Connaissance du sol : un enjeu important pour les plantations forestières

Le volet forestier du plan de relance implique des millions de plants à mettre en terre sur des milliers d’hectares de forêts. De ce fait, certains éléments ne doivent pas être négligés : c'est le cas par exemple du sol. De plus en plus de forestiers se forment dans le but de comprendre les différentes caractéristiques des sols, afin d'en faire un atout pour la réussite des plantations. Noémie Pousse, chargée R&D pédologie au pôle Recherche, développement et innovation (RDI) à l'ONF, nous en parle.

Pourquoi avoir mis en place cette formation ? Et quels sont ses objectifs ?

L’Office national des forêts (ONF) a toujours privilégié la régénération naturelle et l’adéquation essence-station. Le travail du sol forestier n’était donc pas nécessaire et le besoin en compétences pédologiques ne se faisait pas ressentir. Mais depuis quelques années, face aux dépérissements (et plus récemment en réponse aux ambitions du plan de relance), les plantations sont devenues inévitables. La préparation du sol en amont s’est ainsi progressivement développée, voire normalisée. Or, par manque de connaissances, elle est parfois réalisée dans de mauvaises conditions et devient contre-productive, aggravant le tassement ou libérant inutilement le carbone stocké dans le sol.


En 2019, avec un groupe de travail de la région Grand Est (très touchée par les dépérissements) sur le référentiel "travaux patrimoniaux", nous avons développé une fiche de "diagnostic sol avant plantation", afin d’aider les équipes  locales à rationaliser ces travaux. Pour la mettre en oeuvre, avec le RATD* Sol et exploitation (*Réseau d'appui technique et de développement), nous avons également déployé une formation de terrain pour construire un réseau de "référents sol", capables de transmettre ces compétences pédologiques. L’objectif est ainsi de délivrer, ou rappeler, les principes basiques de la description des sols nécessaires pour réaliser un diagnostic avant d’engager une plantation : sensibilité au tassement ou à l’érosion, réservoir en eau, contraintes et potentialités pour les essences…

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À qui s’adresse cette formation et quels sont les enjeux pour les forestiers ?

Rapidement après le Grand Est, d’autres directions territoriales de l'ONF, comme la Bourgogne- Franche-Comté et le Centre-Ouest-Aquitaine, se sont mobilisées sur cette question. Le besoin s’est ensuite accru avec le plan de relance, comme en Auvergne-Rhône-Alpes où j’ai récemment animé une session. À l’origine, la formation s’adresse essentiellement à des personnels techniques.

Toutefois, jusque-là, pour chaque session, les profils ont été très variés et associent autant les services forêt, aménagistes, animateurs sylvicoles, responsables d’unité territoriale, techniciens forestiers… À l’issue de la formation, les personnels formés doivent notamment être en mesure d’identifier les principales contraintes et  potentialités pour les essences et de définir s’il y a un besoin ou non de préparation du sol, par exemple en cas de tassement ou de végétation concurrente. Réaliser un diagnostic peut permettre aux forestiers d’éviter des travaux, parfois très coûteux, sur des zones qui n’en ont pas besoin.

En quoi le diagnostic du sol est-il essentiel dans un contexte de plantation ambitieux, comme celui du plan de relance ?

Les plantations engagées dans le cadre du plan de relance doivent permettre aux forêts les plus exposées aux risques climatiques d’être plus résilientes, et de reconstituer les peuplements détruits, notamment en misant sur une plus grande diversité d’essences. Pour réussir de telles plantations, il est important de connaître l’état du sol, afin de privilégier des essences qui pourront s’y adapter. Réaliser un diagnostic du sol sert, par exemple, à calculer son réservoir en eau et donc son pouvoir de "tampon" vis-à-vis des variations climatiques. Un paramètre qui va nécessairement influer les choix d’essences à planter, voire la pertinence d’une plantation : si le réservoir en eau du sol est déjà très faible, cela ne devrait pas s’arranger avec le climat futur et la plantation est donc risquée. Dans ce cas, il faudra soit choisir des essences très résistantes à la sécheresse, soit ne pas engager de plantations puisque l’investissement a peu de chance d’être viable.

D’autres aspects, comme les caractéristiques du sol, entrent aussi en compte. La présence de calcaire ou d’engorgements temporaires est par exemple déterminante : seules quelques essences sont capables de tolérer ce type de contraintes (excès de calcium pour la présence de calcaire, asphyxie des racines pour les engorgements temporaires…). En complément d’autres outils, comme ClimEssences, le diagnostic du sol, réalisé avec For-Eval ou d’autres supports, permet donc d’établir un rapport contrainte-potentialité pour choisir l’essence la plus adaptée à la  combinaison sol et climat local. Ensuite, si le diagnostic montre que le sol a été tassé, il faut effectivement prévoir des travaux de préparation, sans quoi il y a un fort risque que la plantation échoue.

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