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L'homme défricheur

Dès le XVe siècle, les défrichements reprennent et rapidement la forêt est de nouveau surexploitée. Malgré les nombreuses ordonnances et réformes, la forêt est très dégradée et la population manque de bois. Cette situation perdure jusqu’au XIXe siècle.

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Le XVe siècle marque la reprise des défrichements

Au XVe siècle, après la déprise agricole causée au siècle précédent par la Grande Peste, on observe un redressement économique et un nouvel essor démographique. Les campagnes sont recolonisées et les anciennes zones abandonnées sont défrichées.

Petit à petit le paysage se réouvre ; c'est le début d'une surexploitation de la forêt.

Pourtant, dès le XIIIe et XIVe siècles, l'état de la forêt française préoccupe les souverains et plusieurs ordonnances sont signées pour tenter de réglementer les pratiques, les coupes et les droits d'usage :

  • en 1291, Philippe le Bel crée le corps des Maîtres des Eaux et Forêts
  • en 1346, Philippe VI signe l'ordonnance de Brunoy qui correspond au premier « code forestier » et qui, entre autres, planifie les coupes et prélèvements de bois
  • en 1376, l'ordonnance de Charles V réglemente les droits d'usage.

La « crise forestière » reprend au XVIe siècle

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© Alain Blumet / ONF Illustration

Malgré ces dispositions, il y a des plaintes à cause du manque de bois de chauffe, notamment dans les villes ; les seigneurs protestent devant l'état délabré de leurs bois ; de nombreux délits et pillages de bois sont perpétrés régulièrement, et les officiers des Eaux et Forêts ne sont pas les derniers à les commettre !

A cela il faut ajouter le besoin croissant en bois des activités industrielles telles que la verrerie, la briqueterie, les salines et la forge, très grandes consommatrices ; ainsi que les besoins en gros bois de la marine pour la construction des navires.

De nombreuses réformes ont lieu, sans forcément beaucoup de succès, d'autant plus que la Couronne est la première à vendre ses bois lorsqu'elle a besoin d'argent...

La Réforme générale des Eaux et Forêts de 1663 est suivie de l’ordonnance de 1669

Lorsqu'en 1661 Colbert se fait attribuer la direction des Eaux et Forêts, la France a énormément besoin de développer sa flotte de guerre et sa flotte commerciale. Il est donc indispensable d'améliorer la quantité et la qualité de production de bois dans les forêts.

La Réforme générale des Eaux et Forêts qu'il entreprend en 1663 a pour objectifs de dresser un état des forêts royales et de mettre de l'ordre dans leur gestion en inventoriant et châtiant les nombreux abus, malversations et usurpations rencontrés.

La totalité des amendes dépassera les 2 millions de livres, et par ailleurs la Couronne récupère 70.000 arpents de forêts (soit 35.000 ha) qui avaient été aliénés frauduleusement.

Cette réforme est suivie de l'ordonnance de 1669. Le corps des Maîtres des Eaux et Forêts est désormais qualifié pour intervenir dans les forêts royales mais aussi dans les forêts ecclésiastiques et particulières.

Les chantiers navals ont un « droit de préemption » sur toutes les coupes. Les forêts ecclésiastiques doivent aussi mettre en réserve un quart de leur superficie pour développer des futaies. Enfin l'ordonnance met en place une réglementation très stricte des droits d'usage, de la chasse et prévoit de lourdes sanctions pour toutes les infractions.

Mais les surfaces reculent encore après la mort de Colbert

La reprise en main des forêts par cette ordonnance très contraignante est assez brève. Dès la mort de Colbert, la marine continuant à être très exigeante et la Couronne ayant toujours besoin d'argent pour régler ses conflits armés, les abus et délits réapparaissent. Ils sont beaucoup moins contrôlés et sanctionnés.

Les besoins en bois continuent de s'accroître (bois de chauffe, industries, bâtiment...) mais les défrichements ne cessent pas pour pourtant : les famines causées aux XVIIe et XVIIIe siècles par le refroidissement climatique, appelé communément « petit âge glaciaire », entraînent souvent une extension des cultures au détriment de la forêt.

A la veille de la Révolution, l'ordonnance de 1669 n'est plus vraiment appliquée et la population déplore toujours le manque de bois de chauffe. On estime la superficie des forêts françaises à environ 8 millions d'ha à la fin du XVIIIe siècle. Nombre d'entre elles sont très dégradées, voire réduites à l'état de landes.

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