“Connaître et préserver la biodiversité des forêts, deux belles missions pour les forestiers de l’ONF"

Pour la Journée mondiale de la biodiversité du 22 mai 2020, l’Office national des forêts (ONF) vous invite à découvrir ses réseaux naturalistes, véritables acteurs de la protection de l’environnement, ainsi que les actions concrètes de l’ensemble des forestiers pour protéger la biodiversité.
Interview de Régine Touffait, secrétaire générale de la Direction forêts et risques naturels (DFRN) à l’ONF

Pourquoi la biodiversité est-elle essentielle aux forêts ?

La diversité biologique permet aux écosystèmes forestiers d'être résilients, de mieux résister au changement climatique et aux maladies. Elle est d'intérêt général pour les Hommes. C’est tellement agréable de se promener en forêt quand beaucoup d’espèces d’oiseaux chantent, que les chauves-souris volent au crépuscule ou encore que des plantes rares sont à voir. Connaître et protéger la biodiversité est un engagement fondamental à l'ONF, au même titre que fournir du bois pour répondre aux besoins de la société et accueillir le public en forêt.

Concrètement, comment les forestiers la prennent-ils en compte au quotidien ?

A plusieurs niveaux. Par exemple, lorsqu'ils réalisent des martelages (la désignation des arbres à récolter, au marteau ou à la peinture, ndlr), les forestiers de l'ONF portent une attention particulière aux arbres à cavités qui seront préservés, car ils sont des habitats pour de nombreuses espèces d’insectes, d’oiseaux ou de chauve-souris. Nous les appelons les arbres "bio". Parfois, vous pourrez voir sur ces arbres, s’ils ne sont pas dangereux, une petite plaquette "arbres conservés pour la biodiversité". Par ailleurs, nous sommes vigilants sur les périodes de coupe afin de ne pas déranger certaines espèces qui nécessitent de la quiétude. En présence de rapaces nicheurs, nous prescrivons une période d’interdiction d’exploitation pouvant s’étendre, par exemple, de février à juillet, selon les secteurs et les espèces. En 2019, l'ONF a également abandonné l'utilisation de tout produit phytopharmaceutique en forêt. Tous les enjeux de biodiversité sont pris en compte dans l'aménagement forestier, le document de gestion durable qui planifie sur 20 ans les actions sylvicoles à mener dans une forêt.

A la peinture de couleur chamois, ce forestier de l'ONF marque un arbre "bio". - ©ONF

Certains forestiers ont une casquette particulière en matière de biodiversité... Que l’on appelle les forestiers naturalistes. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il y a  en effet environ 200 forestiers naturalistes à l’ONF. Depuis 2004, ils constituent un réseau qui a pour objectif de renforcer la connaissance de la biodiversité dans les forêts publiques. Ils sont répartis en six spécialités pour couvrir l’ensemble de la biodiversité forestière : herpétofaune, avifaune, entomologie, habitats-flore, mammifères et mycologie. Ils s’intéressent aussi bien aux espèces en danger qu’aux espèces communes.

Plus on connaît la biodiversité, mieux on la protège. Les réseaux naturalistes de l'ONF ont récolté près de 400.000 données sur tout le territoire. Leurs travaux sont précieux pour accompagner les gestionnaires forestiers dans leurs pratiques quotidiennes

Régine Touffait, secrétaire générale de la Direction forêts et risques naturels (DFRN) à l’ONF.

Quel est leur travail ?

Sur tout le territoire géré par l’ONF, ils réalisent des inventaires et des suivis spatio-temporels d’espèces ou d’habitats. L'objectif : mieux connaître et comprendre la richesse écologique des forêts et des milieux associés (milieux ouverts, dunes, garrigue, espaces montagnards non boisés…). Régulièrement, ils émettent des recommandations pour la préservation de la biodiversité et contribuent aux orientations définies dans les documents de gestion durable des forêts publiques et dans les actions opérationnelles de gestion. Par exemple, le réseau habitats-flore travaille actuellement sur le maintien d’une trame de vieux bois en forêt domaniale de Trois Fontaine dans la Marne. Leur mission, qui relève d’une grande expertise et d’un haut niveau scientifique, est essentielle car elle nourrit au quotidien le travail des gestionnaires forestiers qui peuvent ainsi mieux prendre en compte la biodiversité dans leurs pratiques. C’est un processus d’amélioration continue ! Nos forestiers naturalistes sont reconnus au-delà de l’ONF par les associations de protection de la nature et le Ministère en charge de l’écologie.

ONF/DR.

Combien de données sont récoltées par les naturalistes ?

Plus on connaît la biodiversité, mieux on la protège. Les réseaux naturalistes de l'ONF ont récolté près de 400.000 données sur tout le territoire. Pour une espèce rencontrée, il s'agit par exemple de noter son nom, sa localisation, le nombre d’individus, l’auteur de la découverte. Ces données sont enregistrées dans une base de données dédiée et alimentent le système d’information national sur la nature et les paysages. Les naturalistes de l’ONF contribuent parfois à des découvertes. En 2019 par exemple, le réseau entomologie a décrit deux nouvelles espèces pour la Science et signalé 9 nouvelles espèces en  France.

Ont-ils un autre rôle ?

Leurs travaux en faveur de la connaissance et la préservation de la biodiversité sont partagés avec des organismes de recherche et les différents partenaires associatifs de l’ONF (LPO, société mycologique de France, société herpétologique de France, France nature environnement etc.) ainsi qu’avec le ministère en charge de l’écologie, lequel finance autour de 1000 jours sur environ 6000 jours d’activités de nos réseaux pour la mise en œuvre d’inventaires dans les réserves biologiques et la mise en œuvre d’actions en faveur d’espèces protégées.

En 2019 par exemple, le réseau entomologie a décrit deux nouvelles espèces pour la Science et signalé 9 nouvelles espèces en France.

Régine Touffait.

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