Câble-mât : que retenir de ce débardage aérien ?

Le débardage par câble-mat permet de récolter du bois dans des zones difficiles d’accès, comme en montagne. Mais, ce modèle d’exploitation forestière trouve aussi des applications sur des terrains plats à la biodiversité fragile. Explications.
Didier Pischedda, expert national en exploitation forestière et logistique à l'ONF.

Certains lecteurs et acteurs du territoire ne connaissent pas forcément le débardage par câble-mât. Qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit d’une méthode d’exploitation qui permet de récolter du bois sur des terrains difficiles d’accès via un câble aérien. Une fois coupé, le bois est suspendu dans les airs depuis son lieu d’abattage jusqu’à une piste accessible aux grumiers (camions transportant le bois jusqu’aux scieries). À l’origine, cette technique est née en montagne.

Comment ça marche concrètement ?

Pour permettre le passage du câble, une ligne de  trois à quatre mètres de large est réalisée dans la forêt. Sur la parcelle à exploiter, les forestiers tirent ensuite un câble qui est soutenu par des pylônes. Sur ce câble, un chariot circule, soulève la grume via une élingue (ndlr, un câble avec un crochet) et la dépose au bord d’une route forestière ou d’une piste. Le tas de bois peut alors être récupéré par un camion.

 

La montée des grumes par câble. - ©ONF

Le débardage par câble-mât permettra l’exploitation l’hiver ou sylvicole au printemps quand les sols sont trop mouillés par la pluie et les chantiers arrêtés. Nous allons expérimenter cela.

Didier Pischedda, expert national en exploitation forestière et logistique à l'ONF

Quels sont les avantages de cette solution ?

Elle permet de sortir du bois dans des zones d’ordinaires inaccessibles pour les techniques traditionnelles. Ensuite, il n’est pas besoin de construire de routes forestières ou de pistes sur les versants. Ces investissements en amont restent toujours très coûteux… Enfin, le débardage par câble-mat respecte la biodiversité, avec moins d’impact sur le sol, des bruits de chantiers minimes pour la faune et moins de transports de véhicules motorisés en forêt. Il est aussi possible de travailler par tous les temps (sauf quand la neige recouvre les massifs montagneux).

Vous parlez en revanche d’un coût…

Pour donner un ordre d’idée, le débardage en plaine coûte en moyenne 20 euros du mètre cube. En montagne avec du câble, le coût approche plutôt les 35-40 euros du mètre cube. La raison est simple : avant de commencer l’exploitation par câble-mât, il faut d’abord réaliser le tracé de la ligne puis la monter, placer les pylônes intermédiaires… C’est beaucoup d’efforts avant même de récolter du bois.

Combien d’entreprises en France sont capables de réaliser de tels chantiers ?

Dans l’Hexagone, nous n’avons pas une grande culture du débardage par câble-mat. Seules seize entreprises se sont spécialisées dans cette technique-là, dont une appartenant à l’ONF. On appelle ces sociétés des « câblistes ».

Seules seize entreprises se sont spécialisées dans cette technique-là, dont une appartenant à l’ONF.

Didier Pischedda, expert national en exploitation forestière et logistique à l'ONF

Pourquoi si peu ?

Dans sa carrière, un forestier français n’a pas beaucoup affaire à un câble aérien. En France, nous avons une forte tradition sylvicole de plaine (plus des ¾ des forêts). Ce n’est pas le cas, par exemple, en Autriche ou en Suisse, où les terrains sont très montagneux. Ces pays-là sont très en avance dans le débardage par câble-mat.

Depuis peu, le câble sort des montagnes pour une utilisation sur terrain plat. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Après la tempête de 1999, nous avons cherché des techniques alternatives pour extraire du bois depuis des forêts très sensibles au tassement et sinistrées. Nous avons alors pensé au câble-mât. Aujourd’hui, cette technique se déploie. Un exemple parmi d’autres : en février 2019, dans le secteur des Demoiselles au Domaine départemental d’Hostens et du Gât-Mort, l’ONF et le département de la Gironde ont mis en place cette technique sur une zone humide et plate. L’objectif était de récolter du pin maritime car ce dernier risquait d’assécher la zone et de la préserver pour des espèces à forte valeur comme des orchidées, des batraciens ou certaines salamandres. Cette technique permet de concilier exploitation forestière et protection de l’environnement.

©ONF

Autre application possible hors des montagnes : le débardage par câble-mât permet l’exploitation l’hiver ou au printemps quand les sols sont d’ordinaires trop mouillés par la pluie et que les chantiers traditionnels sont arrêtés. Le câble permet alors aux propriétaires forestiers de fournir du bois à un moment où personne ne le fait  et de le valoriser à un bon prix. Nous allons expérimenter cela en 2020.

L’ONF dispose de sa propre équipe de câblistes. Quelle est sa particularité ?

Notre entreprise est basée à Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Il s’agit de l’unité de production câble (UP) installée au sein de notre agence travaux. Nous disposons d’un matériel autrichien sur remorque 4 tonnes de marque Mayr-MeInhof depuis 2009 qui permet d’installer des lignes de câbles de 200 à 700 mètres environ. Cette équipe est composée d’un chef d’équipe et d’un ouvrier. En 2018, ils ont sorti près de 6.500 mètres cubes de bois ce qui est très honorable pour ce type d’activité.