Vivre les forêts communales de la Rhune, une immersion au cœur du Pays basque

Le massif de la Rhune, dans les Pyrénées-Atlantiques, riche de ses cinq forêts communales, vous offre un terrain de jeu dépaysant, entre horizons portant sur l'océan et la montagne à perte de vue. Randonnées, découvertes de la nature sauvage, VTT... de nombreuses activités sont possibles dans cette forêt sur laquelle veillent des générations de forestiers. Suivez-nous.

A la frontière entre la France et l’Espagne, entre Saint-Jean-de-Luz et Hendaye dans les Pyrénées Atlantiques, les forêts communales de la Rhune regorgent de paysages plus impressionnants les uns les autres. Sur les 2 868 hectares, le massif regroupe les forêts communales de Biriatou, Urrugne, Ciboure, Ascain, et Sare, toutes concernées par les directives Natura 2000 du site "La Rhune-Xoldokogaina".

Originaire de la région, Jean-François Iturria, forestier à l’unité territoriale ONF de Bayonne, sillonne quotidiennement ces chemins depuis 2007. "Je viens ici souvent, et il n’y a pas une seule fois où je ne me suis pas émerveillé devant le panorama qui s’offre à moi", confie le forestier. Pour en être témoin, il suffit de monter sur les hauteurs du mont de Mandale. Une fois la légère pente gravie, le promeneur fait face au Golfe de Gascogne et à la montagne de la Rhune culminant à 905 mètres d’altitude. En se détournant légèrement, une vue à couper le souffle sur les massifs pyrénéens espagnols s’étale à perte de vue. 

En se baladant sur les chemins forestiers du massif de la Rhune, les promeneurs peuvent être surpris par certaines parcelles où la fougère recouvre l’entièreté du sol et où les arbres ne sont plus que bois morts. "Nous avons eu deux gros feux au mois de février 2021, qui ont ravagé 896 hectares sur le territoire français, dont 456 hectares relevant du régime forestier… A première vue, ça ne se remarque pas car la fougère a repoussé à grande vitesse, mais on a perdu quelques beaux spécimens dans cet incendie", déplore Jean-François.

Dans ces forêts où la production de bois n’est pas l’enjeu principal, les forestiers de l’Office national des forêts s’attèlent quotidiennement à la pérennisation des peuplements pour conserver les mêmes tableaux de paysages dans les années à venir.

La fougère a repris du terrain sur les dégâts causés par le feu - ©Manon Genin / ONF

"Cela fait plusieurs générations de forestiers qu’un travail de recherche d’essences a été mis en place ici. Dans les années 1930, du chêne rouge d’Amérique a été introduit car on pensait qu’il résisterait aux différents parasites et maladies, mais cela n’a pas été le cas. Aujourd’hui, avec les prévisions qui sont faites sur le changement climatique, on mise sur le chêne sessile et le chêne tauzin en priorité avec d’autres essences, comme le pin laricio", explique Jean-François. Grâce à ce travail sur plusieurs décennies, les promeneurs peuvent profiter d’un panorama typique du pays basque.

Partager l’espace forestier

Les forêts communales de la Rhune possèdent une multitude de paysages, allant de la petite montagne à la plaine en passant par des peuplements de feuillus. Dans cet univers, une grande biodiversité s’est développée au fil des années. Lézard vert, vipère de Seoane, couleuvres, digitales, gremil postré, seneçon de Bayonne (fleurs protégées), sangliers, chevreuils, vautours fauves et percnoptères, faucon pèlerin, grand-duc, … Une faune et une flore riches !

En poursuivant leur route sur les chemins du mont de Mandale, les visiteurs peuvent aussi croiser le chemin de quelques troupeaux de Betizu, une variété de vaches sauvages de la région. En toute liberté sur le site, elles ont l’habitude de voir passer les randonneurs. Toutefois, le taureau protège son troupeau. Promeneurs, veillez à passer votre chemin sans les perturber.

A quelques mètres des Betizu, une famille de Pottok, race de poneys du Pays basque, profite du vent d’altitude et de la fraîcheur de l’herbe sauvage. Curieux mais craintifs, les poulains observent de loin les marcheurs. Tout comme les Betizu, ces petits chevaux sont à toucher avec les yeux. Pour des raisons de sécurité, les chiens doivent être tenus en laisse dans cette zone pastorale.

Ces animaux sont présents dans le massif depuis des générations. A l’époque, le bétail pâturait au milieu des arbres. Pour éviter qu’ils ne mangent les bourgeons, les essences étaient coupées sur hautes tiges. Aujourd’hui, ces peuplements sont reconnaissables par leur forme atypique avec de nombreuses branches massives partant du tronc. Dans le Pays basque, ils sont appelés les arbres têtards, du fait qu’ils ont été étêtés à de nombreuses reprises.

Le travail des forestiers de l’ONF en forêt de la Rhune en plus de pérenniser les peuplements, est donc de veiller au bon partage de l’espace tout en préservant la biodiversité, pour créer un milieu multifonctionnel. 

Arbre massif résultat des usages historiques - ©Manon Genin / ONF

Notre mission est forestière, mais aussi patrimoniale. Les arbres têtards ne peuvent pas être coupés pour leur passé historique, mais surtout parce qu’ils sont des habitats d’intérêt communautaire pour les insectes.

Jean-François Iturria, forestier de l’unité territoriale ONF de Bayonne.

Forêt de loisirs pour petits et grands

Pour profiter de ces paysages basques, un million de visiteurs foulent les chemins du massif de la Rhune à pied ou bien à vélo, mais il existe une autre alternative. Au col de Saint-Ignace, un petit train à crémaillère datant de 1924 propose aux voyageurs de rejoindre le sommet de la Rhune en 35 minutes. Pendant le trajet, les cimes des peuplements défilent le long de la côte basque. Par beau temps, il est possible d’apercevoir le phare de Biarritz. Le petit train est ouvert tous les jours du 11 février au 11 novembre.

Pour les plus sportifs, de nombreux sentiers sont à votre disposition pour gravir le Rhune ou pour profiter des paysages du mont de Mandale. Le parcours du sentier de Grande Randonnée, GR©10, traverse d’ailleurs une partie du massif sur 18 kilomètres.

En famille, les marcheurs peuvent se rendre au lac d’Ibardin situé sur le col du même nom. Pour y accéder, garez-vous sur le parking en face des "ventas". D’ici vous trouverez des petits chemins de randonnée menant au lac. Balisée et ombragée, la balade est sans risques pour petits et grands sur plus de 6 kilomètres. Une fois arrivés au lac, prenez un instant pour admirer la vue sur Urrugne et l’océan.

Le lac d'Ibardin - ©Manon Genin / ONF

Le saviez-vous ? Une forêt minière

Jusqu’au début du XIXe siècle, les forêts de la Rhune constituaient un massif de production de bois intensive pour le charbon. Mais elle était également surexploitée pour ses mines et sites métallurgiques de l’époque romaine au XIXe siècle. Aujourd’hui encore, il est possible de voir des restes de ces galeries dans la roche, où les ouvriers allaient chercher le minerai.

Un peu d'histoire...

Au-delà de ses paysages, les forêts du massif de la Rhune ont un passé chargé d’histoire. En gravissant la crête du Mandale, la disposition de certaines pierres en cercle peut attirer l’attention. Il s’agit de vestiges de cromlechs. Des monuments mégalithiques préhistoriques où des rites celtiques funéraires étaient pratiqués plusieurs milliers d’années avant Jésus-Christ. En observant un peu plus attentivement, on ne distingue pas moins de six places circulaires sur ce lieu. Un témoin fort du passé, indiquant que l’activité humaine était déjà présente à cette époque sur le massif de la Rhune.

Un peu plus loin, sur la montagne de Mandale, la redoute de la Baïonnette fait faire un bond dans le temps aux visiteurs. Cette borne en pierre faisait autrefois partie des fortifications de la Rhune utilisées lors de grandes batailles, en particulier contre l’armée menée par Wellington au début du XIXe siècle. Point stratégique entre la France et l’Espagne et proche de l’océan, la Rhune a été le témoin de nombreuses batailles dans ses vallées. Depuis la redoute, le point de vue offre un magnifique panorama sur les Trois couronnes, ou Peñas de Haya en espagnol. Ce massif de montagnes et parc naturel de 6 193 hectares est protégé depuis avril 1995.

Informations pratiques : quels accès ?

  • Prendre la RD 4 depuis Ascain ou Sare en direction du col de St Ignace.
  • Ou la RD 404 depuis Urrugne en direction du col d’Ibardin.

En chiffres, le massif de la Rhune

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