pour la production de bois. Pour parer, ou du moins atténuer au mieux, ces dépérissements de masse, le projet FuturForEst se veut être une des réponses parmi d’autres pistes, avec l’adaptation naturelle des forêts.

4 objectifs pour ces tests :

Un projet partenarial de grande ampleur

Ce projet est bâti sur la participation volontaire de l’ensemble des gestionnaires de la forêt et de la filière forêt-bois, qui se joue aussi au niveau des pépinières ! C’est-à-dire en amont. L’ambition de FuturForEst est de planter de nouvelles essences, et donc de se doter de nouvelles graines, comme celles du chêne de Hongrie par exemple.

L’objectif, c’est que tous les maillons de la chaine soient soudés pour arriver à ce que la forêt française soit encore là , et en bonne santé, dans 100 ou 200 ans.

Luc Picaut, directeur de site Pépinière du Luberon - Groupe Naudet.

Le service graines et plants et la contribution du pôle Recherche, développement et innovation de l’ONF sont essentiels pour assurer l'approvisionnement nécessaire en semences forestières. La sécherie de la Joux, a ensuite pris le relais dans un minutieux travail de triage des graines. Viennent ensuite les pépinières, maillon indispensable à la transformation de la graine en plant.

Au-delà de la production des plants, FuturForEst associe plusieurs propriétaires forestiers : forêts publiques (communes forestières, Etat), et également des particuliers via le Centre national de la propriété forestière (CNPF). FuturForEst dépasse les frontières et implique également la Société royale forestière de Belgique.

Lancée en mars 2019, cette initiative est soutenue par l’Union Européenne et la région du Grand Est. Elle rejoint également les orientations du plan France Relance qui sont de lutter contre le dépérissement forestier et la préservation de ces écosystèmes menacés par le changement climatique.

Nous sommes face à un problème qui traverse les limites de propriétés. Le partenariat ONF/CNPF s’impose. Surtout pour un projet dont l’importance pour les générations futures nous paraît cruciale.

Cyril Vitu, ingénieur CNPF, délégation régionale CRPF Grand-Est.

Estimé à 2 055 millions d’euros pour les 75 îlots (plantation et ingénierie), le projet a été en grande partie subventionné par le FEADER (à hauteur de 1,36 millions d’euros) et la région (0,34 millions d’euros). Pour le reste, le projet s’appuie sur de l’autofinancement de la part de l’ONF, des communes et des propriétaires privés.

Le saviez-vous ?

Au moment de sa construction, FuturForEst s’est appuyé sur les données recueillies par le projet CARAVANE (Catalogue raisonné des variétés nouvelles à expérimenter). Ce dernier rassemble les informations sur l’autécologie des essences pour les mettre à disposition de tous sur le site CLIMESSENCES. Ce dernier a pour vocation de guider les choix en matière d’expérimentation de nouvelles essences, comme ici avec FuturForEst.

Et après ?

Une fois les semis plantés, un suivi de la mortalité sera réalisé par les équipes de l’ONF pendant cinq ans. À partir d’une dizaine d’années, des analyses globales et de la croissance devraient permettre de donner des pistes sur l’utilisation de certaines de ces essences en gestion courante, en fonction des contextes climatiques.

Pour la suite, ce sont les futures générations de forestiers qui observeront les résultats de cette expérience. "Ce qui motive les forestiers autour de ce projet, c’est de pouvoir apporter une contribution à l’adaptation des forêts au changement climatique et de permettre à la société future de bénéficier de tous les usages de la forêt", affirme Hubert Loye.

Un épicéa atteint par des scolytes. - ©Manon Genin / ONF

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