©Manon Genin / ONF

La forêt domaniale de Pélicier, ce petit coin du Sud où règnent calme et quiétude

Aux côtés de Gérard Peyrotty, forestier à l'Office national des forêts (ONF), découvrez la forêt domaniale de Pélicier. Située, en partie, sur la commune de Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence, elle offre un moment d’apaisement au cœur de ses futaies regorgeant de biodiversité.

"On va sillonner les sentiers et je vais vous laisser vous imprégner de l’ambiance de cette forêt", lance Gérard Peyrotty, forestier à l’Office national des forêts (ONF). Cette forêt ? C’est un paysage du Sud de la France comme on les aime, coloré d’ocre et de vert.

Un calme apaisant règne, agrémenté des chants des oiseaux cachés dans les hauts pins. C’est la forêt domaniale de Pélicier. Gérard nous l’assure, c’est "une des plus belles forêts du coin".

Paysages de la forêt de Pélicier. - ©Manon Genin / ONF

Ici, tout laisse la possibilité au promeneur d’apprécier le massif de tous ses sens et de créer sonpropre imaginaire, sans guide. Pour découvrir les 1 040 hectares de la forêt étalés sur six communes, il faut oser s’y perdre.

Ainsi, le visiteur découvre les "chemins de Pélicier", sillonnant entre de jeunes arbres, puis s’engouffrant sur le chemin des Roches dans de hautes futaies de pins noirs, de chênes pubescents et de cèdres de l’Atlas. Entre milieux ouverts ensoleillés et fraîcheur sous les ombrages des arbres, l’ambiance change en quelques pas.

Sur leur route, les visiteurs trouveront des bancs et chaises longues en bois pour admirer des paysages à couper le souffle plongeant, par exemple, sur le bassin de Forcalquier et la montagne de Lure. Ici, prenez le temps et profitez de la vue.

Des chemins accessibles à tous les publics

Accessible à tous, la forêt domaniale de Pélicier propose aux personnes à mobilité réduite un sentier entièrement aménagé. Situé sur le col de la Mort d’Imbert, il offre deux boucles d’un kilomètre environ, bordées d’un fil d’Ariane et équipées de tables conçues pour les fauteuils roulants. De ce sentier se dessine une imprenable vue sur la plaine de la Durance. 

Des tables-bancs adaptées aux fauteuils roulants - ©Manon Genin / ONF

Le château de Pélicier, berceau de la forêt

Au détour du chemin des Collines au cœur d’un site Natura 2000 (milieu conservé ou rétabli pour favoriser les habitats naturels et la faune et la flore ambiante), dissimulé derrière une allée de chênes, le château de Pélicier apparaît.

"C’est ici que l'histoire de la forêt domaniale a commencé, puisque l’Etat a acheté les terrains avec ce bâtiment en 1899", témoigne le forestier. A cette époque, les nombreuses essences poussant autour de nous n’existaient pas. "Ces collines étaient très exploitées par l’Homme. Il faut imaginer l’endroit comme une ferme du début du XIXe siècle avec de nombreuses zones agricoles, des vignes et des bêtes en pâturage", explique Gérard.

Ce déboisement intensif a entrainé une érosion des sols et d’importants risques en aval, causant des crues, glissements de terrain et inondations. Au milieu du XIXe siècle, les lois sur la restauration des terrains en montagne (RTM) ont donc préconisé le rachat de ces terrains par l’Etat, pour un reboisement de grande ampleur.

À la suite de ces mesures, une pépinière de pins noirs a été installée pour des premières plantations effectuées en 1905, la dernière salve de plantation ayant eu lieu dans les années 1960. Cette essence a été choisie à l’époque pour sa capacité à s’adapter aux sols peu fertiles ainsi qu’aux conditions climatiques parfois extrêmes en climat méditerranéen.

Au fil des années, le bâtiment a connu différentes fonctions avant d’être laissé à l’abandon. "Il me tenait à cœur de redonner une mission à ce château. J’ai remarqué qu’il était devenu le refuge d’une colonie de Rhinolophes, une espèce de chauves-souris en voie de disparition. J’ai donc fait appel à des mécènes, comme Géosel, en plus de la participation de l’ONF et de l’Europe pour financer une partie de la restauration du toit et de deux façades", explique le forestier.

Aujourd’hui le château est le refuge des petits mammifères volants. Les fenêtres ont été murées, sauf quelques ouvertures pour leurs passages et l’aération du bâtiment.

©ONF

Les bienfaits du lierre pour nos forêts

Aux alentours du château, de nombreux lierres grimpants ont été coupés par des visiteurs pensant bien faire. Attention ! Le lierre est une plante très importante pour le maintien de la biodiversité forestière. Son feuillage persistant sert d’abri toute l’année à la faune sauvage (oiseaux, insectes, petits mammifères…). Ses fleurs tardives (septembre-octobre) et ses fruits sont une bonne ressource alimentaire en automne et durant tout l’hiver.

Cette liane n’est pas un parasite et ne présente aucun danger pour les arbres sur lesquels elle s’accroche. Elle constitue une protection contre les aléas climatiques. Son maintien, voulu et favorisé par l’Office national des forêts, est donc très important pour le bon fonctionnement de la forêt.

Le lierre est précieux pour la faune - ©Manon Genin / ONF

La sylviculture au service de la biodiversité

"La biodiversité est potentiellement partout, et moi je m’attache à ce qu’elle le soit encore plus", affirme le forestier en montrant une parcelle de pins jouxtant le chemin en mélange avec plusieurs autres essences. Pour le forestier, "il faut que la forêt soit luxuriant".

Sur son triage, il aime que la végétation soit sauvage, mais tout de même canalisée pour qu’elle puisse être découverte par le plus grand nombre. "Bien sûr, le travail de sylviculture est important, mais il doit s’accorder avec les besoins de la forêt. C’est là que réside le travail du forestier", explique-t-il. 

Au sein de la forêt, l’ONF s’attarde à maintenir des habitats pour la faune et la flore environnante. Des îlots de sénescence (de vieux arbres) sont conservés à courte distance les uns des autres pour que les animaux puissent aller d’un arbre sénescent à un autre. Après une coupe, les rémanents sont élagués et installés au sol pour qu’ils profitent le mieux possible aux insectes et aux champignons.

Grâce à ce travail, la forêt domaniale de Pélicier possède une biodiversité très riche et complexe. Pour mieux la comprendre, des zones à vocation d’étude et de conservation ont été identifiées sur l’ensemble de la forêt. Le but étant de maintenir le plus longtemps possible ces parcelles sans y faire de travaux et, par la suite, de réaliser des inventaires naturalites sur leur milieu. Au total, il existe six zones à vocation d’étude et de conservation à Pélicier.

Surfaces et types de protections environnentales

Divers types de protection s'appliquent en forêt de Pélicier :

  • îlots de sénescence : 20 hectares,
  • îlots de vieillissement : 21 hectares,
  • sites à vocation d’étude et de conservation : 19 hectares,
  • site Natura 2000 : 980 hectares,
  • réserve naturelle géologique : 832 hectares,
  • arrêté de biotope : 216 hectares.

La forêt domaniale de Pélicier dépeint le principe de multifonctionnalité de la forêt dans sa plus juste valeur. L’accueil du public, la gestion de la sylviculture, la pratique de la chasse et le pâturage des bêtes s’accordent et se lient pour offrir aux visiteurs une forêt où il fait bon se promener.  

La forêt de Pélicier en chiffres

Protéger la forêt contre les indendies

Dans les forêts du sud de la France, les forestiers de l’ONF doivent quotidiennement mêler les enjeux de sylviculture aux risques du feu. En 2005, en forêt domaniale de Pélicier, 66 hectares sont partis en fumée. Pour prévenir ces risques, plusieurs équipements ont été créés, comme des citernes et pistes dégagées pour faciliter l’accès des pompiers. Ailleurs, des essences bien spécifiques, tel le sorbier domestique, ont été plantées à grand espacement pour ralentir la progression du feu.

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