Les îlots d’avenir, des plantations pour la forêt de demain en réponse aux changements climatiques

La sécheresse de cet été met à l’épreuve les forêts françaises. En créant des "îlots d’avenir", l'ONF cherche à connaître les essences qui demain sauront résister aux climats plus chauds et secs.

"A cause de la forte vulnérabilité climatique des espèces et de l’importante surface forestière concernée, il faut trouver des espèces et des provenances plus résistantes", déclare Brigitte Musch, responsable du Conservatoire génétique des arbres forestiers (CGAF) à l’ONF. C’est l’objectif des îlots d'avenir. Rattachés au projet de recherche RENEssences, ces derniers vont permettre de démultiplier les résultats des expérimentations et de tester, en conditions réelles de gestion forestière, de nouvelles essences et provenances d’arbres dans tout le pays afin de pouvoir sélectionner les plus adaptées et augmenter le panel d’espèces. Un autre objectif à plus long terme est de pouvoir utiliser ces îlots pour récolter des graines adaptées aux conditions françaises issues de ces nouvelles essences d'avenir.

Dans les Bouches-du-Rhône, la pépinière de Cadarache de l'ONF fournit des plants pour le projet îlots d'avenir, avec d'autres pépinières. - ©ONF

Il y a un vrai engouement de la part des gestionnaires forestiers, nombreux à vouloir installer des îlots. Certains maires aussi nous proposent de nous céder des terrains pour mener des expérimentations.

Brigitte Musch, Responsable du Conservatoire génétique des arbres forestiers (CGAF).

Un projet unique en France

Les îlots d’avenir sont un dispositif unique en France. Situés en pleine forêt, ces laboratoires à ciel ouvert vont permettre de recueillir, sur une diversité d'essences, des données sur la croissance des arbres, leur mortalité éventuelle, leur adaptation au terrain, au climat... Ces analyses constituent un apport précieux pour les choix de gestion sylvicole. 

La forêt domaniale de Haye (Meurthe-et-Moselle) est l’une des premières forêts où ont été installés des îlots d’avenir en France. Pour remplacer le hêtre et le chêne pédonculé, trop sensibles à la hausse des températures, trois essences ont été sélectionnées : le chêne pubescent, le sapin de Turquie et le Calocèdre. Le début des plantations a eu lieu en mars 2017. Au total, 1.110 plants ont été introduits. La prochaine campagne d’ampleur de plantations aura lieu dans le Grand Est dès l’automne 2020 et se poursuivra jusqu’en 2022. 75 îlots de deux hectares, au sein desquels seront introduits 300.000 plants, sont prévus dans le Grand Est. Leur suivi sera effectué par les gestionnaires locaux et les données seront collectées.

D'ici à 2022, une centaine d'îlots d'avenir seront implantés partout en France. Les régions Grand est et Bourgogne Franche-Comté sont les plus concernées.

Illustration : pépinière. - ©ONF

Les étapes de la construction d'un îlot :

  • Le choix des essences à tester en fonction de l’enjeu et le niveau de vulnérabilité de la zone s’appuie sur les fiches (plus de 200) du projet CARAVANE du RMT Aforce. Elles comportent 37 critères prenant en compte par exemple la vulnérabilité à la sécheresse ou aux bioagresseurs mais aussi des critères de productivité et qualité du bois. Elles permettent ainsi, en amont des plantations, de choisir les essences à tester dans chaque îlot. Certains dispositifs, plus anciens, comme les arboretums ont fourni également de nombreuses informations sur l’adaptation des essences qui ont été inclus dans ces fiches.
  • Le choix du site d’implantation. Il doit être représentatif de la région forestière. Les terrains où la forêt ne se régénère pas naturellement sont favorisés. 
  • L’élevage en pépinière des plants et leur plantation : des contrats de culture sont passés avec des pépinières pour l’élevage en 1, 2 voire 3 ans de plants aptes à être introduis dans les forêts. Souvent, et parce que les populations d’ongulés sont trop abondantes, il est nécessaire de les protéger de la dent du gibier au moyen d’une clôture ou de gaines individuelles. Le taux de survie des plants et leur croissance sont ensuite surveillés. Ce suivi permet aux gestionnaires forestiers d'observer le développement et la résistance de ces nouvelles essences et d'envisager progressivement une gestion adaptée mais aussi de mutualiser les résultats au sein du réseau RENEssences.

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