Récolte des graines d’avenir en Val de Loire : 4 étapes vers les forêts de demain

Face au dérèglement climatique, l’un des axes choisi par l’ONF est de diversifier les peuplements dans les parcelles. Les arbres fruitiers ont leur importance dans cette démarche. Découvrez comment et suivez la récolte des alisiers en forêts domaniales d’Orléans et de Boulogne, comme si vous y étiez.

Définir les essences à favoriser

Les différents modes de sylviculture de la forêt mosaïque - ©ONF

Le climat évolue fortement et rapidement et l’impact sur les forêts publiques françaises est déjà visible, avec plus de 300 000 hectares touchés par le dépérissement. Dans ce contexte l’Office national des forêts développe des outils de diagnostic, mène des tests dans des îlots d’avenir et adapte sa gestion au profit d’une forêt mosaïque.

Les forestiers diversifient ainsi les modes de sylviculture à l'échelle des forêts gérées. Mais ils diversifient aussi les essences sur une même parcelle, afin de rendre les peuplements plus résilients. Ils accompagnent la régénération naturelle là où elle est encore possible et plantent quand elle ne l'est plus, en visant un mélange de résineux et de feuillus, dont des fruitiers.

Feuilles et fruits de l'Alisier torminal - ©Emeline Vilain / ONF

Plusieurs espèces jugées prometteuses sont particulièrement recherchées. Notamment des fruitiers comme le Cormier ou l’Alisier torminal qui ont également l’avantage de favoriser la biodiversité en offrant des sources de nourriture. Utiles pour la forêt et pour les animaux, mais aussi pour l’Homme puisque leur bois peut servir à la création de meubles, d’instruments de musique, etc.

Peu récolté auparavant, l’Alisier torminal est aujourd’hui la 17ème essence la plus utilisée pour les plantations en France, avec environ 130 000 plants introduits depuis 2020. Cette stratégie de diversification repose néanmoins sur la capacité de la filière pépinière à produire des plants en quantités suffisantes. Et pour cela, ils ont besoin de graines. La récolte de semences devient de ce fait un enjeu majeur pour la forêt de demain.

Mettre en place un suivi dédié aux arbres fruitiers

Robin Dufour pilote la récolte des fruitiers en forêt domaniale d'Orléans - ©Alexandra Mathy / ONF

« Ce que l’on a souhaité mettre en œuvre en premier, c’est de localiser et référencer les fruitiers d’avenir afin d’opérer un suivi efficace » explique Robin Dufour, technicien forestier de l’agence ONF Val de Loire. « En forêt domaniale d’Orléans nous avons déjà des cormiers et des alisiers présents naturellement, il est important de les préserver et de récolter leurs graines ».

Son collègue, Didier Hacquemand, fait de même en forêt domaniale de Boulogne. Chaque automne ils surveillent l’apparition des fruits pour déterminer si une récolte de graines est possible ou non.
« La fructification des alisiers en 2023 était exceptionnelle », se réjouit le forestier Loir-et-Chérien « il convenait donc de bien organiser la récolte. Le travail mené en commun entre le GIE Sitka, la sécherie de la Joux et L’ONF local a permis un niveau de ramassage record. »

Si les cormiers ont permis une bonne récolte en 2022 pour le Val de Loire, c’est donc au tour des alisiers en 2023 !

Pendant que les oiseaux se régalent des premiers fruits, les informations remontées par nos techniciens sont compilées et analysées. « Pour valider une récolte, il faut qu’il y ait au minimum dix arbres bien fournis en alises dans une zone géographique restreinte » complète Yohann Jaumouille, référent renouvellement forestier, graines, plants et plantations pour l’ONF Centre-Ouest-Aquitaine. « Les forêts domaniales d’Orléans et de Boulogne répondaient aux critères et le feu vert a été donné aux agents pour mobiliser les récolteurs ».

Récolter les fruits

Le GIE SITKA, collectif de grimpeurs d’arbres et partenaire privilégié de l’ONF depuis 2006 pour cette mission, est donc intervenu en octobre dans ces deux forêts.
Le 12 octobre dernier, nous étions sur le terrain, près de Saint-Lyé-la-Forêt, avec trois de leurs sympathiques grimpeurs passionnés de nature : Ninon, Pierre-Yves, et Gérald qui fait aussi partie de l’association L'Arbre à Lutik.

SITKA intervient sur l’ensemble du territoire national sur près d’une centaine de sites - ©Alexandra Mathy / ONF

Nous les suivons pour une récolte d'alises de haute voltige en forêt domaniale d'Orléans :

©Alexandra Mathy / ONF

Bilan de cette année : 280 kg en forêt domaniale d’Orléans et 1 tonne d’alises récoltées en forêt domaniale de Boulogne ! Au niveau national, ce sont 3 à 4 tonnes qui ont pu être collectées.

ZOOM SUR L’ALISIER TORMINAL

Jeune pousse d'Alisier torminal - ©Alexandra Mathy / ONF

Aussi appelé Alisier des bois ou sorbier torminal, cet arbre à croissance lente originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Asie Mineure peut mesurer jusqu’à une vingtaine de mètres dans nos forêts et vivre plus d’un siècle.
Dans les régions de l’Ouest et du Centre de la France on le verra pousser dans des sols limoneux, sablonneux ou caillouteux aux pH acides, aux côtés d’essences qu’il affectionne comme les chênes, les frênes et les hêtres. Espèce peu exigeante, elle supporte les déficits hydriques estivaux.

Son bois, ressemblant beaucoup à celui du poirier, était utilisé pour la marqueterie au XVIIe siècle. Il a ensuite servi à la fabrication de pièces de machines ou de merrains pour les barriques des eaux-de-vie blanches. Et aujourd’hui pour des meubles, des placages décoratifs ou pour du bois de feu.

Ses fleurs blanches donnent naissance à de petites baies ovoïdes de couleur brune, appelées alises, particulièrement appréciées des oiseaux et des blaireaux qui participent à leur dissémination.

Préparer les graines

Nos alises fraîchement cueillies ont été mises en sac et étiquetées, pour être précisément identifiées. Ce suivi, opéré depuis la sélection des arbres jusqu’aux livraisons dans les sécheries, permet de garantir la provenance des graines et le contrôle de leur qualité génétique, deux données soumises à la règlementation européenne et certifiées par l’Etat.

Les sacs ont été expédiés à la Sécherie de la Joux. Les semences y seront extraites des fruits, nettoyées, triées, analysées, conditionnées et conservées. Elles seront ensuite transférées aux pépinières qui cultiveront les plants.

Ces derniers, une fois prêts, seront répartis dans les forêts françaises qui en ont besoin, pour améliorer l’équilibre de leurs peuplements et permettre aux forêts de s'adapter au changement climatique.
Les fruits de Val de Loire récoltés aujourd'hui contribueront ainsi à la résistance des forêts futures.

Sécherie de la Joux - ©ONF - Imagéo
 

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©ONF

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