Les pépinières au secours de la santé des forêts

La pandémie due au coronavirus impose la mise en place de nombreuses mesures de sécurité sanitaire. Si certaines activités se sont trouvées à l’arrêt depuis le début du confinement, d’autres n’ont pu être mises sur pause. C’est le cas des pépinières, une activité de première nécessité pour garantir l'avenir des forêts et assurer la descendance génétique.

Dans le monde forestier, il est des activités qui ne peuvent être stoppées, quelle que soit la situation. Le travail effectué dans les pépinières en fait partie. L’objectif poursuivi est en effet fondamental : améliorer la génétique forestière en créant de nouvelles variétés, grâce notamment au croisement des plus beaux arbres d’une même espèce. "Le cœur de notre métier, c'est de préparer la forêt aux contraintes du changement climatique et de l'aider à s'adapter", explique Olivier Forestier, responsable de la pépinière de Guéméné-Penfao à l'ONF (Loire-Atlantique). 

Le travail des pépiniéristes s’étale sur plusieurs années et ne peut donc être interrompu, malgré la crise actuelle liée au Covid-19."Durant le confinement, nous avons dû choisir un mode de fonctionnement adapté à la crise, en travail à effectifs réduits et alternés. Il nous a fallu continuer la gestion courante et le suivi des installations extérieures et intérieures, avec notamment près de 50.000 plants sous serre hors-sol", continue Olivier Forestier. L’élevage d’un plan dure en moyenne quatre ans, depuis la récolte de la graine jusqu’à sa plantation dans les vergers. Mettre la production en suspens signifierait risquer de ne pas avoir d’arbres capables de résister, d’ici à une vingtaine d’année, aux conditions climatiques. 

Pépinière de Peyrat-le-Château de l'ONF. - ©ONF

Dans certaines pépinières, comme celle de Peyrat-le-Château (Haute-Vienne) de l'ONF, la spécialité est la création de verger à graines. Cette technique permet d’obtenir des graines plus facilement et plus rapidement que ce que permet le cycle naturel de la forêt. Pour accélérer ce processus, les pépiniéristes produisent des graines et les stimulent pour leur permettre de germer. Pour cela, ils sélectionnent dans la nature des arbres dits "intéressants". Ces derniers sont définis selon différents critères établis par les chercheurs : résistance au climat, patrimoine génétique particulier... Des greffons sont prélevés sur ces spécimens pour être par la suite multipliés. C’est ce que l’on appelle de la "copie végétative"

Dans ses serres, Sébastien Guérinet, chargé de recherches et développement à l’ONF et responsable de la pépinière de Peyrat le Château, teste également la capacité de résistance de certaines essences aux phénomènes de stress hydrique : "on sait à quel point les épisodes de sécheresse conduisent au dépérissement de nombreux peuplements en France. Au sein du pôle national des ressources génétiques forestières, nous testons les évolutions d’espèces face au manque d’eau, en fonction de leur provenance. Si une essence ne s’avère plus adaptée à sa région d’origine, nous engageons alors, aux côtés des équipes de recherche et des forestiers, la migration assistée pour l’implanter dans une zone qui lui convient", explique-t-il.

S'adapter au confinement

Pépinière de Peyrat-le-Château - ©Sébastien Guérinet / ONF

Comme beaucoup d’autres services de l’ONF, les pépinières ont dû s’adapter très rapidement à la crise sanitaire. Résidant sur le site de la pépinière, Sébastien Guérinet s’est retrouvé seul pendant quelques temps pour gérer 45 hectares. Arrosage, greffage, sevrage… "Avec le confinement, j’ai dû réaliser près de 600 greffes !", explique-t-il.

Trois collègues l’ont rejoint depuis, dans le strict respect des gestes barrières. L’activité est intense. "Nous avons 10.000 greffes en cours, des semis en élevage, des boutures de robinier à effectuer en préparation de plantations à l’automne, 15.000 semis à surveiller de près et 300 cèdres à planter... Si nous nous étions arrêtés le temps du confinement, tout serait mort ici. Dans les serres, la température peut monter jusqu’à 40 degrés", témoigne-t-il.

Notre mission d'intérêt général porte aussi sur les ressources génétiques forestières. Grâce aux pépinières, nous disposons d'une "banque historique génétique" qui nous permet de conserver et de sauver des essences. C'est fondamental au vu du changement climatique que nous traversons.

Olivier Forestier, responsable de la pépinière de Guéméné-Penfao à l'ONF.

Les plants de la pépinière de Guéméné-Lenfao évoluent dans un environnement contrôlé (humidité...), qui nécessite une surveillance de tous les instants. - ©Nathalie Pétrel/ONF

Petit lexique du pépiniériste :

Greffon : branche ou bourgeon implanté sur une autre plante en vue de réaliser une greffe.

Banque historique génétique : réservoir génétique des essences pour conserver les espèces et maintenir la diversité.

Greffage : pour multiplier les arbres "intéressants", le pépiniériste greffe un de leur rameau sur un jeune spécimen afin de produire des clones dotés des mêmes caractéristiques.

Sevrage : une fois le rameau capable de se développer par ses propres moyens, il est retiré de l’arbre.

Migration assistée : la migration assistée entend lutter contre la disparition des espèces menacées par le réchauffement climatique, en sélectionnant notamment des chênes et hêtres du sud de la France, exposés en première ligne au changement climatique, mais aussi adaptés à des conditions plus chaudes et plus sèches, pour les replanter plus au nord.

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