Naturaliste herpétologue, un métier spécialisé dans la sauvegarde des amphibiens et des reptiles présents en forêt

Reptiles et amphibiens n’ont pas de secret pour les experts du réseau herpétofaune de l’Office national des forêts (ONF). Grâce à leur double casquette de forestier et de naturaliste, ils participent à l’inventaire, à la sauvegarde, et même à la découverte d’espèces rares dans les massifs français gérés par l’ONF.

Dans les arbres ou à leurs pieds, au bord d’une mare forestière ou sur un rocher… grenouilles, lézards, couleuvres, vipères ou encore tritons se font discrets, mais ils sont chez eux en forêt. Leur préservation dans les écosystèmes forestiers étant une préoccupation majeure des forestiers, un réseau naturaliste leur est dédié à l’Office national des forêts depuis 2008. “La quasi totalité des espèces de reptiles et d’amphibiens que l’on trouve en forêt en France sont des espèces protégées et font à ce titre l’objet d’une attention particulière”, expose Cédric Baudran, animateur du réseau herpétofaune de l’ONF.

©ONF

En 2021, sur les 220 forestiers des six réseaux naturalistes de l’établissement, 36 font partie de celui dédié à l’herpétologie, science naturelle qui traite des reptiles et des amphibiens. Ces spécialistes de la biodiversité observent la présence et assurent la sauvegarde des nombreuses espèces. “L’action des réseaux naturalistes a même permis de détecter en 2018, dans une zone où il n’a jamais été connu, la présence du Lézard ocellé, plus grand lézard d’Europe”, ajoute l’expert.

Sur le terrain, un jeu de patience et de précision

Cédric Baudran, animateur du réseau Herpétofaune de l’ONF et Hervé Daviau, responsable de l’unité territoriale Sarthe et Mayenne et membre du réseau, analysent la photo d’un lézard observé dans la matinée. - ©Fiona Farrell / ONF

Jumelles autour du cou et appareil photo à la main, les forestiers naturalistes se comportent en gardiens de la biodiversité, avec l’ambition de mieux comprendre la richesse biologique des forêts. Leur travail ne se limite pas aux milieux boisés : il s’étend à tous les milieux associés à la forêt : dunes, garrigues, mares, landes, etc.

De mars à juin, ils arpentent les massifs pour y repérer les traces de présence des espèces dont ils assurent le suivi. “Le plus souvent, c’est l’observation d’empreintes, de mues ou de matières fécales pour les reptiles, ou de pontes, chants et têtards pour les amphibiens qui nous permet de déterminer leur présence”, développe Cédric Baudran. Rares sont les détails qui échappent à l'œil aguerri des naturalistes, qui s'appliquent à reporter le maximum d’informations dans une application dédiée sur smartphone, ObservNat, la Base de données naturalistes. “La date, l'heure, le lieu, la météo, l'espèce, le nombre d'individus observés… Tout doit être indiqué”, énumère l’animateur du réseau herpétofaune. Un travail de patience et de précision qui s’avère essentiel pour les analyses à venir.

En véritable scientifique, l’expert interprète ses observations. Les indices relevés en forêt révèlent-ils une augmentation, une stabilisation ou une baisse d’une population ? Comment l’expliquer ? “En fonction des missions, les enjeux ne sont pas toujours les mêmes. Il peut s’agir de quantifier une population, de déterminer sa zone de répartition ou encore d’évaluer les éventuelles menaces qui pèsent sur l’espèce”, précise-t-il. Autant de connaissances qui permettent ensuite l’adaptation des mesures de gestion forestière. Car le naturaliste est l'allié du forestier. La suspension des travaux en période de reproduction ou la définition de périmètres de préservation peuvent par exemple être décidés pour assurer la quiétude des espèces présentes.

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Être forestier naturaliste, c’est apporter un soutien indispensable aux collègues sur le terrain. Nous avons avant tout un rôle de conseil et d’expertise. En fonction des enjeux, nous sommes là pour dresser un état des lieux de ces espèces, expliquer aux forestiers leurs besoins et les menaces qui pèsent sur elles. Pendant qu’ils adaptent la gestion forestière, nous continuons de suivre les populations connues et de rechercher de nouvelles traces de présence.

Cédric Baudran, animateur du réseau herpétofaune de l’ONF

Des plans nationaux d’action

La mobilisation du réseau herpétofaune de l’ONF permet de contribuer à un certain nombre de plans nationaux d’action (PNA) en faveur d’espèces menacées. Plusieurs reptiles et amphibiens bénéficient d’un PNA, à l’image du Sonneur à ventre jaune, du Pélobate brun, du Crapaud vert ou du Lézard ocellé. L’amélioration des connaissances de ces espèces, la formation des forestiers, les expérimentations de gestion qui sont menées participent en effet à leur maintien sur le territoire national.

Une journée avec les experts du réseau herpétofaune de l’ONF sur les dunes

En 2018, alors que j’étais sur un point d’écoute Avifaune à proximité, j’ai été le premier à repérer le Lézard ocellé en forêt domaniale des Pays de Monts. Ma curiosité naturelle et ma passion pour les forêts et leur faune m’ont poussé à soulever une plaque de suivi des reptiles. Quand j’ai vu le Lézard ocellé, cela m’a interpellé immédiatement. Je savais que cette espèce n’avait jamais été repérée dans ce secteur.

Vincent Boissonneau, technicien forestier territorial en forêt du Bocage Vendéen et membre du réseau naturaliste Avifaune de l’ONF

Des données inter partenariales

Mickaël Ricordel, chef de projet environnement à l’agence Pays de la Loire de l’ONF, enregistre les relevés dans une application dédiée. Directement depuis le terrain, cet outil permet d’enregistrer tous les éléments relatifs aux espèces rencontrées dans une base de données nationale (BDN).

Pour les forestiers du réseau herpétofaune, il n’y a pas de petite information. Plus ils relèvent de données au sujet d’une espèce ou d’un milieu naturel, plus l’inventaire des populations sera précis. L’ensemble des données collectées sont ensuite centralisées dans une base de données nationale (la Base de données naturaliste – BDN – de l’ONF), qui constitue un appui essentiel à la gestion forestière. Cet outil contient à la fois des données internes et des données externes fournies dans le cadre de partenariats et notamment la Société Herpétologique de France. Plus de 400 000 données naturalistes portant sur 6 000 espèces sont diffusées publiquement par l’ONF - déposées sur le site de l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) - dont 26 000 données sur les amphibiens et 14 000 sur les reptiles.

Etudier la faune des mares

Situation des amphibiens et des reptiles en France

Sur la dune de la forêt domaniale du Pays de Monts (Vendée), ce jeune Lézard à deux raies profite des rayons du soleil à l’entrée d’un terrier de lapin. - ©Fiona Farrell / ONF

En pourcentage d’espèces menacées, les amphibiens et les reptiles arrivent malheureusement en troisième et quatrième place, avec quasiment un quart des espèces métropolitaines. Les causes de déclin sont multiples et connues depuis plusieurs années : la destruction des mares, haies, lisières, l’aménagement du territoire, mais aussi les pesticides, l’écrasement routier, etc. Par ailleurs, la fragmentation des milieux, à l’échelle du paysage, est un frein aux modifications naturelles de leurs aires de répartition.

En forêt, les mares sont de mieux en mieux prises en compte et les habitats ne subissent pas les effets de l’urbanisation et de l’artificialisation des milieux naturels. Il reste néanmoins beaucoup d’efforts à faire pour mieux prendre en compte les reptiles et certains amphibiens dans la gestion des forêts. Le réseau Herpétofaune est là pour aider toute la communauté ONF à y parvenir.

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