Le génie écologique au service de la gestion des dunes
Les dunes prises en charge par l'ONF sont gérées selon une approche dite souple, basée sur le génie écologique utilisant les processus naturels qui ont façonné les dunes : le sable, le vent, la végétation.
Cette approche est loin d’être nouvelle, puisque dès le début du XIXe siècle, les ingénieurs des Ponts et Chaussées puis ceux des Eaux et Forêts, prédécesseurs de ceux de l’ONF, ont construit la dune littorale en utilisant des palissades de bois pour accumuler le sable au plus près de la mer, puis ont planté des oyats pour fixer ces sables. Nos techniques actuelles ne font que perpétuer, en les affinant, ces actions basées sur l’observation et l’imitation des processus naturels.
A l’heure où les effets du changement climatique se font sentir, où les prévisions du GIEC montrent que l’érosion des côtes se fera plus rapide, les submersions et les tempêtes sont de plus en plus fréquentes et les dunes littorales, véritables pièges à sable naturels, méritent une attention accrue. Elles constituent un stock de sable mobilisable par la mer au moment des tempêtes et sont le rempart le plus efficace contre l’érosion marine.
Par leur altitude, ces barrières naturelles potentiellement résilientes, protègent les espaces bas situés en amont contre les submersions. Le changement climatique affecte également les dunes boisées : sécheresses, modification des peuplements, problèmes phyto-sanitaires... sont quelques-uns des effets visibles sur les milieux forestiers.
Les 3 grands principes de la gestion souple
La gestion souple pratiquée par l’ONF est sans nul doute l’approche la plus viable à long terme, la plus adaptable et la moins coûteuse de toutes. Elle s’appuie sur 3 grands principes :
- Retenir le sable près de sa source ;
- Protéger les écosystèmes atténuateurs de l’érosion ;
- Accompagner la mobilité.
De la protection des territoires à la conservation des écosystèmes
En collaboration avec les scientifiques, et en réponse à la préoccupation grandissante de la société envers la préservation de la biodiversité, l’ONF, qui se voit confier par le ministère en charge des forêts la mission d’intérêt général de contrôle de la dynamique éolienne sur les dunes domaniales, va alors formaliser le mode de gestion dit du "contrôle souple". Cette méthode vise à utiliser les processus naturels (vent, dynamique végétale...) pour piéger le sable.
Les savoir-faire de base sont ceux qui permettent de réguler la capacité érosive du vent en réduisant sa vitesse, en facilitant son écoulement et en augmentant la cohésion de la couche superficielle du "sol" dunaire. Les techniques les plus répandues sont de quatre types :
- les couvertures de débris végétaux ;
- les brise-vents ;
- les plantations ;
- les écrêtages.
Dans tous les cas, l'ONF s'appuie sur la tendance naturelle des obstacles meubles à prendre un profil aérodynamique et on cherche à faciliter la colonisation végétale naturelle. En effet, la flore et sa couverture au sol - élément fort du patrimoine biologique - est aussi le principal outil de contrôle de la dynamique dunaire et d'évaluation de l'état du milieu.
pose de barrières en lattes de châtaignier (ganivelles) ou de filets en fibre végétale. Ils réduisent la vitesse du vent et limitent la migration du sable.
©ONFla principale espèce plantée est l’Oyat dotée de fortes adaptations au milieu, d'une très grande résistance à l'ensablement, de long et dense réseau racinaire, d'une tolérance au mitraillage et d'une salinité modérée. D'autres végétaux indigènes peuvent être plantés ou semés sur les dunes, comme l'Armoise de Lloyd et l'Immortelle des dunes. Le Chiendent des sables a aussi été utilisé avec succès car cette graminée caractéristique des avant-dunes, très résistante à la salinité, est mieux adaptée que l'Oyat au pied des cordons dunaires. Ces plantations permettent de fixer la dune.
©ONFla suppression de touffes de végétation permet d’éviter les trop fortes turbulences dues au vent, et va ainsi permettre au sable de se répartir de façon aérodynamique pour reconstituer un profil dunaire souhaité.
©ONFdes branchages fins comme les buissons de Genêt ou des gros branchages comme le pin maritime sont disposés sur les dunes. Cette technique permet de piéger des graines ainsi que de l’eau et des éléments minéraux et organique. Cela permet de faciliter la végétalisation.
©ONFGrace à une connaissance fine des processus et des sites gérés, à des techniques rustiques, économes et fiables, et à des interventions d’entretien répétées, l’ONF met en œuvre cette gestion qui respecte les processus naturels et vise à remplir simultanément plusieurs fonctions :
- protéger l’arrière-dune en évitant les invasions sableuses ;
- conserver des écosystèmes rares et originaux, paysages et lieux de vie recherchés, les dunes "grises" par exemple sont un habitat prioritaire de la Directive européenne "Habitat, faune et flore" ;
- participer à un accueil touristique raisonné ;
- modérer l’érosion marine (le sable stocké dans l’avant-dune nourrit la plage pendant les phases d’érosion);
- constituer un premier rideau d’absorption de l’énergie des houles et éventuellement une zone d’expansion face aux submersions marines, pour protéger les zones basses rétro littorales.
Les milieux ainsi gérés, selon un principe favorisant les mosaïques d’habitats, sont mieux à même de réagir et d’assurer une résilience forte face aux aléas littoraux (érosion marine, submersion...). Les sites dunaires constituent des écocomplexes résultants d’une évolution biologique vieille de plus de 5.000 ans. La biodiversité y étant considérable, les gestionnaires doivent tout mettre en œuvre pour protéger les éléments les plus remarquables de notre patrimoine naturel collectif. La connaissance des particularités biologiques des milieux dunaires doit permettre, dans le cadre d’une gestion durable, d’assurer une meilleure conservation de ces espaces.
La gestion souple, même envisageable dans des secteurs où le cordon bordier est très réduit, peut permettre de redonner de la largeur au système dunaire et l’aider à mieux remplir son rôle de piège à sable. Les solutions fondées sur la nature demeurent des réponses moins coûteuses, adaptables, et sources de biodiversité. Face à des aléas inéluctables (érosion marine notamment), une gestion raisonnée des milieux dunaires permet de mettre en œuvre progressivement une adaptation du territoire, en concertation avec les populations.
En accompagnant la dynamique naturelle, le contrôle souple doit favoriser la conscience du risque puisqu’il ne masque pas les effets des processus naturels inévitables. La gestion dunaire doit toutefois s’appuyer sur une maîtrise du foncier, car il est nécessaire de pouvoir disposer d’espaces d’accommodation pour organiser un recul maîtrisé des dunes. C’est à ce prix que les écosystèmes peuvent s’adapter.
Simple, basée sur la connaissance des écosystèmes de référence préalablement établis, cette technique favorise une mosaïque paysagère, comprenant les différents stades évolutifs, qui donne aux dunes domaniales une meilleure résilience face aux perturbations (naturelles ou anthropiques) et qui génère des paysages attractifs et variés.
Face à ces défis, les techniques éprouvées basées sur le génie écologique sont susceptibles de permettre l’adaptation des écosystèmes aux évolutions prévisibles... sans compromettre leur adaptation aux conditions futures encore inconnues.
Les dunes, un écosystème fragile
Depuis le milieu du XXe siècle, les apports de sable s’amenuisent : cette pénurie sédimentaire est due à l’épuisement des stocks sous-marins mobilisables et aux modifications apportées par l’Homme dans le transport des sédiments par les fleuves (barrages, extractions, ouvrages). Les cordons dunaires subissent également l’augmentation de la pression des évolutions sociales (déprise agricole, essor démographique et touristique...), qui engendrent une multiplication des enjeux sur les côtes : infrastructures, urbanisation, etc.