Verdun, Forêt d'Exception® : forêt de mémoire et symbole de reconstruction

C'est pour conserver la mémoire de la Première Guerre mondiale et de la terrible bataille de 1916 que l'Etat a décidé de créer la forêt de Verdun (Meuse), quelques années après la fin du conflit. Gardienne de la mémoire, la forêt est aussi le lieu privilégié de la construction et de l'avenir, en partenariat entre les acteurs locaux et l'ONF.

Une forêt gardienne de la mémoire

A l'issue des combats de 1916, au terme de "300 jours et 300 nuits" effroyables, Verdun est un champ de ruines. Des milliers de soldats des armées française et allemande ont été tués ou blessés. Neuf villages ont été détruits, les paysages et les champs ont disparu dans une tourmente sans précédent.

Dès 1919, Verdun est le symbole du sacrifice humain de la guerre. Le site des combats fait partie de la "zone rouge" délimitée par l'Etat, qui décide de la boiser pour mieux conserver les vestiges des combats et les transmettre aux générations futures. Il en confie la gestion à l'Administration forestière qui plante quelques 36 millions d'arbres en huit ans.

La forêt abrite des espaces dédiés au souvenir ou commémoratifs comme l'ossuaire de Douaumont, le Mémorial de 1966, ou la Tranchée des baïonnettes.

La forêt de Verdun en automne - ©Anne-Marie Granet / ONF

Une forêt aux multiples fonctions

Plus qu'ailleurs, la forêt de Verdun est synonyme de multifonctionnalité : lieu de mémoire, de nature et de production de bois.

La forêt de Verdun, qui s'étend sur plus de 9 500 ha, constitue tout d'abord un site archéologique où les vestiges sont nombreux. La gestion forestière doit prendre en compte ces éléments dans l'aménagement, et des études utilisant des moyens techniques d'investigation sont effectuées.

La Noctule de Leisler est une espèce protégée - ©Olivier Vinet / ONF

C'est aussi un espace où la biodiversité peut s'exprimer. Les inventaires effectués dès le début des années 1990 ont révélé des espèces rares comme le Crapaud Sonneur à ventre jaune, la Noctule de Leisler, une chauve-souris rare, ou l'orchidée Orchis verdâtre. Certaines de ces particularités valent à la forêt de Verdun d'être inscrite au réseau européen de protection Natura 2000.

A l'origine, replantée essentiellement en résineux à croissance rapide, la forêt tend à se transformer en peuplements feuillus plus adaptés localement. La gestion forestière a permis de diversifier leur âge, ce qui permet actuellement d'alimenter la filière bois locale.

Enfin, ce haut lieu de souvenir accueille annuellement un grand nombre de visiteurs. Des projets de parcours de découverte des sites historiques sont prévus, tout en conservant à cette forêt un espace de haute valeur écologique.

→ A découvrir aussi : le court métrage sur l'histoire de la forêt de Verdun

La forêt de Verdun touchée par la crise des scolytes

L'agence territoriale ONF de Verdun gère près de 80 000 ha de forêts : les massifs multiséculaires y côtoient les massifs de la "zone Rouge" nés après la Première Guerre mondiale.

Les conditions climatiques particulières lors des étés 2018, 2019 et 2020 (chaleur, sécheresse) ont engendré un affaiblissement des arbres et une pullulation des scolytes. Cela a provoqué des attaques massives conduisant à un dépérissement important des peuplements d’épicéas dans la forêt domaniale de Verdun qui comptait encore avant la crise 1 840 ha d’épicéas sur les 9 600 de forêt. Même si l'ensemble du territoire Grand Est a été touché, ce sont bien les épicéas de plaine du Nord-meusien qui sont les plus impactés.

©Carine Duret / ONF

Les grandes orientations de la démarche

Portée par le Conseil général de la Meuse et l'ONF, la labellisation de Verdun Forêt d'Exception® vise à fédérer les efforts du territoire pour mettre en valeur un patrimoine unique.

Le protocole d'accord de 2011 a défini quatre orientations stratégiques :

  • améliorer la notoriété du champ de bataille de Verdun, en s'appuyant sur ses patrimoines et une approche éco-responsable ;
  • faire du terrain un laboratoire pour une gestion forestière intégrée exemplaire ;
  • inscrire dans la durée un projet économique et de développement local, afin d'assurer un lien durable entre la forêt, son territoire et ses acteurs ;
  • maintenir les activités militaires actuelles et à venir ainsi que les travaux nécessaires à leur bon déroulement.

Le contrat de projet pour la période 2014-2018 définit des actions permettant de mettre en œuvre ces orientations stratégiques :

Volet 1 : acquisition et mobilisation de nouvelles connaissances en forêt

L'objectif est de développer les connaissances historiques et écologiques sur la forêt de Verdun, au regard de l'héritage de la guerre et d'un siècle d'évolution, puis de définir une gestion forestière adaptée à ces enjeux, dans la continuité des actions engagées par les aménagements forestiers successifs.

  • inventaire du patrimoine culturel : travaux de recherche complémentaires sur la mémoire de la Première Guerre mondiale (mission de télédétection Lidar pour cartographier les vestiges) ;
  • inventaire du patrimoine naturel : faune, flore, habitats, eau et zones humides ;
  • gestion adaptée du massif forestier aux conditions historiques, naturelles, économiques et techniques : envisager des techniques de gestion forestière qui répondent aux objectifs de conservation et/ou de valorisation de cet espace mémoriel (gérer le plateau de Douaumont, préserver l'historique des boisements de la forêt domaniale de Verdun, restaurer la qualité écologique des cours d'eau) ;
  • informer en réalisant des publications scientifiques.
Développer les connaissances sur un site patrimonial riche - ©Anne-Marie Granet / ONF

Volet 2 : offre touristique sur le Champ de bataille

L'objectif est ici de développer une offre de découverte répondant aux attentes exprimées par le public, d'accroître la fréquentation et d'allonger la durée du séjour des visiteurs.

  • accueillir, servir et informer sur le site : création et animation d'un pôle d'accueil, création d'un kiosque périphérique, requalification des forts de Vaux et Douaumont, gestion du musée de plein air ;
  • révéler l'esprit des lieux du Champ de bataille : lire les grands paysages de la forêt de Verdun, voir les sols du Champ de bataille sous la forêt ;
  • offre de découverte sur les sites majeurs : mettre en valeur les patrimoines culturels et naturels par des circuits de découverte.
Panneaux d'accueil en forêt domaniale de Verdun - ©Anne-Marie Granet / ONF

Volet 3 : communication et partage de l'information

  • outils innovants et supports de communication partagés "Verdun 14-18, une Forêt d'Exception®" : développer des outils numériques, mise en commun de messages et supports d'information ;
  • pilotage et suivi du programme d'action par l'animation du comité de pilotage, partagée par le Conseil départemental de la Meuse et l'ONF.

Le label de Verdun Forêt d'Exception® renouvelé en décembre 2020

Un premier bilan de la démarche Verdun Forêt d'Exception® a été dressé en 2017, après 4 années de mise en œuvre.

Avec la crise due aux scolytes, le renouvellement du label prévu après 5 années de mise en place conformément à la charte du réseau Forêt d'Exception®, a dû être repoussé d’un an pour mieux appréhender les conséquences de ces phénomènes inédits par leur ampleur. Il a fallu coordonner le travail des partenaires du label et remettre en cohérence les objectifs du projet pour tenir compte des bouleversements constatés.

Ainsi, il a été convenu collectivement de se tourner résolument vers l’innovation, la communication, la solidarité pour relever les défis à venir : la "résilience de la forêt après la crise sanitaire en miroir de la naissance de cette forêt sur le champ de bataille, émergence de la vie sur un territoire désolé".