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L'Aigoual, un massif diversifié et contrasté

Le massif de l’Aigoual est un territoire aux multiples patrimoines et aux multiples fonctions. Son histoire et sa situation géographique reculée en font un espace attachant et original.

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En montant vers Valleraugue, vue vers l'observatoire de l'Aigoual aux couleurs de l'automne © Valère Marsaudon / ONF

Situé en région Occitanie, le massif de l'Aigoual s'étend entre les Cévennes et les Causses. Quatrième plus grande forêt domaniale par sa superficie, la forêt couvre plus de 16 000 hectares, dont deux tiers sur le Gard et un tiers sur la Lozère. Culminant à 1570 m le Mont Aigoual accueille un observatoire météorologique. Les deux versants sont contrastés, en pente douce vers l'Atlantique et abrupts côté méditerranéen.

Dès lors le climat est varié, avec les pluies et brouillards de l'influence atlantique et les épisodes orageux connus sous le nom « d'épisode cévenol » côté méditerranéen.

La grande variabilité du climat et des étagements de végétation - avec l'étage montagnard dominant, rendent le massif et les paysages particulièrement divers.

Ces éléments ont été pris en compte lors des opérations de reboisement qui se sont déroulées à partir de la fin du XIXe s et la forêt a progressivement évolué. En altitude, aux essences résineuses comme l'épicéa, le mélèze et le pin à crochets, se sont supplantés le hêtre et les sapins qui préfèrent des conditions de vie plus ombragées. En descendant vers les vallées, le châtaignier et le chêne pubescent boisent les paysages.

Pour en savoir plus

Une histoire de reconquête

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Le domaine de Pueylong, à proximité de l'Espérou, aux environs de 1900 © ONF

Les études révèlent l'influence majeure des activités humaines sur les dynamiques végétales. La déforestation s'est propagée avec l'intensification des pratiques pastorales à l'époque gallo-romaine, puis au VIIIe s. avec le développement de la culture du châtaignier sur les flancs de l'Aigoual et des céréales en plaine, et plus tard au XIIIe s. la culture de l'olivier à l'étage méditerranéen.

A partir du XVIIIe siècle, les forêts furent surexploitées pour satisfaire les besoins en chauffage, en charbon et l'essor des industries de verrerie, forges, soierie, etc. L'économie cévenole reposait sur la châtaigneraie, la sériciculture (élevage du ver à soie) et le pâturage transhumant. Avec la disparition progressive des deux premières activités, la pression du pâturage s'accentua sur la végétation et les sols. En 1850 il ne restait plus que 2 200 ha de bois sur ce qui allait devenir la forêt domaniale de l'Aigoual (aujourd'hui de 16 124 ha). Ce déboisement entraîna une érosion majeure des sols et des crues catastrophiques.

Le pastoralisme sur les pentes de l'Aigoual

Le pâturage transhumant est une pratique ancienne sur le massif qui conserve les traces de ces chemins ou « drailles » qui le sillonnent. 500 000 moutons montaient des plaines du Languedoc vers les Cévennes au XIXe s. ! Ils ne sont plus que 20 000 aujourd'hui, dont 10 000 sur l'Aigoual.

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le pin à crochets à la reconquête des terrains érodés © Christèle Gernigon / ONF

La mise en œuvre des lois de restauration des terrain de montagne (1860, 1864 et 1882) par Georges Fabre (pour le côté gardois), et Emile Deuxdeniers côté lozérien, a changé radicalement le paysage et réduit les risques d'inondation. Les forestiers ont ainsi participé à la transformation des systèmes agraires tout en permettant aux paysans de conserver leur activité agricole dans les terrains les plus favorables.

Les méthodes de reboisement ont permis de reconquérir le massif, en semant 38 tonnes de graines et en plantant 68 millions d'arbres essentiellement résineux, et surtout du Pin à crochets, entre 1860 et 1914 !

En complément des essences européennes, un réseau de sept arboretums a été implanté sur le massif afin de conduire des expérimentations sylvicoles sur des essences exotiques.

Avec le souci de maintenir les hommes en montagne, les terres les plus propices au pâturage ont été conservées, la population s'est en partie maintenue et la forêt s'est réinstallée progressivement. Le reboisement a eu des effets positifs sur la rétention des sols, parallèlement aux travaux de génie civil (murets de pierre sèche, fascines).

Le retour de la forêt

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Richesse et diversité forestière © Anne-Marie Granet / ONF

Les travaux de reboisement de la fin du XIXe et du début du XXe s. ont transformé le paysage. En 150 ans, le taux de boisement est passé de 25 à 75% sur le massif de l'Aigoual ! La forêt occupe une large part de ce territoire, même si de vastes milieux ouverts sont également présents (vallée de la Dourbie, pelouses sommitales de l'Aigoual, vallées lozériennes aux paysages ouverts de Fraissinet et de la Jonte, etc.). Les peuplements forestiers sont variés (en forme et en essences, hêtraie, sapinière, pinède), les ruisseaux sont omniprésents, dans une diversité remarquable.

C'est ainsi que les aménagements forestiers qui se sont succédé ont permis de mettre en valeur les peuplements résineux et les hêtraies. La production de bois s'oriente pour le hêtre vers la vente de bois de chauffage et pour les résineux, comme les sapins et les épicéas, la fabrication de palettes, de bois de coffrage et de charpentes, ainsi que du bois d'industrie (papeterie) et du bois énergie. Depuis son installation initiale pour lutter contre l'érosion, la forêt de l'Aigoual joue un rôle socio-économique croissant dans la vie du massif.

Une biodiversité remarquable

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Le Pic noir loge de préférence en hêtraie © Alain Perthuis / ONF

Depuis la Renaissance, les naturalistes et botanistes s'intéressent à ce massif. Plus tard, la collaboration entre le forestier Georges Fabre et le botaniste Charles Flahaut, notamment pour la création de l'arboretum de l'Hort-de-Dieu va accentuer le caractère scientifique des études botaniques.

La diversité d'altitude du massif permet à des espèces végétales méditerranéennes comme le Chêne vert ou l'Erable de Montpellier de côtoyer des « reliques glaciaires » des sommets, comme le Lis de Saint-Bruno. Le Parc national des Cévennes a quant à lui inventorié les « forêts anciennes » de la zone cœur et développé un plan d'action de conservation et de gestion.

La présence d'arbres de gros diamètre, le bois mort, les arbres à cavités sont propices à un cortège d'espèces vivantes comme les lichens, champignons, insectes, chauves-souris, oiseaux etc. Et par exemple, pour les oiseaux forestiers, la reconquête du massif par le Pic noir et la Chouette de Tengmalm est emblématique. Le creusement par le pic de loges dans les gros fûts de hêtre favorise ensuite la présence du petit rapace nocturne, mais aussi l'utilisation des cavités par d'autres animaux. On peut citer la présence d'oiseaux remarquables comme le Circaète Jean-le-Blanc, le Grand-Duc, mais aussi de mammifères comme la Loutre, et 21 espèces de chauves-souris.

Les enjeux restent aussi importants sur la gestion des milieux ouverts comme les crêtes rocheuses, les tourbières et les pelouses et landes d'altitude qui parsèment le massif. Des travaux de réouverture de ces milieux fragiles sont entrepris par l'ONF en partenariat avec le Parc national des Cévennes, par exemple sur les crêtes rocheuses en faveur du rare papillon Apollon ou ailleurs pour créer des zones de gagnage pour les cervidés.

Le tourisme, composante essentielle du territoire

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Le parc du château de Roquedols © Anne-Marie Granet / ONF

Le massif de l'Aigoual est très fréquenté en toutes saisons. Au sommet, avec l'observatoire météorologique, dans l'abîme de Bramabiau avec la rivière souterraine au château de Roquedols ou en forêt, les visiteurs sont nombreux pour profiter de la nature et des patrimoines.

Une large palette d'activités s'offre au tourisme : des sentiers de randonnée (pédestre, cycliste, équestre), de découverte ou d'interprétation, la station de ski de Prat Peyrot, des parcours d'orientation proposés par le Pôle nature aux 4 saisons, des animations estivales, etc. Soit environ 700 000 visiteurs par an, dont 200 000 se concentrent au sommet !

Les espaces sont témoins du rôle majeur que tiennent la forêt et le massif de l'Aigoual vers la pluri-activité : production de bois et pastorale, préservation des milieux et accueil du public.

La ferme de la Serreyrède habitée par des paysans jusqu'en 1860, est aujourd'hui la Maison de l'Aigoual, maison du Parc national des Cévennes, de l'Office du tourisme Mont Aigoual Causses Cévennes. La maison de l'Aigoual accueille également une boutique de producteurs locaux.

Pour en savoir plus

L'observatoire météorologique du Mont-Aigoual

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L'observatoire sur la crête © Christèle Gernigon / ONF

Le projet d'observatoire météorologique au sommet de l'Aigoual, porté par Georges Fabre, est construit entre 1887 et 1894. Il est inauguré en 1894. Les mesures scientifiques se sont accumulées depuis cette époque, source d'information exceptionnelle sur le climat. En 1943, les précurseurs de Météo-France succèdent aux forestiers. Les relevés sont aujourd'hui automatisés. Un espace ouvert au public depuis 1985 est dédié à la découverte de la météorologie. Celui-ci va se transformer d'ici 2020 en centre d'interprétation et de sensibilisation aux changements climatiques.

L'observatoire météorologique du Mont-Aigoual au cours des saisons

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