La forêt de Saint-Michel, portail du temps

La forêt de Saint-Michel, située à la frontière franco-belge, dans l’Aisne, possède de nombreuses facettes. Circuits historiques, sentiers réservés aux VTT, parcours équestres ou encore sentiers pédestres… Il y en a pour tous les goûts, et toutes les envies. Envie de découvrir son histoire ? Partez à sa découverte avec Anne Cauffetier, forestière à l’Office national des forêts (ONF).

A première vue, on pourrait croire que la forêt domaniale de Saint-Michel n’a pas de signe particulièrement distinctif. Une forêt, des arbres, des animaux et des sentiers. Tout ce qu’il y a de plus classique. Pourtant, il n’en est rien ! Pour les amoureux d’Histoire, cette forêt offre un véritable voyage dans le temps.

La forêt de Saint-Michel, au-delà des 3 046 hectares de nature qu’elle offre à ses nombreux usagers, a un véritable récit à raconter. Autrefois terrain de guerre, elle est devenue le terrain de jeu de nombreux sportifs et promeneurs en tout genre. Les amateurs de sport, qu’ils soient novices ou confirmés, se font un plaisir de fouler régulièrement ses sentiers et, avec un peu de chance, de rencontrer les hôtes de ses bois : un chevreuil, un sanglier ou, avec beaucoup de chance, une belle cigogne noire, perchée du haut de son nid ou à la recherche de nourriture.

Des vestiges historiques

Avant même de fouler le sol de la forêt, on peut sentir que ce lieu a des choses à nous raconter. Non loin de l’une des entrées, on peut par exemple apercevoir l’abbaye de Saint-Michel, un monument classé et fondé en 1945, impressionnant par son état de conservation qui n’en laisse rien paraître.

Juste derrière, pour les visiteurs les plus curieux, le musée de la vie rurale et forestière se fait le plaisir de retracer l’histoire de la vannerie et de l’exploitation du bois, avec plus de 15 000 objets exposés. A côté, une magnifique haie de charmes vient attirer le regard des promeneurs et mène à une très ancienne croix, autrefois lieu de recueil et de prière pour les orphelins de l’abbaye.

Située au croisement de deux pays et trois départements, la forêt de Saint-Michel se démarque sans aucun doute par son passé chargé d’Histoire. A l’aube de la Première Guerre mondiale, les Allemands tentent de se frayer un chemin jusqu’en Normandie. Les soldats français, quant à eux, se camouflent au cœur de leurs blockhaus, prêts à riposter, le souffle lent et le regard rivé sur l’horizon à travers l’unique fente creusée en guise de fenêtre d’observation. Mais c’est sans compter sur le changement de stratégie soudain de l’ennemi, qui décide au dernier moment d’emprunter les sentiers belges, contournant ainsi la forêt.

C’est ainsi que Saint-Michel fut épargnée de combats trop sanglants, laissant alors une quarantaine de blockhaus inachevés, des postes de surveillance se confondant aujourd’hui avec la flore et offrant des gîtes à la faune sauvage. Certains dégâts ont été déplorés malgré tout - de nombreux arbres ont dû être plantés juste après la guerre - mais ces dégâts auraient pu être bien plus importants. Il est tout de même possible de croiser quelques élus, des arbres plus gros, plus anciens et plus imposants. Aujourd’hui, tous ces éléments ont fusionné : blockhaus et fossés antichars se mêlent à la végétation qui a repris sa place. Il ne faudra pas hésiter à s’aventurer au cœur des bois de Saint-Michel pour contempler ces reliques historiques, témoins d’une période sombre mais capitale pour l’Histoire de France.

Cela dit, la Première Guerre mondiale n’est pas la seule à être représentée à Saint-Michel. A la lisière de la forêt, en bord de route, une mystérieuse statue de pierre, représentant un soldat, intrigue et happe les passants qui s’arrêtent pour la contempler. Si vous vous approchez, vous pourrez y lire "Il faut pardonner mais ne pas oublier", célèbre citation de Victor Hugo. Construite par l’artiste local Michel Duval, cette stèle a pour objectif d’honorer les anciens combattants de mai 1940, afin de leur éviter de tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, l’association des Anciens combattants de mai 40 se charge d’organiser chaque année une cérémonie de célébration afin de rendre hommage aux soldats "des combats oubliés".

De nombreux panneaux installés aux abords de la forêt invitent le promeneur qui le souhaite à s’intéresser de plus près à ces événements historiques, décrivant les stratégies militaires passées et les personnages qui ont fait la différence. Une façon de proposer des randonnées documentées et qui permet, au gré de son chemin, de voyager à travers des parcelles d’histoire. "Les promeneurs peuvent profiter de la forêt tout en découvrant les événements passés et les vestiges qui en restent", nous dit Anne Cauffetier.

Le saviez-vous ?

C’est à la frontière franco-belge Hirson-Maquenoise qu’a eu lieu le tournage du film "Rien à déclarer", comédie belge de Dany Boon sortie en 2011. Sur place, on peut y voir de grandes affiches où figurent Dany Boon et Benoît Poelvoorde, ainsi que des panneaux sur l’histoire du tournage, de la douane et de la contrebande.

Faune et flore de prestige

Vous n’êtes pas amateur d’Histoire ? La forêt de Saint-Michel a bien d’autres trésors à vous offrir ! Lorsqu’on y entre, on est instantanément plongé dans une ambiance calme et apaisante. Avec le peu d’habitations présentes aux alentours, l’impression d’être seul au monde se fait facilement ressentir. Le chant des oiseaux mêlé à la douce mélodie de la rivière, traversant sous le petit pont en bois, les libellules demoiselles bleues se baladant tranquillement sur les roches et les rayons du soleil essayant de se frayer un chemin à travers les branches… Tout ceci jette un voile magique sur le décor forestier.

Érables, chênes, hêtres, épicéas, douglas… Un florilège d'essences et de parfums différents qui donnent tout son charme à cette forêt. Cet ensemble offre une mosaïque de milieux naturels très diversifiés qui chemine de l'aulnaie en bord de rivière à la chênaie-hêtraie sur plateau en passant par la chênaie-boulaie sur versant.

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Après avoir emprunté l’un des nombreux sentiers, comme la route de Gratte-Pierre empruntée par la forestière, il est facile de croiser l’un des deux cours d’eau traversant la forêt, le Gland ou l’Artoise. Cette dernière, qui prend sa source en Belgique, est classée Rivière sauvage depuis 2015. Ce label européen est attribué selon différents critères comme la pureté de l’eau et la diversité de la faune. Une distinction qui vient renforcer la particularité de cette forêt domaniale.

Comme si ce n’était pas suffisant, des espèces protégées telles que la truite sauvage, ont également trouvé refuge dans l’eau claire. De ce fait, la pêche est particulièrement réglementée. Ici, on pratique ce qu’on appelle la pêche en "no-kill". Le principe ? Relâcher sa proie après l’avoir attrapée. Ainsi, il est possible de pratiquer ce loisir tout en permettant à ces espèces de perdurer. Un concept loin de décourager les adeptes de pêche, qui viennent parfois de loin pour s’adonner à ce loisir. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des passionnés venant des Pays-Bas, de Belgique, d’Allemagne ou d’autres pays voisins.

A découvrir

Envie d’un moment détente en famille ou entre amis ? Non loin de Saint-Michel, découvrez le domaine de Blangy : un site touristique composé d’un camping, d’une base nautique et de plans d’eau en tout genre pour vous rafraîchir. A ne pas rater : la cascade de Blangy !

Un terrain de jeu récréatif

L’ambiance est calme en forêt de Saint-Michel. Très calme… Puis, soudain, sorti de nulle part, un promeneur s’approche. Il s’appelle Yves, et vit à Saint-Michel. En pleine séance de marche nordique, paré de ses bâtons, Yves part à la rencontre de la forestière qu’il croise occasionnellement lors de ses balades. "La forêt accueille beaucoup de monde au cours de l’année ; hiver comme été, les promeneurs sont heureux de profiter de ses bienfaits" explique Anne.

Cet habitué vient cinq fois par semaine en forêt de Saint-Michel. Il pêche, court, randonne, fait du VTT. "C’est un terrain de jeu magnifique", nous confie-t-il. Comme une sorte de sanctuaire naturel, c’est ici qu’il vient se ressourcer, notamment en remontant la rivière de l’Artoise jusqu’à la réserve biologique intégrale (RBI) de l'Artoise (d'une surface de 83 hectares). Natif du coin, c’est un grand adepte de la forêt. On le ressent d’ailleurs par la facilité avec laquelle il communique avec la forestière.

Une pause en forêt - ©Ilhame Abouhnaïk / ONF

Les habitants du coin sont nombreux à utiliser le bois comme combustible de chauffage ; ils sont familiers avec notre travail et comprennent bien la gestion forestière dans son ensemble. C’est très agréable.

Anne Cauffetier, forestière de l'Unité territoriale de Thiérache ONF.

Ici, les usagers comme Yves sont nombreux. Qu’il s’agisse de promeneurs, randonneurs, coureurs ou VTTistes, les sentiers de la forêt de Saint-Michel sont une aubaine. Ils offrent un terrain vallonné idéal pour les sportifs, avec des aménagements en bois permettant de se restaurer ou, tout simplement de souffler un peu à l’air libre, tout près du cours de la rivière. Les clubs sportifs sont nombreux et s’approprient les lieux régulièrement.

Si l’envie vous prend de partir à la découverte de la forêt domaniale de Saint-Michel, le village éponyme dispose de plusieurs gîtes pour accueillir amis et famille durant tout l’été. De plus, un camping est également disponible en commune de Hirson, non loin de la forêt. Entre forêt, village imprégné d’histoire et campings, vous n’aurez que l’embarras du choix !

PICTOS web
Superficie 3 046 hectares
Plan de travail 108
Essences principales Chêne Erable Bouleau Charme Aulne...
Climat Océanique à influence continentale

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