En Savoie, du génie biologique pour sécuriser les routes

Pour la sécurisation de ses infrastructures, le Conseil départemental de la Savoie a fait le choix du génie biologique. L’Office national des forêts intervient depuis 2016 sur différentes zones à risques du réseau routier à l’aide de techniques respectueuses de l’environnement et du paysage, issues du savoir-faire de la restauration des terrains en montagne.

14 personnes sont mobilisées sur le terrain : responsables d'opérations, conducteurs de travaux et ouvriers forestiers. Elles représentent un panel de compétences variées pour répondre aux besoins locaux. En effet, de la pose de l'ouvrage bois jusqu'à la plantation d'arbres, ce chantier de grande ampleur nécessite l'intervention de professionnels aux savoir-faire différents coordonnés sur un même projet. En trois ans, ce sont dix zones à risques qui ont été sécurisées par les équipes techniques.

Des ouvrages à forte technicité

Différents ouvrages ont été mis en place, chacun avec ses spécificités et utilités mais toujours dans une même perspective : sécuriser sans dénaturer. Grâce à son savoir-faire, l'ONF concilie sécurité et environnement à travers ses réalisations.

Trépied dit « à la française » (2 pieds verticaux + 1 pied horizontal) - ©Hervé Sampite / ONF

Les trépieds à neige sur la route départementale 90 aux Allues

L'objectif de cette installation est de ralentir l'écoulement de l'air pour provoquer le dépôt de la neige autour de l'ouvrage, et d'éviter qu'elle ne surcharge les pentes situées en aval et provoque des départs d'avalanche.

Tout autour de cette structure en bois, différents arbres sont plantés ; les essences utilisées doivent résister à une relative sécheresse, supporter le plein soleil, ne pas craindre le froid. Il est possible de retrouver ainsi des épicéas, des mélèzes, des érables sycomores... À court terme au contact du plant, la neige fondra plus vite. Le trépied en bois a une durée de vie d'une trentaine d'années : à l'âge adulte des îlots de boisement, les arbres remplacent le trépied de façon pérenne, participant ainsi à la stabilisation du manteau neigeux.

Vue de l’ouvrage après un an de végétation - ©Hervé Sampite / ONF

Végétalisation du talus amont de la route départementale 215 à Valmeinier 

Cette technique consiste à planter des végétaux dans un talus afin que le développement des racines fixe le sol et évite des éboulements de matériaux sur les chaussées. Pour faire cela, il faut réaliser une petite palissade en pieux de saules, entre lesquels du rameau de saule est tressé. Cette essence a la propriété de bouturer facilement. L'ensemble de la palissade va donc émettre de nouvelles racines et chaque élément raciné va se développer comme un individu autonome.

D'autres arbres tels que l'argousier, le cytise, l'olivier de Bohême sont plantés. Ces trois espèces, outre l'effet physique de maintien des talus par le volume racinaire, ont la particularité de fixer l'azote atmosphérique dans le sol, participant ainsi à l'enrichissement du talus en azote et rendant les conditions de croissance des végétaux beaucoup plus favorables. La végétalisation du talus est lancée et le temps n'a plus qu'à faire son œuvre, protégeant ainsi les chaussées des éboulements de manière naturelle.

Cette claie permet de stopper frontalement la poussée de la neige - ©Hervé Sampite / ONF

Claies paravalanches à Bonneval Tarentaise

Les claies paravalanches sont destinées à fixer le manteau neigeux. Une claie est un dispositif rigide constitué de deux montants verticaux, sur lesquels sont fixées plusieurs lisses horizontales. Comme pour les trépieds, l'installation de claies est accompagnée de plantations, toujours en collectif et toujours avec les mêmes essences. L'objectif étant que le boisement adulte prenne le relais de l'ouvrage artificiel, pour assurer la stabilisation du manteau neigeux. La durée de vie d'une claie en mélèze est estimée à 40 ans.

L'écoulement d'air entre trépieds et claies se fait de manière différente. Les trépieds canalisent, dévient et freinent les écoulements d'air pour piéger un maximum de neige. Tandis que la claie arrête frontalement la poussée de la neige. C'est pour cette raison qu'elle doit être robuste, avec un ancrage fiable, respectant les normes en vigueur.

La puissance du végétal

Ces différents ouvrages ont tous un point commun : le recours au génie biologique. À travers l'utilisation de la matière bois ou de la croissance de végétaux bien choisis, le génie biologique permet de lutter contre l'érosion des sols, stabiliser un talus, ralentir des blocs, parer des avalanches, ou même corriger des torrents. Contrairement aux solutions traditionnelles en béton, le génie biologique avec les ouvrages bois évite la dépense carbone, réduit l'impact environnemental et paysager. Une aubaine pour les collectivités et entreprises souhaitant sécuriser leurs infrastructures tout en étant respectueux de l'environnement. De plus, les systèmes sont évolutifs : la protection augmente dans le temps au fil de la croissance des arbres et de leurs racines.

L'ONF bénéficie de dizaines d'années de recul sur ces techniques grâce à son service de Restauration des terrains en montagne. Une expertise qui lui permet de s'investir sur l'aspect recherche et développement via des projets européens sur les forêts de protection ou le génie biologique. En effet, à l'heure des nouveaux enjeux climatiques, les ouvrages bois offrent des alternatives fiables et vertes.

Le chantier en quelques chiffres