En forêt domaniale d’Écouves : la biodiversité en éveil sur les reliefs normands

Dans l'Orne, la forêt domaniale d'Ecouves dévoile une diversité de paysages, vallonnés, riches en biodiversité et en histoire. Les nombreuses pistes forestières vous offrent des regards sur cette forêt feuillue, ses étangs et le travail de générations de forestiers. Laissez-vous guider.

La petite voiture blanche de l'Office national des forêts (ONF) s’arrête en lisière de forêt. Entre les arbres, un petit chemin caillouteux se dessine. La pente semble raide, mais Lionel Huchette, responsable de l’unité territoriale ONF d’Alençon nous encourage : "Allez, vous ne le regretterez pas, la vue est magnifique là-haut !" Chaussures de marche lacées, nous voilà partis. Autour de nous, des géants de chênes sessiles et de hêtres. Au bout de quelques mètres, une petite clairière se dessine, nous y sommes. Lionel avait raison.

Depuis le Canton du Vignage à 345 mètres d’altitude, la forêt domaniale d’Écouves se dévoile. Située dans le parc naturel régional Normandie-Maine, elle s’étend sur 8 200 hectares au nord d’Alençon (Orne). À la limite du massif armoricain, le massif se distingue par ses reliefs variés et ses points de vue sur les bocages et campagnes. Sur ces hautes collines de Normandie, le signal d’Écouves culmine à 413 mètres d’altitude, ce qui en fait le deuxième plus haut sommet à l’ouest de la France derrière le mont des Avaloirs à 416 mètres.

Sous nos yeux, le paysage vallonné est sublime. Difficile d’imaginer un tel panorama sans forêt. Et pourtant, au XIIIe siècle, c’est une forêt royale avec une exploitation intensive pour son bois. Six siècles plus tard, en 1863, elle est déclarée "complètement ruinée". Pour sauver le massif, une grande opération de reboisement a été mise en place. Grâce à cette action, les promeneurs déambulent aujourd’hui sur les chemins, entourés de belles futaies de chênes, hêtres, sapins, épicéas et de pins sylvestres, sans se douter des années de sylviculture minutieuse effectuée par des générations de forestiers.

Une biodiversité en éveil

"Cette forêt a une biodiversité insoupçonnée. Avec ses sols acides et pauvres on pourrait croire qu’elle n’est pas à même d’offrir un habitat propice au développement naturel. Mais regardez autour de vous toute la diversité que l’on a", témoigne Lionel. Le forestier dit vrai. En se perdant sur les sentiers de la forêt domaniale d’Écouves, nous traversons plusieurs habitats naturels. Tourbières, landes humides, étangs… La nature nous dévoile ses richesses grâce à un important réseau hydrique présent sur tout le massif. "Au total on comptabilise plus de 126 kilomètres de cours d’eau. Toutes ces sources favorisent grandement la biodiversité, comme le bassin de la Briante", affirme Lionel.

Avec la flore qui s’anime, la faune se déploie. Les ongulés sont présents en grand nombre ici et les oiseaux sont friands des nombreux perchoirs et nids que leur offre la forêt d’Écouves. Pour protéger et maintenir la biodiversité ambiante, les habitats particuliers avec une faune (Pigeon ramier, Engoulevent d’Europe, Cigogne noire, Triton marbré…) et une flore (Linaigrette vaginée, Drosera à feuilles rondes, Ossifrage brise-os ou encore le Lichen pulmonaire) spécifiques sont préservés. Ces espèces se trouvent généralement sur les zones Natura 2000 et dans la réserve biologique mixte située sur le canton de l’Aumône.

Pour nous montrer un exemple de ces parcelles réservées à la biodiversité, Lionel nous emmène sur un site où règnent de vieux hêtres morts en décomposition, sur le canton du Gué d’Ecouflard.

Il est fondamental de garder ces arbres pour la biodiversité. Avant de se décomposer complètement pour redevenir des éléments minéraux, ils vont servir d’abri pour de nombreuses espèces, comme le pic noir, les insectes et les chauves-souris.

Lionel Huchette, responsable de l'unité territoriale ONF d'Alençon.

Ces îlots de vieux bois, à l’intérêt patrimonial important, sont aussi présents dans certaines parcelles en production à divers endroits dans la forêt et plus particulièrement dans les parcelles les plus âgées. D’autres ont de leur côté une vocation écologique prioritaire. C’est le cas des landes sèches et humides ou bien des tourbières.

Le saviez-vous ?

En forêt domaniale d’Écouves, il existe un endroit tout à fait singulier où l’Homme n’est pas intervenu depuis les années 1990. C’est la réserve biologique intégrale d’Ecouves, qui fait partie de la réserve biologique mixte du même nom. Sur ces soixante hectares, les forestiers laissent la nature agir de plein droit et font des relevés pour analyser les différences entre une parcelle en gestion et une parcelle en libre évolution. "Les concepts de 'naturalité' et de la 'non-exploitation' permettent, entre autres, de tenir compte des exigences écologiques de nombreuses espèces forestières menacées", témoigne Lionel Huchette.

Une histoire de charbonniers

"Je vais maintenant vous emmener dans un endroit assez atypique où l’histoire de la forêt d’Écouves est tracée à même le sol", s’enquit Lionel. La petite voiture blanche reprend la route et passe par le carrefour du Chêne au Verdier, longe le parcours sportif et s’arrête.

Sous nos pieds, le sol, recouvert de mousses, d’un vert intense, semble spongieux. Un phénomène dû à un sol sain et hyper-acide. Quelques pas plus tard, le paysage change et devant nous se dessinent d’étranges sillons. "Nous sommes aux chemins creux du pays d’Alençon, au circuit Trail numéro trois. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des villages de charbonniers étaient installés ici. Les activités des forges et des verreries d’Alençon nécessitaient beaucoup de bois", explique Lionel.

Il nous raconte que des études seront prochainement menées par l’universitaire Nicolas Blanchard pour permettre de dater précisément ces places à feux. Aujourd’hui ces chemins sont utilisés pour les courses de trails et ont été renommés pour la course du Verdier "les lacets Huchette", en clin d’œil au forestier attaché à sa forêt.

La station trail d’Écouves

Dans les lacets des chemins de la forêt d’Ecouves, de nombreuses courses nature sont organisées. Financée par la communauté urbaine d’Alençon, la station trail d’Écouves comporte un réseau de sept circuits balisés. De son côté, l’ONF garantit la sécurisation du circuit tout au long de l’année.

Avis aux amateurs de courses en forêt, c’est l’endroit idéal ! Ce sentier balisé est libre d’accès tout au long de l’année et n’attend que vous.

→ Retrouvez plus d’informations sur la station trail d’Écouves

Après 19 ans à parcourir ces sentiers, Lionel Huchette connaît la forêt domaniale d’Écouves dans ses moindres recoins. "C’est une forêt sublime. Mais je dois l’avouer, comme tout forestier, j’ai mon coin préféré." Cet endroit coup de cœur, c’est le canton du Vignage où se dévoilent de majestueux chênes tricentenaires.

"Celui-ci c’est mon préféré par la puissance qu’il représente au cœur de cette forêt." L’arbre en question a plus de 350 ans et se démarque par ses dimensions impressionnantes. Ce géant de bois se dissimule à merveille dans son environnement. Ici calme et quiétude règnent au milieu des arbres centenaires.

Mais alors, quelle balade choisir ?

Dans ce massif, nombreux sont les endroits où chacun pourra profiter d’un moment au vert. Pour les promeneurs en quête de calme et de sérénité, direction l’étang de Goult. Pour y arriver, garez-vous au niveau de la route départementale 908 entre Sées et Carrouges. L’accès se fait ensuite à pied par la ligne Chambray et à gauche par la route forestière de l’étang de Goult. Une fois arrivés, vous pouvez en faire le tour et découvrir sa richesse écologique. Cormorans, grèbes et bernaches aiment y nicher et s’y rafraîchir.

A noter ! Pour préserver l’écosystème ambiant, la pêche y est interdite.

Pour compléter...

La forêt d'Écouves est située à 10 km au nord de la ville d'Alençon. Elle s'étale sur 19 communes. Elle est composée de la forêt domaniale de près de 8 200 ha auxquels il faut ajouter près de 7 000 ha de forêts communales et de forêts privées. Ce qui constitue un massif de près de 15 000 hectares, ce qui correspond à l'un des plus vastes massifs forestiers de Normandie.

Autre possibilité pour les cyclistes ou les cavaliers, un réseau de dessertes important avec des parties fermées à la circulation motorisée est présent sur tout le massif. Un parcours sportif et un sentier découverte au niveau du carrefour du Rendez-vous est aussi à votre disposition.

Pour la pause déjeuner, vous trouverez de quoi pique-niquer à proximité des grands carrefours où des sites sont aménagés. Sinon, Lionel vous conseille de prendre un instant en bordure de la Briante au pont Cordonnier que vous pouvez rejoindre via le carrefour de Radon.

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