Que font les forestiers après un incendie en forêt ?

Replanter, laisser la nature se reconstruire, réduire les risques post incendie… Après un feu de forêt, l'ONF réalise des études dans les forêts publiques pour déterminer le meilleur comportement à adopter et définir l’utilisation possible du bois en fonction des dégâts.

Chaque été, des feux ravagent les forêts. Qu’ils soient accidentels, volontaires, liés à la foudre ou aux lignes électriques, ils créent des dégâts visibles pendant de nombreuses années. Impact paysager, baisse de valeur et de production de bois pour les propriétaires de parcelles sinistrées, impact sur le tourisme et dans certains cas perte de biodiversité … Que peuvent faire l’ONF et les acteurs de la filière forêt-bois face à ces catastrophes ?

Faut-il planter pour permettre à la forêt de repousser au plus vite ? Pas toujours, indiquent les experts de l'ONF. D'un point de vue écologique comme économique, les plantations représentent un investissement important, sans garantie de réussite selon les régions et les types de peuplements sinistrés. Le propriétaire forestier ne s’y résout en général que s’il s’est fixé un objectif bien particulier pour sa forêt. Par exemple, après un incendie dans du pin maritime dans le massif des Landes, le propriétaire choisira le plus souvent de replanter pour raison sylvicole. Des plantations peuvent aussi avoir lieu quand l’impact paysager de l’incendie est très important. Un exemple récent : l’ONF et ses partenaires ont replanté près de 10.000 pins de Salzmann en forêt communale de Banne en Ardèche, suite à un incendie qui avait ravagé plusieurs hectares en 2014. Ou en forêt communale de Champagny-en-Vanoise en Savoie où 80 hectares de forêts avaient brûlé en 2003.

Colline du Vaucluse après un incendie en 2017. - ©Frédéric Prodhomme / ONF

Dans la plupart des cas, les forestiers laissent la nature se régénérer par elle-même après un incendie. "Si on ne replante pas, c’est avant tout parce que les arbres finissent toujours par repousser, même si c’est plus long", explique Frédéric Prod’homme, forestier dans le vaucluse qui a vu, en juillet 2017, un incendie brûler 1.200 hectares de pins et de chênes dans le Parc naturel du Luberon. "Nous avons observé que de nouvelles graines ont été déposées naturellement sur le sol après l’incendie, car la chaleur a favorisé l’ouverture des cônes des pins. On compte beaucoup dessus", continue Frédéric Prodhomme. Pour retrouver des arbres de 10 à 20 mètres de haut, il faudra en moyenne 70 à 100 ans. Mais trois à cinq années suffisent pour atténuer l’impact visuel sur le paysage avec la couverture du sol par des herbacées et les premières repousses des espèces arbustives et arborées.

Autre priorité pour les forestiers : assurer le retour de la faune. Pendant le feu, seuls quelques oiseaux et les grands mammifères parviennent à prendre la fuite. Ils retrouvent la forêt lorsque les milieux commencent à se refermer par la repousse de la végétation, indispensable à leur alimentation. Deux ans après l'incendie de la colline du Vaucluse, lièvres, perdrix, sangliers et chevreuils ont regagné les lieux. Pour les petits mammifères et les insectes, leur retour prend un peu plus de temps.

Exploiter le bois qui a brulé

Récolte des bois touchés par un incendie sur la colline du Vaucluse - ©Frédéric Prodhomme / ONF

Ce choix de replanter ou non est en principe déterminé par une étude de restauration de terrain incendié (RTI). Cette dernière peut être réalisée par les équipes de l’ONF à la demande des communes sinistrées. "Il s’agit d’abord d’apporter une expertise sur les risques liés à des éboulements, des glissements de terrain ou d’éventuelles inondations qui pourraient se déclencher en raison des amas de bois au sol, puis de faire des propositions de réhabilitation des espaces incendiés", résume Philippe Caramelle, responsable de l'Unité spécialisée de Défense des forêts contre l'incendie (DFCI) en Corse. Autrement dit, il faut déterminer ce qui a été brûlé, avec quelle intensité et quelles techniques mettre en œuvre pour la reconstitution. Les propriétaires privés, dont les forêts ont été sinistrées par un incendie, peuvent se rapprocher du Centre national de la Propriété Forestière (CNPF) pour obtenir un diagnostic similaire.

Au cours d’un incendie, seules les parties fines de la végétation brûlent ; les troncs vivants ne se consument pas, seule leur surface est partiellement carbonisée et noircie. Vite récoltés, les bois restent donc exploitables, mais les impacts et traces superficielles de l’incendie peuvent conduire à un déclassement de leurs usages possibles. Les pins seront valorisés pour l’énergie dans les grandes centrales à biomasse régionales, tandis que les chênes alimenteront la filière bois de chauffage, s’ils sont en bon état, ou seront directement broyés avec les pins pour l’énergie. Le pin d’Alep, qui est souvent transformé en pâte à papier, ne pourra plus l’être si le bois est noirci.

Prévenir les incendies partout en France

Dans l’objectif de réduire au maximum le nombre d’incendies, les personnels de l’ONF se mobilisent dans toutes les forêts publiques du territoire national. En région méditerranéenne, l’ONF est chargé par le ministère de l’agriculture d’une mission d’intérêt général à laquelle il a affecté près de 230 agents de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI). 

Ceux-ci interviennent, sous le pilotage des préfets de départements, avec l’appui de personnels assermentés des agences territoriales, sur la totalité des territoires forestiers de cette région, y compris hors forêts publiques. Ils sont mobilisés toute l’année pour identifier et résorber les causes des départs de feu, prévenir et sensibiliser le public, aménager des pistes d’accès pour les pompiers équipées de points d’eau. Ils interviennent également à la demande des préfectures (en appui aux communes) lorsque le débroussaillement réglementaire n’est pas effectué par les particuliers.

Pour en savoir plus sur ce sujet :

©ONF