Aigoual, Forêt d'Exception® : la forêt retrouvée
L'Aigoual, un massif diversifié et contrasté
Le massif de l’Aigoual est un territoire aux multiples patrimoines et fonctions. Son histoire et sa situation géographique reculée en font un espace attachant et original.
Situé en région Occitanie, le massif de l'Aigoual s'étend entre les Cévennes et les Causses. Quatrième plus grande forêt domaniale par sa superficie, la forêt couvre plus de 16 000 hectares, dont deux tiers sur le Gard et un tiers sur la Lozère. Culminant à 1567 m, le Mont Aigoual accueille un observatoire météorologique. Les deux versants sont contrastés, en pente douce vers l'Atlantique et abrupts côté méditerranéen.
Dès lors, le climat est varié, avec les pluies et brouillards de l'influence atlantique et les épisodes orageux connus sous le nom "d'épisodes cévenols" côté méditerranéen.
La grande variabilité du climat et des étagements de végétation - avec l'étage montagnard dominant - rendent le massif et les paysages particulièrement divers.
Ces éléments ont été pris en compte lors des opérations de reboisement qui se sont déroulées à partir de la fin du XIXE siècle et la forêt a progressivement évolué. En altitude, aux essences résineuses comme l'épicéa, le Mélèze et le Pin à crochets, se sont supplantés le Hêtre et les sapins qui préfèrent des conditions de vie plus ombragées. En descendant vers les vallées, le Châtaignier et le Chêne pubescent boisent les paysages.
Une histoire de reconquête
Les études révèlent l'influence majeure des activités humaines sur les dynamiques végétales. La déforestation s'est propagée avec l'intensification des pratiques pastorales à l'époque gallo-romaine, puis au VIIIe siècle avec le développement de la culture du châtaignier sur les flancs de l'Aigoual et des céréales en plaine, et plus tard au XIIIe siècle la culture de l'olivier à l'étage méditerranéen.
A partir du XVIIIe siècle, les forêts furent surexploitées pour satisfaire les besoins en chauffage, en charbon et l'essor des industries de verrerie, forges, soierie... L'économie cévenole reposait sur la châtaigneraie, la sériciculture (élevage du ver à soie) et le pâturage transhumant. Avec la disparition progressive des deux premières activités, la pression du pâturage s'accentua sur la végétation et les sols. En 1850, il ne restait plus que 2 200 ha de bois sur ce qui allait devenir la forêt domaniale de l'Aigoual (aujourd'hui de 16 124 ha). Ce déboisement entraîna une érosion majeure des sols et des crues catastrophiques.
La mise en œuvre des lois de restauration des terrains de montagne (1860, 1864 et 1882) par Georges Fabre (pour le côté gardois) et Emile Deuxdeniers côté lozérien, a changé radicalement le paysage et réduit les risques d'inondation. Les forestiers ont ainsi participé à la transformation des systèmes agraires tout en permettant aux paysans de conserver leur activité agricole dans les terrains les plus favorables.
Les méthodes de reboisement ont permis de reconquérir le massif en semant 38 tonnes de graines et en plantant 68 millions d'arbres essentiellement résineux, et surtout du Pin à crochets, entre 1860 et 1914.
En complément des essences européennes, un réseau de sept arboretums a été implanté sur le massif afin de conduire des expérimentations sylvicoles sur des essences exotiques.
Avec le souci de maintenir les hommes en montagne, les terres les plus propices au pâturage ont été conservées, la population s'est en partie maintenue et la forêt s'est réinstallée progressivement. Le reboisement a eu des effets positifs sur la rétention des sols, parallèlement aux travaux de génie civil (murets de pierre sèche, fascines).
Le retour de la forêt
Les travaux de reboisement de la fin du XIXe et du début du XXe siècles ont transformé le paysage. En 150 ans, le taux de boisement est passé de 25 à 75 % sur le massif de l'Aigoual ! La forêt occupe une large part de ce territoire, même si de vastes milieux ouverts sont également présents (vallée de la Dourbie, pelouses sommitales de l'Aigoual, vallées lozériennes aux paysages ouverts de Fraissinet et de la Jonte...). Les peuplements forestiers sont variés (en forme et en essences, hêtraie, sapinière, pinède), les ruisseaux sont omniprésents, dans une diversité remarquable.
C'est ainsi que les aménagements forestiers qui se sont succédé ont permis de mettre en valeur les peuplements résineux et les hêtraies. La production de bois s'oriente pour le Hêtre vers la vente de bois de chauffage, et pour les résineux, comme les sapins et les épicéas, vers la fabrication de palettes, de bois de coffrage et de charpentes, ainsi que du bois d'industrie (papeterie) et du bois énergie. Depuis son installation initiale pour lutter contre l'érosion, la forêt de l'Aigoual joue un rôle socio-économique croissant dans la vie du massif.
Une biodiversité remarquable
Depuis longtemps, les naturalistes et botanistes s'intéressent à ce massif. La collaboration entre le forestier Georges Fabre et le botaniste Charles Flahaut au début du XXe siècle, notamment pour la création de l'arboretum de l'Hort-de-Dieu, va accentuer le caractère scientifique des études botaniques.
La diversité d'altitude du massif permet à des espèces végétales méditerranéennes comme le Chêne vert ou l'Erable de Montpellier de côtoyer des "reliques glaciaires" des sommets, comme le Lis de Saint-Bruno. Le Parc national des Cévennes a quant à lui inventorié les "forêts anciennes" de la zone cœur et développé un plan d'action de conservation et de gestion.
La présence d'arbres de gros diamètre, le bois mort et les arbres à cavités sont propices à un cortège d'espèces comme les lichens, champignons, insectes, chauves-souris, oiseaux... Et par exemple, pour les oiseaux forestiers, la reconquête du massif par le Pic noir et la Chouette de Tengmalm est emblématique. Le creusement par le Pic de loges dans les gros fûts de Hêtre favorise ensuite la présence du petit rapace nocturne, mais aussi l'utilisation des cavités par d'autres animaux. On peut citer la présence d'oiseaux remarquables comme le Circaète Jean-le-Blanc, le Grand-Duc, mais aussi de mammifères comme la Loutre, et 21 espèces de chauves-souris (sur les 35 présentes en France).
Les enjeux restent aussi importants sur la gestion des milieux ouverts comme les crêtes rocheuses, les tourbières et les pelouses et landes d'altitude qui parsèment le massif. Des travaux de réouverture de ces milieux fragiles sont entrepris par l'ONF en partenariat avec le Parc national des Cévennes, par exemple sur les crêtes rocheuses en faveur du rare papillon Apollon, ailleurs pour créer des zones de gagnage pour les cervidés ou encore pour reconnecter des milieux ouverts et des milieux humides sur la haute vallée de la Dourbie.
Le tourisme, composante essentielle du territoire
Le massif de l'Aigoual est très fréquenté en toutes saisons. Au sommet avec l'observatoire météorologique, dans l'abîme de Bramabiau avec la rivière souterraine, au château de Roquedols ou en forêt, les visiteurs sont nombreux pour profiter de la nature et des patrimoines.
Une large palette d'activités s'offre au tourisme : des sentiers de randonnée (pédestre, cycliste, équestre), de découverte ou d'interprétation, la station de ski de Prat Peyrot, des parcours d'orientation proposés par le Pôle nature aux 4 saisons, des animations estivales... Soit environ 700 000 visiteurs par an, dont 200 000 se concentrent au sommet !
Les espaces sont témoins du rôle majeur que tiennent la forêt et le massif de l'Aigoual vers la pluri-activité : production de bois et pastorale, préservation des milieux et accueil du public.
La ferme de la Serreyrède, habitée par des paysans jusqu'en 1860, est aujourd'hui la Maison de l'Aigoual, maison du Parc national des Cévennes, de l'Office du tourisme Mont Aigoual Causses Cévennes. La maison de l'Aigoual accueille également une boutique de producteurs locaux.
L'observatoire météorologique du Mont-Aigoual : le Climatographe
L'observatoire météorologique du Mont Aigoual, projet porté par Georges Fabre, a été construit entre 1887 et 1894. Les mesures scientifiques se sont accumulées depuis cette époque, source d'information exceptionnelle sur le climat. En 1943, les précurseurs de Météo-France succèdent aux forestiers. Les relevés sont aujourd'hui automatisés. Un espace ouvert au public depuis 1985 est dédié à la découverte de la météorologie. En 2023, il est devenu le "Climatographe", centre d'interprétation et de sensibilisation aux changements climatiques.
L'observatoire au cours des saisons
©Christèle Gernigon / ONF
©Christèle Gernigon / ONF
©Christèle Gernigon / ONF
©Valère Marsaudon / ONF
Les orientations stratégiques
Les partenaires territoriaux ont souhaité mettre en avant la gestion multiple du massif de l’Aigoual où se pratiquent production de bois, accueil du public, protection des sols, de la biodiversité et des paysages. Ils ont pour objectif de mieux valoriser le patrimoine forestier de l’ensemble du massif de l’Aigoual, ainsi que la gestion multifonctionnelle, par un projet de territoire innovant, ambitieux et complémentaire des initiatives portées par les acteurs locaux.
Le protocole d'accord signé en juin 2014 a précisé les quatre grandes orientations stratégiques, qui sont mises en œuvre par le 1er et 2e contrat de projet :
- rassembler, croiser et partager les connaissances sur les multiples patrimoines de l'Aigoual, à l'échelle de l'ensemble du massif ;
- développer l'exemplarité de la gestion multifonctionnelle du massif de l'Aigoual ;
- rénover l'accueil et la découverte en forêt, par le développement d'une offre diversifiée, cohérente, de qualité, innovante, destinée à tous les publics ;
- mener le projet Aigoual, Forêt d'Exception® en partenariat avec les acteurs du territoire, en veillant à une bonne articulation et un bon équilibre avec les autres démarches territoriales.
Aigoual, Forêt d’Exception® en vidéo.
Les acteurs et partenaires
La démarche Forêt d’Exception® vient renforcer la convergence existant entre les acteurs locaux. Le large comité de pilotage est ainsi co-présidé par deux élus du territoire.
Le comité de pilotage comprend 33 membres :
- les collectivités - conseils régional, départementaux, entente interdépartementale, communautés de communes, communes ;
- les établissements publics - Parc national des Cévennes, Météo-France, CRPF, ONF ;
- des acteurs de la forêt - ONF, fédérations de communes, syndicats d'exploitants, syndicats de propriétaires privés ;
- les acteurs du tourisme - offices du tourisme, comité départemental de randonnée... ;
- des associations - cynégétiques, liées au patrimoine...
Il est co-présidé par le conseiller départemental du Gard, Martin Delord, et le conseiller départemental de Lozère, Denis Bertrand.
Il s'appuie sur un comité restreint composé des deux co-présidents, du Parc national des Cévennes et des deux agences territoriales de l'ONF.
Des ateliers thématiques sont mis en place en fonction des actions à mener.