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Les forêts, fortement sollicitées autrefois

La forêt française gagne du terrain chaque année. Elle occupe aujourd’hui plus de 28% du territoire alors que ce taux était tombé en dessous de 12% à la veille de la Révolution. L’histoire de la forêt est le reflet des politiques et des pratiques des hommes qui l’ont longtemps surexploitée.

Dans le monde, la déforestation ralentit mais perdure

Selon le rapport de la FAO sur la situation des forêts dans le monde en 2007, la déforestation ralentit tandis que les superficies forestières augmentent dans plusieurs… Plus sur: Dans le monde, la déforestation ralentit mais perdure

De minuscules grains permettent de retracer l'histoire des implantations humaines : les pollens.

La palynologie, science qui les étudie, aide l'archéologie à définir le milieu dans lequel évoluait l'homme en déterminant quelles espèces de plantes étaient présentes, cultivées ou non. Grâce aux pollens piégés, on possède une bonne connaissance de l'évolution de l'environnement.

Il apparaît que la répartition et la composition du milieu forestier ont longtemps été essentiellement liées au climat et au type de sol. L'homme chasseur-cueilleur n'avait qu'une faible influence sur la forêt.

Au Néolithique, avec l’agriculture apparaissent les défrichements

Tout bascule au Néolithique (de - 5000 à - 2500 av J.C.) du fait de l'apparition de l'agriculture, la sédentarisation des groupes humains et l'explosion démographique qu'elle entraîne.

Les défrichements s'intensifient avec la maîtrise du bronze, puis du fer, qui apportent de nouveaux outils ; les techniques d'élevage et de culture se perfectionnent.

Mille ans avant notre ère, la majeure partie du territoire français est boisée et composée en grande majorité de feuillus. Les populations vivent surtout en forêt. Les défrichements pour l'agriculture s'intensifieront ensuite lors de la période Celte, en particulier au sud de la Gaule.

En -52 av J.C., César s'empare d'un territoire aux trois quarts boisé, composé de grandes forêts primaires qui seront petit à petit morcelées par les longues voies romaines.

En 800, la forêt ne couvre plus que les 3/5 ème du pays environ

Durant cette période gallo-romaine, un cadastre est créé.

La pression de l'homme augmente, elle se traduit par la multiplication des troupeaux et la pratique du défrichement par le feu. La forêt connaît ensuite un répit avec les grandes invasions qui précèdent la période franque (du Ve au IXe siècles).

De nombreux monastères sont fondés et mettent en culture de non moins nombreuses terres.

En 800, Charlemagne incite aux défrichages, avant tout des reprises sur les broussailles et sur d'anciens terrains cultivés.

A l'époque, la forêt ne couvre déjà plus que les 3/5 ème du pays environ (25 à 30 millions d'ha). Deux siècles d'invasions suivront avant l'arrivée des Capétiens à la fin du Xe siècle et la construction des premières églises romanes puis des cathédrales.

Entre le XIe et le XIIIe siècle, 30.000 à 40.000 ha sont défrichés par an

L'ère des grands défrichements va venir, liée à la croissance démographique et à l'essor économique.

C'est la "révolution agricole" : l'assolement triennal se généralise, la charrue se perfectionne, les rendements augmentent, les cultures se diversifient.

On défriche et on assèche pour obtenir de nouvelles terres, sur des sols de moins en moins fertiles et cultivables. Jamais la France ne perdra autant de forêts : on estime qu'entre le XIe et le XIIIe siècle, 30 à 40.000 ha sont défrichés par an !

A partir du XIIIe siècle, les pouvoirs publics favorisent les colonies de défrichement, les « villefranches » ou « bastides » sont créées. Le couvert forestier d'alors ne dépasse pas 13 millions d'ha (25% du territoire). Les grands massifs que l'on retrouve aujourd'hui datent de cette époque. Le bois manque, même si la guerre de Cent ans permettra une reprise des forêts.

En 1669, l’ordonnance de Colbert renverse la tendance

L'exploitation s'intensifie au XVIe siècle pour répondre non seulement aux besoins en bois de chauffage, mais aussi à ceux des premières industries : mines, forges, verreries, salines, etc.

La construction navale est également grosse consommatrice.

De plus l'agriculture continue son expansion et le pâturage en forêt provoque de gros dégâts.

Les réglementations existent mais ne sont que peu respectées, on assiste à de nombreux pillages rarement sanctionnés.

Au final, d'expansions en diminutions, la surface forestière du XVIIe est proche de celle du XIIIe.

Le changement viendra avec Louis XIV et la réforme de Colbert : le pouvoir royal reprend la main sur la forêt, il réforme et contrôle. Les massifs surexploités sont protégés, un quart des forêts est mis en réserve totale, le traitement en futaie est généralisé, les âges d'exploitabilité sont repoussés. Cette fameuse ordonnance de Colbert de 1669 est de plus appliquée non seulement aux forêts royales, mais également à celles de l'église, des seigneurs et des communes. 

Peu avant la Révolution, la forêt connaît son pire état

Toutefois, après la disparition de Colbert et Louis XIV, les délits et les coupes sauvages reprennent.

La France s'enfonce alors dans une période douloureuse pour la forêt : la demande de l'agriculture en terres cultivables ne cesse de croître et jamais on n'a eu besoin d'autant de bois pour le chauffage, l'industrie, la marine et la construction.

Peu avant 1789, la forêt est dans le pire état qu'elle n'ait jamais connu, les révolutions ont été ramenées à 100 ans puis à moins d'un demi siècle. On atteint la plus basse surface de couvert forestier de l'histoire avec un total compris entre 6 et 7 millions d'ha de forêts (moins de 12% de la surface du territoire).

Après 1827, la forêt regagne du terrain

La forêt de Chamatte, fin XIXe. La forêt de montagne surexploitée n'a plus protégé les vallées des inondations torrentielles
La forêt de Chamatte, fin XIXe. La forêt de montagne surexploitée n'a plus protégé les vallées des inondations torrentielles © Lilian Micas / ONF

En 1827 est promulgué le Code forestier, qui impose de nombreuses restrictions et aménagements dans les forêts, et contrôle sévèrement leur application.

Les défrichements doivent notamment faire l'objet d'une autorisation, le pâturage est interdit en forêt. La période correspond également à la transition vers le charbon de terre, la houille.

Par ailleurs la métallurgie se développe et la marine se détourne petit à petit du bois sur lequel elle exerçait une pression considérable. Les forêts gagnent du terrain et une partie d'entre elles sont converties en futaie afin de fournir le bois nécessaire à la construction employé par les mines, les chemins de fer ou encore les poteaux.

Des reboisements, en particulier en résineux, sont entrepris pour le bois d'œuvre et la pâte à papier. Ainsi en 1914, la surface forestière avoisine les 10 millions d'ha.

Au XXe siècle sont créés le Fond forestier national puis l’ONF

Aujourd'hui, après reboisement par le service de Restauration des terrains de montagne, la forêt de Chamatte joue à nouveau son rôle de protection
Aujourd'hui, après reboisement par le service de Restauration des terrains de montagne, la forêt de Chamatte joue à nouveau son rôle de protection © Lilian Micas / ONF

La Première Guerre mondiale infligera des dégâts sur plus de 100.000 ha, elle sera aussi à l'origine de la surexploitation de nombreux massifs et de lourdes pertes humaines au sein du corps des Eaux et Forêts.

L'exode rural est accéléré et de nombreuses terres agricoles sont abandonnées. Dans les décennies qui suivent, la consommation de bois de feu ne cesse de diminuer. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est créé le Fond forestier national qui lance une politique de reboisement en particulier en résineux.

L'ONF verra sa création en 1966 et contribuera à l'amélioration des techniques sylvicoles.

Aujourd’hui les forêts occupent 28% du territoire et s’accroissent

La déprise agricole actuelle, avec ses reforestations éparpillées, est le phase inverse des grands défrichements du Moyen-Age
La déprise agricole actuelle, avec ses reforestations éparpillées, est le phase inverse des grands défrichements du Moyen-Age © Peter Breman / ONF

Aujourd'hui avec 15,4 millions d'ha, les forêts occupent plus de 28% du territoire national. Entre 1993 et 1998, l'extension de surface boisée a été de 82.000 ha par an, l'équivalent de 50.000 terrains de football !

Cet accroissement a chuté à 38.000 ha par an du fait de la diminution des boisements des landes, des friches et des terres agricoles. Le rythme de la déprise des terres cultivées a baissé et les aides au boisement des terres agricoles ont été mobilisées par les travaux de reconstitution après la tempête de 1999 qui a touché près d'1 million d'ha de forêt.

Dans l'Europe des 25, la France se classe au troisième rang des pays forestiers derrière la Suède (27,1 millions d'ha) et la Finlande (21,9 millions d'ha).

Aujourd'hui nous raisonnons en terme de développement durable, un concept encore difficile à adapter à l'ensemble d'une planète qui continue à subir les ravages de la déforestation. Mais les progrès sont là et il faut poursuivre l'effort.

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