Siège ONF d'Epinal : « Un bâtiment à ossature bois innovant et plein de bons sens »

Le futur bâtiment commun de l'Office national des forêts et de la Chambre d'agriculture des Vosges prend forme à Épinal. Cette construction biosourcée, qui sera inaugurée début 2020, s'inscrit dans une démarche environnementale et territoriale exemplaire. On vous explique pourquoi, avec Denis Dagneaux, directeur d'agence de l'ONF à Épinal.
Entretien
Des panneaux photovoltaïques permettront d'alimenter en éléctricité 100% des bureaux communs. - ©ONF

À l'hiver prochain, les équipes de l'ONF et de la Chambre d'agriculture disposeront d'un bâtiment bois de 3000 m2. À quelles ambitions répond ce projet ?

La réflexion autour de la création de ce nouveau bâtiment remonte à 2012. Les bâtiments de la Chambre d’agriculture et de l’ONF n'étaient plus conformes aux normes de sécurité et d’accessibilité. L'idée était de mutualiser les moyens et une partie de l’environnement de travail entre nos deux établissements. Mais aussi, de disposer d'un bâtiment à énergie positive et à faible bilan carbone qui nous ressemble, avec du bois français prélevé en forêts publiques et transformé par nos entreprises locales.

Les scieries Lagarde (résineux) et Vicente (feuillus) s’occuperont notamment du marché de fourniture de produits finis ou semi-finis. Quelle place la filière bois vosgienne occupe-t-elle dans ce projet ?

Ce projet de territoire dispose d'une forte dimension sociétale, qui s'inscrit dans la démarche territoriale de la communauté d'agglomération d'Epinal et de son pôle d'excellence rural. Au travers de ce projet partagé, c'est bien toute la filière bois vosgienne qui est mise en avant. Dans les Vosges, la filière bois est complète et dynamique. De la production en forêt, jusqu'à l'utilisation en chaufferie du bois-énergie, en passant par les usines de transformation, les architectes et les charpentiers, elle est un véritable moteur économique dans le département. Nous avons donc souhaité favoriser l'emploi et la main d'œuvre locale. Avec un coût global de 1 400 €/m², ce projet démontre aussi la compétitivité d'une démarche en bois local.

Ce projet s'inscrit dans une vraie démarche d'économie circulaire et de traçabilité. Le bâtiment est composé à 75 % de bois, issus de quatre forêts domaniales vosgiennes de montagne et quatre forêts de plaine. Aucun morceau de bois n'a été cherché à plus de 50 kilomètres !

Le recours au matériau bois est une composante essentielle du projet, avec une volonté forte d’utiliser du bois local et notamment du hêtre vosgien...

Le bâtiment est composé à 75 % de bois, issu de quatre forêts domaniales vosgiennes de montagne et quatre de plaine. Soit l'équivalent de 1 200 m3 de grume pour 450 m3 de bois finis (panneaux, poutres..). C'est un bâtiment en ossature bois plein de bon sens, qui associe à la fois feuillus et résineux. D'autre part, ce bâtiment répond d'une volonté forte d'utiliser du hêtre vosgien (200 m3) en construction et de démontrer tout le potentiel de valorisation de cette essence à un prix compétitif. Aucun morceau de bois n'a été cherché à plus de 50 kilomètres ! Ainsi, l'ONF s'engage à garantir une traçabilité complète de la matière première, du marteleur en forêt jusqu'au menuisier qui a posé le parquet. Pour le reste, l'immeuble est composé à 25 % d'autres matériaux, comme le béton, pour des raisons de sécurité liées aux risques sismiques. Les dalles, par exemple, sont en béton pour une meilleure isolation phonique et acoustique.

Quelles ont été les essences retenues pour l'aménagement intérieur et extérieur ?

À l'intérieur du bâtiment, on dénombre six essences. Du frêne au rez-de-chaussée pour les placards intégrés, du chêne au 2e étage pour les bardages extérieurs, les parquets, les plaintes et le plafond. Au 3e étage, on trouve du hêtre pour le plancher, l'ameublement, les poutres ou encore les portes. Les pins sylvestres feront la terrasse et l'habillement des fenêtres. Enfin, dans le hall d'accueil, pour lequel on travaillera avec les écoles d'architectures locales et l'atelier bois ONF d'Epinal, on trouvera du charme, du chêne rouge d'Amérique, de l'érable champêtre. Ce bâtiment renferme toutes les essences qui occupent les forêts du département !

Des panneaux photovoltaïques permettront aussi d'alimenter en électricité 100 % des bureaux communs. Nous recherchons l'exemplarité à tous les niveaux.

Ce projet, en phase avec les objectifs nationaux liés à la transition écologique, s'inscrit également dans une démarche globale d'efficacité énergétique et de développement durable. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Effectivement, ce bâtiment se veut écoresponsable à tout point de vue. Par exemple, 100 % de l'eau de toiture sera récupérée, pour les sanitaires notamment. Des panneaux photovoltaïques permettront aussi une alimentation en énergie de la totalité des bureaux communs. Le bâtiment sera par ailleurs connecté au réseau de chaleur urbain de la Colombière, qui utilise le bois-énergie comme combustible. Qui plus est, les salariés disposeront de cinq murs végétalisés. A l’extérieur, il y aura également un verger fruitier, un potager collectif, une installation de ruches, une jachère fleurie, des murs d’eau… Le recyclage des déchets sera également encouragé.

Pour ce projet, nous avons pu nous appuyer sur nombreuses "forces vives" du territoire :  les écoles du bois, une école d’horticulture... et notre agence travaux ONF bien sûr pour l'entretien des espaces. Sans oublier les équipes de l'atelier bois ONF Grand Est ! Un show room permettra d'ailleurs de valoriser, au sein du bâtiment, leurs nombreuses créations de mobilier bois. 

Cette construction à ossature bois est le premier immeuble de bureaux en France à recevoir la certification PEFC. En quoi est-ce important?

Le label PEFC atteste de la gestion durable des forêts. Grâce à cette reconnaissance, la personne qui entrera dans les bureaux saura que le bois est certifié et qu'il y a une complète traçabilité du bois, ainsi que des entreprises de première transformation jusqu'à l'entreprise finale qui a posé la plainte. Dans le bâtiment, il y aura même des flash codes sur les poutres qui permettront aux visiteurs de remonter toute la chaîne de production, des bûcherons en forêt aux menuisiers, en passant par les scieurs qui ont façonné le bois.

 

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