©John Bersi / ONF

La forêt de Mallemoisson : et au milieu coule une rivière

Au cœur des Alpes du sud, la forêt de Mallemoisson représente un havre de verdure et de fraîcheur unique en son genre. Dans la chaleur de la Provence, cette petite forêt suit de près le cours sauvage de la Bléone. Une oasis méditerranéenne où se la couler douce, les pieds dans l'eau, en révisant ses connaissances sur les martins pêcheurs.

Petite, la forêt de Mallemoisson ? Deux kilomètres de long sur une centaine de mètres de large, certes, ce n’est pas beaucoup… "Mais c’est un lieu qui offre de telles possibilités de promenade que l’on en oublie vite sa taille, s’enthousiasme Géraud Lavandier, responsable de l'unité territoriale de Digne-les-Bains à l’Office national des forêts (ONF). Mallemoisson est en effet une forêt deux en un, où l’on peut à la fois marcher sous les arbres et profiter d’un bord de rivière."

Non loin de Digne-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le rectangle arboré de Mallemoisson serre de près le cours de la Bléone, tumultueux affluent de la Durance. En été, le lieu, accessible par la route du Chaffaut, après le village de Mallemoisson, est bien connu des amateurs de baignade : ici on fait trempette, avant d’aller étendre sa serviette sur le solarium à l’ombre des grands pins.

La forêt en détails

PICTOS web
Superficie 34 hectares.
Altitude 500 mètres.
Climat méditerranéen.
Plan de travail 132
Essences principales pin noir d'Autriche, peuplier, chêne pubescent.

Entre son parcours d’accrobranche à l’entrée du bois et ses tables-bancs invitant au pique-nique au bord des sentiers, la forêt de Mallemoisson a décidément tout pour plaire, que l’on soit plutôt sport ou farniente. Ses trois boucles de promenades - 860 mètres accessibles à tous, 1 660 mètres, et enfin 2 500 mètres pour les plus courageux – multiplient les possibilités d’escapade… bien à plat tout au long du parcours.

"Cela n’est  pas si courant dans notre Provence montagneuse, sourit Alain Laval, qui vient tous les jours en voisin, promener Lulu, son braque de Weimar. On ne se lasse jamais. A l’aller, on suit la rivière, au retour, on profite des belles lumières du sous-bois."

Une forêt sauvée des eaux… par une digue

L’histoire de la forêt de Mallemoisson est inséparable du cours de la Bléone, une rivière de montagne qui prend sa source, quelques 2 000 mètres plus haut, dans le massif alpin des Trois-Evêchés. Son origine escarpée lui confère un faciès "en tresse" – autrement dit, un lit fait de chenaux entremêlés, de bancs de graviers et de galets, pour une rivière qui maigrit en été et gonfle brutalement à la fonte des neiges. En conséquence, jusqu’au XIXe siècle, la Bléone inondait les champs du village voisin de Mallemoisson.

Mais les grands projets de reboisement du sud des Alpes changent la donne : lancé par l’empereur Napoléon III, la Restauration des Terrains en Montagne (RTM) vise à stabiliser les sommets alpins grâce des plantations forestières. Or Mallemoisson s’avère l’emplacement idéal pour établir une pépinière. En 1876, l’Etat y acquiert donc des terres et fonde la "pépinière des Grillons". La construction d’une digue, dont les enrochements sont toujours visibles le long du sentier, protège du même coup les terrains agricoles et la plantation forestière où poussent les jeunes arbres destinés à la RTM.

Ce passé de pépinière explique la multitude d’essences que le promeneur peut aujourd’hui rencontrer en traversant l’endroit. Pins noirs d’Autriche, cèdres, pins à crochets bien sûr… mais aussi quelques originalités qui témoignent des nombreux tests effectués à l’époque, comme ce carrefour ombragé par d’atypiques Sapins pinsapo originaires d’Espagne ou plus loin, un grand Sequoia issu des lointaines Amériques…

Informations pratiques : accès

Après le village de Mallemoisson, par la route du Chaffaut, juste avant le pont sur la Bléone.

Dans le réfectoire des castors

En chemin à travers ces ambiances forestières très diverses, de nombreuses ouvertures à travers les feuillages permettent d’admirer le cours sauvage de la rivière. Avec un peu de chance, le promeneur peut même y apercevoir… un Castor - ou du moins les traces de ce craintif rongeur, troncs taillés "en crayon" et empreintes reconnaissables entre toutes à leur palmure.

Contrairement aux idées reçues, le Castor ne fait pas que ronger les arbres. Il est même l’allié du forestier. Comme il ronge les arbres jeunes, ceux-ci en repoussant en touffe, en cépée, participent au maintien de la berge.

Géraud Lavandier, responsable de l'unité territoriale de Digne-les-Bains à l’Office national des forêts.

Mais le castor n’est que l’une des nombreuses petites bêtes qui trouvent refuge dans la forêt. Tapissé de pervenches au printemps comme à l’automne, son sous-bois représente un véritable havre de fraîcheur pour la faune. "Toute la forêt est très humide, car la Bléone n’est jamais loin et la nappe phréatique très proche du sol, analyse Géraud Lavandier. Au milieu de la forêt, un captage permet par ailleurs d’alimenter en eau toute la commune de Mallemoisson. Cela nous oblige à effectuer tous les travaux forestiers avec prudence, en évitant tout risque de pollution et de tassement du sol par les engins forestiers."

Géraud Lavandier nous parle de la biodiversité de la Bléone

©John Bersi / ONF

Au rendez-vous des alevins

Pour aider le visiteur à faire connaissance avec la vie secrète du lieu, un sentier d’interprétation traverse les bois. On passe ainsi d’une aire de repos dédiée à l’élément liquide, à un jeu de piste axé sur la biodiversité, qui invite à retrouver six animaux cachés dans les frondaisons : saurez-vous repérer le minuscule Hydropsyche, un mollusque qui dissimule son corps mou dans un fourreau fait de sable et de brindilles, ou le Martin pêcheur, un bel oiseau au plumage bleuté amateur de poisson ?

Des panneaux explicatifs révèlent aussi les dessous du réseau autrefois utilisé pour drainer la pépinière, désormais véritable réservoir de nature. Trois adoux, anciens fossés d’irrigation régulés par de petits barrages (les martelières), abritent aujourd’hui de nombreux poissons petits et gros : "pour eux, il s’agit d’un couloir d’eau toujours claire et au débit régulier, où venir frayer en sécurité, explique Géraud Lavandier. Lieu de rendez-vous des alevins du blageon ou du barbeau, ceux-ci profitent du calme de ce petit canal pour apprendre à nager, avant de regagner la rivière et ses flots rapides…  A la belle saison, leur couloir d’eau bleue est une invitation irrésistible à venir y tremper les pieds… mais attention, les écrevisses à pattes blanches, espèce protégée, qui y ont élu domicile aiment aussi pincer les orteils !"

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