Comprendre la forêt

Qu’est-ce qu’une forêt ? Comment fonctionnent ces immenses étendues boisées ? À quelles dynamiques répondent-elles ? Les écosystèmes forestiers ont des besoins indispensables à leur développement et à celui des espèces qui y vivent. Explications.
Semis de sapin
©Nathalie Petrel / ONF

Du sol au ciel : un cycle naturel

©Jean-Pierre Chasseau / ONF

De la graine à l’arbre

Les arbres sont issus de la germination des graines. Quand une graine tombe au sol, elle germe avec l’arrivée des beaux jours grâce à l’humidité. Elle donne d’abord une racine qui s’enfonce dans le sol pour nourrir la plantule qui émerge. Les premières feuilles apparaissent. Un futur arbre est en préparation ! Certains facteurs peuvent influencer la régénération naturelle des arbres. Parmi eux le climat, l’âge des arbres – trop âgés, ils ne fructifient plus – ou encore la surabondance de jeunes semis.

©Henry-Pierre Savier / ONF

Le vent, les oiseaux et les insectes dispersent aussi des graines et pollens. Le Geai des chênes par exemple est un oiseau qui, chaque automne, cache des provisions de glands dans le sol. Malin, il s’assure de ne récolter que des glands sains, sans parasite, avant de les dissimuler sous des racines, des mousses ou des souches d’arbres. Il lui arrive de ne pas retrouver certaines de ses caches, et c’est ainsi qu’il participe, malgré lui, au renouvellement des chênaies.

Le vent transporte les graines légères comme les samares de l’Erable, dont les ailettes en font de véritables avions au service de la régénération. Quant aux insectes pollinisateurs – abeilles sauvages, papillons, tous butineurs de nectar – ils transportent le pollen d’une fleur à l’autre et permettent ainsi la fécondation des plantes et des arbres.

L’ONF s’engage aux côtés du ministère de la Transition écologique et solidaire

Le plan national d’action « France, terre de pollinisateurs » pour la préservation des abeilles et des insectes pollinisateurs a été présenté par le ministère chargé de l’écologie en mai 2015. L’objectif de ce plan est de mobiliser du plus grand nombre d’acteurs en faveur des insectes pollinisateurs sauvages. Le milieu forestier riche et divers est propice à la diversité des espèces de pollinisateurs. Début 2016, l’ONF soutient diverses actions en faveur des insectes pollinisateurs sauvages.

Un ensemble vivant

Végétaux, mammifères, oiseaux, insectes… En surface comme en sous-sol, les forêts abritent une multitude d’espèces animales et végétales. Elles ont besoin les unes des autres, mais aussi de la forêt pour vivre. L’interdépendance entre les différents maillons de la chaîne alimentaire pourrait se présenter ainsi : les feuilles nourrissent les chenilles qui seront à leur tour consommées par la mésange, qui servira de proie à l’Epervier…

©Christian Pocachard / ONF

Les consommateurs primaires (herbivores ou granivores) comme les chevreuils, les écureuils ou encore les chenilles, se nourrissent de tissus végétaux. Les consommateurs secondaires (carnivores ou insectivores) tels que les hiboux ou les taupes se nourrissent des consommateurs primaires. Enfin, les consommateurs de troisième ordre sont des carnivores qui se nourrissent d’autres carnivores, comme le rapace qui mange une couleuvre, qui s’était elle-même nourrie de lézards.

Les recycleurs, quant à eux, s’attaquent à tout ce qui est mort : les insectes fragmentent les débris tandis que d'autres, essentiellement des bactéries, champignons et vers, en digèrent les molécules organiques pour les transformer en éléments simples. Assimilés par le sol, ils contribuent à la nutrition des producteurs primaires, comme les végétaux.

Le sol, capital santé des forêts

De la graine à l’arbre, le sol est le lieu où tout recommence en un cycle permanent. Les végétaux et les animaux tirent du sol une bonne partie de leurs ressources. Les racines y puisent eau, sels minéraux et oligo-éléments. Les organismes et insectes décomposeurs se nourrissent de feuilles et de débris, les micromammifères et les oiseaux cherchent leur nourriture au sol.

Relevés scientifiques sur le terrain - ©Nathalie Petrel / ONF

Le sol est formé d’une superposition de couches : de la litière en surface à la roche-mère en sous-sol, en passant par l’humus, la couche d’altération et le sol minéral. Par un processus naturel de décomposition, la litière des forêts (feuilles, rameaux, brindilles, bois morts, cadavres d’animaux...) alimente le sol en matière organique ou humus. Celui-ci est à l’origine de la vie végétale : véritable éponge, il absorbe l’humidité et les sels minéraux nécessaires à la croissance des végétaux.

Sapinière dans la lumière - ©Christian Pocachard / ONF

La lumière, indispensable source d’énergie

La lumière est indispensable au développement des forêts. Sans elle, il est impossible pour les végétaux de combiner, en composés organiques, la chlorophylle, présente dans les feuilles, le gaz carbonique de l’air et l’eau. Ce processus est la photosynthèse. Si un arbre, ou une plante, ne dispose pas assez d’éléments nutritifs produits par la photosynthèse, sa croissance s’interrompt. Il peut même en mourir.

Le saviez-vous ?

Tous les arbres n’ont pas besoin du même apport de lumière. Si les arbres des forêts européennes exigent une luminosité directe sur leur houppier (sommet d’un arbre) à l’âge adulte, il n’en va pas de même dans les premières années de croissance. Les essences d’ombre, comme le sapin, le chêne et le hêtre, supportent mal le plein découvert. À l’inverse, des essences de lumière comme le bouleau, le mélèze ou le pin sylvestre, exigent un plein éclairement sur les semis. Quant à l’épicéa, c’est une essence de demi-lumière.

©Giada Connestari / ONF

Autre facteur essentiel : l’eau

Comme la lumière et l’air, l’eau est fondamentale pour la vie de l’arbre. Les végétaux puisent l’eau dans les sols forestiers par leur système racinaire, puis l’acheminent jusqu’aux feuilles. Ensuite, elle s’échappe dans l’atmosphère sous forme de vapeur d’eau. Une fois enrichie par la photosynthèse, la sève descendante nourrit l’arbre.

Tous les arbres sont « hygrophiles », c’est-à-dire qu’ils ont besoin de grande quantité d’eau pour se développer, surtout en période de feuillaison. L'eau permet aux plantes de mettre en solution les éléments nourriciers du sol. Plus un pays est humide, plus les forêts sont susceptibles d'être denses et riches.

Un hectare de hêtraie, qui consomme de 2 000 à 5 000 tonnes d’eau par an, en restitue 2 000 par évaporation. Un chêne adulte pompe près de 200 litres d’eau par jour à une hauteur d’une trentaine de mètres !

©Fiona Farrell / ONF

La forêt, protectrice de l’environnement

La forêt ne se contente pas d’utiliser les ressources de la nature en sa faveur. Elle rend aussi de précieux services à son écosystème. 

La forêt préserve l’eau…

Les arbres agissent comme de véritables éponges. Ils sont capables d’absorber six fois plus d’eau qu’une simple parcelle d’herbe de surface égale. Toute la pluie ne parvient pas au sol : une partie est captée par les feuilles. Le reste s’égoutte jusqu’au sol et l’eau est ainsi filtrée et purifiée.

Par ailleurs, en absorbant de grands volumes d’eau, les forêts limitent l’érosion des sols et captent une partie des fortes pluies qui peuvent provoquer crues et glissements de terrain.

 … et l’air !

Grâce aux forêts, nous respirons mieux. Lors du processus de photosynthèse, l'arbre absorbe du dioxyde de carbone et rejette de l'oxygène. Ainsi, les forêts constituent de gigantesques puits de carbone. En France, avec près de 70 millions de tonnes de dioxyde de carbone stockés et piégés chaque année dans l’atmosphère, la forêt participe activement à la lutte contre le réchauffement climatique.

La forêt participe aussi à la purification de l'air en filtrant les poussières et les pollutions microbiennes issues de l'activité industrielle. La vitalité de la forêt est un indicateur de santé.

Un rempart contre les risques naturels

Les forêts nous protègent des risques naturels : glissements de terrain, inondations, avalanches… Le couvert forestier atténue aussi les effets du vent.

Un couvert forestier limite l'érosion des sols sur les flancs de montagne et donc l'alimentation des lits torrentiels en matériaux solides. Dans les zones de départ d'avalanche, la présence d'un peuplement forestier dense fixe et stabilise, lorsque l'altitude le permet, le manteau neigeux.

Olivier Marco, chef du département risques naturels à l’ONF

©Jean-Pierre Chasseau / ONF

De la forêt au bois

Les arbres nous permettent de respirer, mais aussi de nous chauffer ou de meubler nos intérieurs ! Consommer du bois, c’est privilégier une ressources écologique et renouvelable.

Le matériau bois

Construction, ameublement, matériaux isolants, emballages, palettes, bois-énergie… Le bois offre un éventail de produits industriels qui répondent aux besoins de la société. Recyclable, le bois est une matière première renouvelable à l’infini, à condition qu’il soit durablement géré et prélevé dans le respect de l’accroissement naturel des forêts. Outre ses qualités esthétiques, le bois est un isolant naturel et conserve aussi bien la chaleur que la fraîcheur. C’est aussi un matériau résistant et durable : ce n’est pas pour rien qu’il forme les charpentes des habitations depuis des siècles !

Une énergie verte

En juillet 2016, le gouvernement a adopté une loi pour favoriser la transition énergétique en France pour une croissance verte. L’objectif : porter la part des énergies renouvelables à 32% de la consommation finale d'énergie d'ici à 2030. Energie renouvelable par excellence, le bois utilisé comme source d’énergie représente 47% des énergies renouvelables utilisées en France et se présente sous trois formes principales : les bûches, les granulés de bois et les plaquettes forestières. Chaque mètre cube de bois énergie offre l’avantage de limiter le recours aux énergies primaires.