Forêt d'Exception® : dans la vie d'une cheffe de projet et d'un forestier

Avec ce journal de bord, apprenez-en plus sur le label Forêt d'Exception® en compagnie de Marlène Treca, cheffe de projet pour la forêt et conservatrice de la Réserve naturelle régionale du Val Suzon, et Fabrice Tattu, forestier à l'Office national des forêts (ONF). Deux récits croisés à la première personne.

Le journal de bord de Marlène Treca

Le site du Val Suzon est un véritable écrin forestier. Il marque sa singularité par l’imbrication forte des différents statuts qui caractérisent sa forêt et la protègent : labellisé Forêt d’Exception®, le Val Suzon est également un site classé et une Réserve naturelle régionale qui intègre en partie une zone Natura 2000 et des zones de protection de captages d’eau.

Les différents statuts de protections permettent notamment de mutualiser les financements (de la Région, de l’Europe…) et de proposer un projet commun à la forêt domaniale et à la réserve naturelle régionale. En d’autres termes, le plan de gestion de la Réserve naturelle régionale est le contrat de projet Forêt d’Exception®.

Œuvrer sur un site exceptionnel et protégé comme le Val Suzon implique que nous soyons, plus que jamais, exemplaires en matière de gestion forestière.

Marlène TRECA, cheffe de projet pour la forêt et conservatrice de la Réserve naturelle régionale du Val Suzon .

L'une des vocations des Forêts d’Exception® est d’être un laboratoire d’innovation. Par exemple, à ce titre et afin de mieux connaitre la richesse du site, un relevé LiDAR a été réalisé dans le cadre d’un partenariat pour servir une thèse géo-archéologique : sur la base des relevés topographiques et d’informations d’archives, des garennes à lapins datant du Moyen Âge ont ainsi été découvertes sur la vallée.

Le développement d’animations en forêt est également un volet important de notre contrat de projet. En 2020, la forêt du Val Suzon a participé notamment à la manifestation "Octobre Rose" : le 10 octobre, en partenariat avec la Ligue contre le cancer du sein, nous avons organisé des activités en forêt orientées sur le bien-être (sophrologie, randonnées…). Ce projet collaboratif (avec l’Office du tourisme, des animateurs Natura 2000…) était d’ailleurs un autre bel exemple des actions que nous arrivons à mettre en œuvre depuis la mise en place du label Forêt d’Exception®.

Forêt domaniale de Val Suzon. - ©ONF

Dans nos programmes de travaux, nous veillons particulièrement à toujours concilier les différents enjeux et problématiques qui concernent cette forêt. Au-delà d’être une Réserve naturelle régionale, le site est classé pour ses paysages : notre travail est notamment consacré à la mise en place d’aménagements pour valoriser ces panoramas, tout en intégrant les enjeux de biodiversité et les fonctions sociales de la forêt. Nous avons, par exemple, travaillé avec un ingénieur paysagiste sur la résorption d’un point noir dans une vallée, dû au passage d’une ligne à haute tension : l’option retenue fut de faire évoluer la lisière sans impacter l’écosystème de la forêt.

Pour protéger ce site exceptionnel, nous devons parfois recourir à des méthodes moins coutumières dans le cadre de nos aménagements forestiers. Par exemple, le statut de Réserve naturelle, nous permet de justifier plus facilement le recours à des opérations innovantes (mais plus coûteuses), telles que le débardage à cheval, pour préserver les milieux.

Le journal de bord de Fabrice Tattu

Dans la forêt du Val Suzon, les jours se suivent… et ne se ressemblent pas ! Après avoir passé une journée en compagnie d’un scientifique pour suivre les abeilles, j’accueille le public et leur fais découvrir les richesses de cette belle forêt domaniale, avant d’achever ma semaine aux côtés des gendarmes, en mission de surveillance. Je m’emploie également à mettre en place des partenariats afin de créer une synergie importante entre les différents acteurs forestiers investis dans la gestion de cette réserve naturelle régionale (naturalistes, scientifiques, collectivités, associations…).

Une Forêt d’Exception® n’est pas tout à fait régie comme une forêt classique, d’autant plus lorsqu’elle se situe dans une Réserve naturelle régionale. Ce statut particulier lui confère une réglementation plus stricte que pour d’autres forêts domaniales ; les missions de surveillances sont, de fait, plus importantes.

Une Forêt d’Exception® n’est pas tout à fait régie comme une forêt classique, d’autant plus lorsqu’elle se situe dans une Réserve naturelle régionale. Ce statut particulier lui confère une réglementation plus stricte que pour d’autres forêts domaniales ; les missions de surveillances sont, de fait, plus importantes.

Fabrice TATTU, forestier à l'ONF.

En 2020, le confinement m’a apporté beaucoup de "surprises" sur le terrain. La forêt et ses locataires en ont profité pour reprendre leurs droits avec une rapidité étonnante : sur un chemin d’ordinaire très fréquenté, j’ai eu le plaisir de croiser des chevreuils et même un renard (animal qui fuit particulièrement l’humain) se prélassant aux abords du sentier. Je ne pensais pas que la réappropriation des espaces par les animaux serait aussi rapide.

Des éco-compteurs, disposés dans la forêt et au niveau des parkings, nous ont également permis de constater que beaucoup de monde continuait à se promener en forêt, malgré les interdictions gouvernementales. Comme je disposais d’une autorisation de déplacement pour effectuer des missions de surveillance, de contrôle ou d’expertise, j’ai eu l’occasion de faire quelques "rappels à la loi" et beaucoup de pédagogie.

Les équipes de l'ONF en observation en forêt de Val Suzon. - ©ONF

Il y a eu des surprises préjudiciables pour la forêt, comme la constatation de balisages sauvages ou de dépôts d’ordures à l’entrée de chaque forêt (tontes de gazon, branches, cendres de barbecue…). Les gens, pensant que la nature avait été désertée, en ont profité pour pratiquer tout type d’incivilités.

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