Un automne en forêt

Dans les forêts publiques françaises, les forestiers de l’ONF mènent depuis des générations une sylviculture adaptée à chaque contexte forestier et surtout, à chaque saison. L’automne, c’est la saison de la récolte des graines, du martelage des arbres, des plantations, des ventes de bois et de la chasse.
©Jean-Pierre Chasseau / ONF

À la récolte des graines

Lot de provenance de glands dans la sécherie de la Joux - ©Nathalie Petrel / ONF

Les faînes du hêtre, les glands du chêne, la samare de l'érable... A l'automne, les graines des arbres sont mûres. C'est à cette période que l'ONF organise leur ramassage. Mais cela ne se fait pas n'importe où. Les fruits des arbres sont récoltés dans des forêts reconnues pour la qualité et la diversité de leurs peuplements ou dans des vergers spécialement conçus pour la production. Leur provenance est aussi renseignée. Une traçabilité très importante pour ne pas, par exemple, planter une essence d'origine inconnue dans un contexte forestier qui ne lui est pas adapté !

Après le ramassage, direction la sécherie ONF de la Joux (Franche-Comté) créée il y a plus de 30 ans. Les graines y sont traitées et conservées par séchage ou par... cryogénisation ! Elles seront ensuite déstockées à la demande des pépiniéristes indépendants ou pour effectuer des plantations dans les forêts gérées par l'ONF. Les graines peuvent aussi être envoyées directement en pépinières où elles seront cultivées jusqu'à devenir de jeunes arbres prêts à être replantés.

Cette récolte automnale est un indispensable de la gestion forestière. Elle est l'assurance d'une forêt diversifiée et renouvelée, là où la régénération naturelle ne prend pas.

Le saviez-vous ? La récolte des graines ne se passe pas uniquement au niveau du sol

Un grimpeur cueilleur, aussi appelé "écureuil", récolte les cônes de la forêt des cèdres du Petit Lubéron (Vaucluse) - ©Nathalie Petrel / ONF

L'ONF fait aussi appel à des équipes de grimpeurs pour aller les chercher directement dans les arbres.

Ces « glandeurs » ne sont pas des fainéants ! Il s'agit en fait du nom donné aux ramasseurs de glands de chêne.

Par exemple, en forêt domaniale de Bercé, réputée pour ses arbres de qualité, ils sont une cinquantaine à œuvrer pour en récolter quelques 14 000 litres en une dizaine de jours.

©Giada Connestari / ONF

Le martelage

Compas, marteaux, bombes de peinture, compteurs et équipements de protection... Peut-être, au cours de vos balades en forêt, avez-vous déjà vu des forestiers équipés de la sorte. C'est tout à fait normal ! A l'automne, ils réalisent les premières opérations de martelage. Une action de gestion forestière qui consiste à désigner les arbres à exploiter. Il s'agit d'un travail indispensable pour répondre aux besoins de la société et pour assurer le renouvellement des forêts françaises.

Alimenter la filière bois

Répartis « en virée » dans des couloirs espacés d'environ 24 mètres, les forestiers arpentent la forêt de façon très organisée. Leur objectif : marquer, au marteau ou à la bombe de peinture rouge, les arbres qui seront prochainement récoltés pour alimenter la filière bois. La première marque est faite sur le tronc, tandis que l'autre s'effectue au niveau de la souche. Une technique utilisée afin de s'assurer, après la récolte, que seuls les arbres identifiés ont bien été prélevés par les bûcherons et les entreprises de travaux forestiers.

©Frédéric Glon / ONF

Le martelage, une affaire de choix !

©Nathalie Petrel / ONF

Chaque martelage est le fruit d'une mûre réflexion de la part du forestier. Lorsque les arbres poussent à proximité les uns des autres, le forestier va évaluer l'état de chacun, ses défauts et son potentiel, afin de récolter le moins résistant au profit du plus résistant. Les plus beaux arbres bénéficieront ainsi de plus de lumière et d'espace pour se déployer pleinement.

Les équipes de l'ONF, lors des opérations de martelage, désignent aussi des arbres à conserver pour leur haute valeur biologique. Il s'agit le plus souvent d'arbres résistants au réchauffement climatique ou bénéfiques à la biodiversité forestière. Dépérissants, secs, creux, avec des nids... ils peuvent par exemple accueillir une faune et une flore particulière.

Le saviez-vous ?

©Frédéric Glon

Le martelage répond à un code couleur particulier. Si un arbre est marqué à la peinture rouge, c'est qu'il doit être coupé, tandis que la peinture chamois indique les arbres « bios », qu'il faut conserver.

Planter la forêt de demain

Plantation de frêne - ©Alain André / ONF

En forêt, l'automne est, avec le printemps, une saison propice aux plantations. Les forestiers s'en occupent généralement vers la fin du mois de novembre. Mais, pourquoi planter ? La forêt ne se régénère-t-elle pas seule après tout ? La réponse est : oui, la forêt se renouvelle naturellement, mais à 75%, pas à 100% ! En cause : un sol parfois trop sablonneux, sur lequel les graines n'arrivent pas à prendre racine, le gibier, qui mange ces mêmes graines, ou encore, parce que la forêt n'arrive plus à faire face au changement climatique. Les plantations sont donc une solution efficace pour pallier au renouvellement de la forêt. Entre 2002 et 2012, l'ONF a ainsi mis en terre près de 62 millions de plants, dont 34 millions de feuillus environ et 27 millions de résineux, soit 6,2 millions d'arbres plantés chaque année.

Planter : une action plus compliquée qu’il n’y paraît

Plants de merisier - ©Jean-Marc Pechart / ONF

Ces plantations requièrent un véritable savoir-faire de la part des forestiers. Avant toute chose, il faut sélectionner les essences qui correspondent au sol et au climat dans lequel on veut planter. Vient ensuite le travail de la terre : préparer les lignes de plantation, « décompacter » le sol, le retourner, pour que les racines des futurs plants puissent pousser plus facilement. Les forestiers enlèvent aussi, à l'aide d'un râteau scarificateur, les fougères, graminées, ronces et autres herbes nuisibles pour limiter la concurrence végétale.

Le saviez-vous ?

©Istock

On distingue deux types de plantations :

  • les plantations « en semis » : la régénération naturelle de la forêt ne fonctionne pas. Les plantations sont donc effectuées pour assurer, malgré tout, le renouvellement de la forêt
  • les plantations « en garnis » : la forêt se renouvelle naturellement mais peut-être manque-t-elle un peu de diversité. Ainsi, les forestiers plantent de nouvelles essences pour apporter à ce massif davantage de diversité génétique. De quoi lui permettre de mieux résister au changement climatique par exemple.

Les ventes de bois

En 2017, près de 15 millions de mètres cubes de bois ont été récoltés dans les forêts gérées par l'ONF. Construction, ameublement, chauffage, tonnellerie... Ces bois sont vendus pour alimenter de nombreux secteurs essentiels au fonctionnement de notre société. Mais pourquoi organiser ces ventes en automne ? A cette saison, la sève des arbres coule plus lentement. Les arbres sont dits « hors-sève » et sont moins vulnérables aux attaques d'insectes. Leur exploitation présente ainsi moins de risques sanitaires, d'où l'intérêt de les vendre à cette période.

Des bois « sur pied » ou « façonnés »

Commercialisation de grumes de douglas - ©Yves Penet / ONF

Scieurs, mérandiers, tonneliers... Les ventes de bois sont réservées aux professionnels de la filière, qui achètent des bois « sur pied » ou « façonnés ». Deux termes, pas forcément familier !

  • La vente "sur pied" signifie que les bois n'ont pas encore été exploités. C'est à l'acheteur potentiel de se déplacer en forêt, d'examiner la qualité des arbres avant l'achat et de récolter son lot après achat.
  • La vente de bois "façonnés" désigne des arbres qui ont déjà été exploités par les équipes de l'ONF. Les bois ont été triés et stockés en bord de routes forestières ou sur des places de dépôt dédiées. Les acheteurs potentiels n'ont plus qu'à examiner la qualité des bois avant la vente et à les récupérer après l'achat.

Vient le temps de la vente

Vente d'automne par soumissions cachetées - ©Pascal Grillon / ONF

Lorsque que tous les lots de bois sur pied ou façonnés ont été examinés, la vente peut avoir lieu. Plusieurs modes de vente existent :

  • La vente aux enchères publiques est gérée par l'ONF ou par un représentant de l’État. Réunis dans une même salle, catalogue des ventes en main, les acheteurs font une proposition d'achat, de façon informatisée ou par papier, sur les lots qui les intéressent. L'acheteur faisant la meilleure offre, remporte le lot.
  • La vente de bois peut aussi se faire sous la forme d'un contrat de "gré à gré", c'est-à-dire de vendeur à acheteur. Il s'agit soit d'une transaction immédiate, soit d'un partenariat à plus long terme dans le cadre des contrats d'approvisionnements. Ces derniers sont appréciés des industriels du bois, qui peuvent ainsi bénéficier d'un approvisionnement de qualité, régulier et à un prix préétabli.

Le saviez-vous ?

Catalogue des ventes de bois - ©Philippe Vogel / ONF

Les ventes aux enchères publiques s'apprêtent à subir une transformation. Au 1er mai 2018, les professionnels pourront consulter l'ensemble de l'offre de bois proposée à la vente par l'ONF (ventes publiques et consultations de gré à gré) sur une plateforme en ligne. L’outil sera complété en 2019 par un service leur permettant de participer à distance aux ventes publiques de l’ONF.

La chasse

Maintenir l'équilibre forêt-gibier

Chaque année, près de 100 000 chasseurs arpentent les forêts domaniales gérées par l'ONF. Ensemble, chasseurs et forestiers tentent de parvenir à ce qu'on appelle l'équilibre forêt-gibier ou l'équilibre sylvo-cynégétique. Il s'agit de veiller à ce que les populations de gibier restent maitrisées afin d'éviter qu'elles ne mangent toutes les jeunes pousses d'arbres et ne mettent en danger le renouvellement de la forêt. Pour atteindre cet équilibre, les chasses organisées dans les forêts de l'ONF répondent à une réglementation stricte.

Une pratique encadrée

En forêt domaniale, la chasse peut s’organiser de deux façons :

  • En baux de chasse

Le chasseur qui bénéficie d’un bail devient locataire d’un lot de chasse en forêt domaniale, souvent pour une durée de 12 ans. En échange, il doit respecter les consignes de l’ONF en ne chassant que les espèces autorisées, dans les limites autorisées. Pour contrôler le respect de ces consignes, chaque animal tué est muni d’un bracelet unique permettant de l’identifier. Le non-respect de ces consignes donne lieu à une verbalisation.

  • En licence

La licence de chasse répond elle aussi à des critères de chasse très précis. Elle peut être accordée que pour une journée ou plus, au maximum jusqu’à un an. Organisée, dirigée ou guidée, la licence de chasse peut s’exercer de différentes façons mais implique systématiquement l’ONF, qu’il s’agisse d’organiser la journée de chasse ou d’accompagner les chasseurs sur le terrain, grâce à des guides de chasse ONF.

La chasse est aussi un acte de gestion forestière. Dans la région Grand Est, par exemple, la forte concentration de cervidés menace la phase de régénération des forêts. Sur le terrain, cela se traduit par une réduction, voir disparition, de certaines espèces végétales – graines et jeunes pousses d’arbres – consommées par le grand gibier. Une situation difficile à percevoir pour le grand public, mais qui inquiète de plus en plus les forestiers. En effet, dans ces forêts où le renouvellement des espèces forestières ne se fait plus, c’est bien la gestion durable de la forêt qui est compromise. Actuellement, sur 34% de la surface des forêts domaniales, il est constaté que le renouvellement de la forêt n'est pas jugé satisfaisant.

D’autres types de dégâts sont également constatés :

- chaque année, les cerfs et chevreuils mâle frottent leur bois sur les troncs pour les débarrasser du velours qui les recouvrent une fois leur croissance achevée. Cette action, si elle est répétée de trop nombreuses fois, finit par abimer les arbres. C’est pour cette raison que vous pourrez apercevoir lors de vos balades en forêts certains arbres protégés par un grillage !

- l’écorçage par les cerfs facilite le développement de pourriture et de coloration des bois.