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La réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou-Dékou

La RBI Lucifer Dékou-Dékou est la première réserve biologique intégrale de Guyane, mais également la plus grande réserve biologique de France.

Vue aérienne sur le plateau tabulaire de Lucifer
Vue aérienne sur le plateau tabulaire de Lucifer © Oliver Brunaux / ONF

Le contexte de cette réserve est très différent des autres espaces protégés de Guyane, car une importante activité minière (exploration et exploitation aurifère), antérieure à sa création, y règne. Un gisement potentiel d'or primaire a d'ailleurs été localisé au pied même du massif de Dékou-Dékou. Se posait alors le problème de définir un zonage de la réserve prenant en compte des activités qui ne sont pas conciliables sur le même territoire.

Dans le cadre des discussions pour la définition du Schéma départemental d'orientation minière, un accord a été trouvé avec les sociétés titulaires des permis miniers (signé le 10 février 2010) afin de définir des limites d'exploitation minière n'empiétant pas sur les montagnes de Lucifer et Dékou-Dékou. Ces deux zones de protection, l'une au nord englobant le massif de Lucifer et l'autre au sud englobant le massif de Dékou-Dékou constituent la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou-Dékou.

L'arrêté ministériel portant création de la réserve date du 27 juillet 2012.

Carte d'identité

carte des espaces naturels protégés de Guyane
Localisation de la RBI Lucifer Dékou-Dékou sur la carte des espaces naturels protégés de Guyane © Nicolas Degarne / ONF

Cascade sur Dékou-Dékou
Cascade sur Dékou-Dékou © Oliver Brunaux / ONF
  • Localisation :

Dans l'ouest du département à 60 km, à vol d'oiseau, au sud de la ville de Saint-Laurent-du-Maroni, au sein du domaine forestier permanent. Elle s'étend sur deux communes : la commune de Saint-Laurent-du-Maroni et la commune d'Apatou.

  • Superficie :

La superficie de la RBI est de 64.373 ha.

Historique de création

Très tôt, l'ONF, en collaboration avec les chercheurs de l'Orstom (actuel IRD), avait pensé à préserver un échantillon représentatif des différents biotopes de la bande côtière guyanaise.

  • Dès 1975, Jean-Jacques de Granville cite la zone de Paul Isnard comme étant d'un grand intérêt. Ce n'est que 20 ans plus tard, que l'arrêté du ministre de l'Agriculture du 11 décembre 1995 définissant la réserve biologique domaniale de Lucifer Dékou-Dékou fut pris, pour une superficie de 110.818 ha.
  • L'intérêt minier de la zone intermédiaire entre les massifs de Lucifer et Dékou-Dékou est très important. Cette vallée est parcourue par de nombreuses criques qui sont le siège depuis très longtemps d'une activité aurifère alluvionnaire continue et plus ou moins soutenue (découverte de l'or à Paul Isnard en 1873). L'augmentation des cours de l'or a engendré une très forte pression des opérateurs miniers se traduisant par l'octroi de permis miniers sur le secteur de Lucifer Dékou-Dékou.
  • Afin de trouver un juste milieu entre développement de l'activité minière (le schéma départemental d'orientation minière classant la zone intermédiaire en zone ouverte à l'activité minière, le Sdom, s'impose au Code forestier) et préservation de la biodiversité (position claire du CNPN de ne pas voir d'activité minière dans une réserve), il a été décidé de redéfinir les limites de la réserve pour former la RBI de Lucifer Dékou-Dékou, interdite à l'activité minière dans le Sdom.

Intérêts patrimoniaux

Les intérêts patrimoniaux de cette immense région forestière reposent sur les deux ensembles montagneux qui ont donné leur nom à la réserve : le mont Lucifer et le mont Dékou-Dékou.

  • Le mont Lucifer s'élève à plus de 500 m d'altitude en un vaste plateau tabulaire. Drapé d'une forêt de type sub-montagnarde, il héberge des espèces considérées comme rares à l'échelle de la Guyane.
  • Lui faisant face, de l'autre côté d'une large vallée, le massif de Dékou-Dékou culmine à 567 m. Ce mont possède la particularité de porter de nombres cambrousses (formations végétales basses et très denses souvent mono-spécifiques à bambous et autres graminées).
  • L'objectif principal de gestion est la conservation des habitats sub-montagnards et des forêts de pentes qui constituent des zones prioritaire l'échelle de la Guyane. L'acquisition de données sur la répartition de la faune et de la flore de ces deux massifs permet d'optimiser cette gestion.

La faune

Les communautés de grands mammifères, de chauves-souris, d'oiseaux, d'amphibiens et de reptiles ont été étudiées selon des protocoles éprouvés et permettent une mise en perspective des résultats. A ce jour, après plusieurs missions, de nombreuses espèces ont été inventoriées :

  • Oiseaux du plateau de Lucifer : 199 espèces
  • Chauves souris : 39 espèces
  • Serpents : 21 espèces dont une nouvelle espèce pour le plateau des Guyanes (Umbrivaga pygmaea)
  • Amphibiens du plateau de Lucifer : 39 espèces.

Sur le plan de l'avifaune, l'intérêt du plateau de Lucifer ne semble pas résider dans une richesse exceptionnelle, mais plutôt dans la présence de quelques espèces sub-montagnardes dont la répartition en Guyane est fragmentée et qui sont bien représentées ici :

  • Pic or-olive
  • Araponga blanc
  • Oxyrhynque huppé
  • Tyranneau nain
  • Tangara cyanictère
  • Tangara orangé.

A noter que l'Oxyrhynque huppé et le Tyranneau nain sont tous deux endémiques du plateau des Guyanes. La présence de ces populations justifie à elle seule la préservation de la forêt du plateau de Lucifer.

La flore

Différentes missions botaniques ont également pris place ces 20 dernières années dans la région de Paul Isnard, de Citron et des massifs montagneux de Lucifer et de Dékou-Dékou. Plusieurs centaines de spécimens ont fait l'objet de récolte, d'identification voire de description.

Actuellement, la flore de cette vaste région compte 1.005 espèces de plantes vasculaires soit plus de 20% des espèces connues en Guyane. Parmi celles-ci, on distingue :

  • 700 Magnioliopsides (Dicotylédones)
  • 111 Liliopsides (Monocotylédones)
  • 21 espèces de mousses
  • 6 Hépatiques
  • 9 Lycophytes
  • 148 espèces de fougères se retrouvent dans la réserve biologique (la moitié des espèces de fougères de Guyane).
Ressources