En forêt de Saint-Gobain – ©Elodie de Vreyer / ONF

Saint-Gobain-Coucy-Basse, forêt à histoire

Elle est l'une des plus grandes forêts des Hauts-de-France, après celles de Compiègne, Retz et Mormal. La forêt domaniale de Saint-Gobain Coucy-Basse (Aisne) est riche de nature et d'histoire. Ses vallons au relief prononcé favorisent la biodiversité et notamment les oiseaux. Plusieurs de ses monuments sont classés ou inscrits, parmi lesquels un vestige de la Première Guerre mondiale qui ont marqué son histoire.

À l'ouest de Laon dans l'Aisne, la forêt domaniale de Saint-Gobain-Coucy-Basse étire ses 8 500 hectares entre la vallée de l’Oise au nord et le canal de l’Oise à l’Aisne au sud. Les feuillus composent 97% de cette forêt de plaine alternant buttes calcaires et dépressions humides.

Le chêne domine (sessile et pédonculé), suivi par le hêtre, le charme et de nombreuses autres essences (frêne, châtaignier, merisier, aulne, tilleul etc.). Cette forêt de production au sol riche mêle des arbres d’âge, d’essence et de taille différents. Une aubaine pour les promeneurs des Hauts-de-France puisque le couvert forestier est permanent et varié.

"À l'époque gallo-romaine, il y avait peu d'arbres, explique Julien Staub, responsable de l'unité territoriale de l'Office national des forêts (ONF). En revanche le site était occupé et l’enrichissement pratiqué pour l’agriculture a renforcé la fertilité du sol."

Les traces d'un passé prestigieux

Regroupant la forêt de Coucy-Basse à l'ouest et celle de Saint-Gobain à l'est, la forêt domaniale est issue d’anciens bois seigneuriaux, ecclésiastiques et royaux. Son histoire est étroitement liée à celle de la Manufacture royale des glaces de miroirs.

Fondée sous Louis XIV, elle installe son site de production dans le village de Saint-Gobain en 1693. La forêt procure alors le bois nécessaire à la combustion pour fabriquer le verre. L'Oise, à moins de 15 kilomètres, permet d'acheminer facilement les glaces à Paris.

La commune de Saint-Gobain conserve des traces de ce passé glorieux. Si l’usine, fermée en 1995, est désaffectée, sa chapelle est devenue un lieu culturel. Le Grand logis, lieu de séjour des visiteurs, est en cours de restauration par l'Association historique de Saint-Gobain.

Dans le village voisin de Coucy-le-Château, les vestiges du château-fort rappellent l'histoire d'autres anciens propriétaires de la forêt, les seigneurs de Coucy. Ses tours et son donjon ont été rasés en 1917 par l'armée allemande, en même temps que le village. Difficile aujourd'hui d'imaginer que cet édifice médiéval était l'un des sites les plus visités de France avant la Première Guerre mondiale !

L'entrée et la chapelle de la Manufacture royale des glaces de miroirs, à Saint-Gobain. - ©Elodie de Vreyer / ONF

Une forêt riche, un paradis pour les oiseaux

Des chaussures montantes et un pantalon sont indispensables pour arpenter la forêt : sous les arbres, les ronces abondent. Des plantes plus intéressantes et emblématiques y ont aussi élu domicile comme l'orchidée, la prêle des bois ou la petite pervenche. Partout et à toute saison, les oiseaux chantent, "même en hiver", insiste Julien Staub.

Saint-Gobain-Coucy-Basse est ainsi particulièrement appréciée des amateurs d'ornithologie. Le pic noir et le pic mar s'y plaisent, de même que des rapaces comme la bondrée apivore et le rare autour des palombes. Presque tout le massif est d'ailleurs intégré au réseau écologique européen Natura 2000.

"Cela nous conduit à prendre des mesures telles que le maintien de bois mort et d'arbres habitat pour favoriser l'installation et la nidification d'oiseaux", poursuit le responsable de l'unité territoriale de l'ONF. Des carrières protégées abritent des chauves-souris.

Cependant, malgré la richesse des sols et la relative abondance des précipitations, plusieurs essences sont fragilisées. La raréfaction des hivers rigoureux qui tuaient les larves, les sécheresses et la montée des températures favorisent la prolifération d'insectes ravageurs (scolytes) et de champignons néfastes (chalarose du frêne). En 2021, les chênes ont ainsi subi une grosse attaque de chenilles processionnaires.

Ces maladies entraînent parfois des coupes d'arbres qui inquiètent le public. En partenariat avec l'Office de tourisme Cœur de Picard des sorties nature sont donc régulièrement organisées pour expliquer la forêt. En automne, celles consacrées au brame du cerf sont particulièrement appréciées. C'est aussi l'occasion d'expliquer la nécessité d'une chasse régulière pour éviter le déséquilibre faune-flore.

La forêt, champ de bataille

Comme de nombreuses forêts au nord de la France, Saint-Gobain conserve les traces des combats des guerres mondiales. D'autant que la ligne Hindenburg, vaste système défensif allemand, passait par le massif en 1914-18. À Coucy-le-Château subsiste ainsi la plate-forme d'un canon allemand. Dans le village de Barisis, le parcours Soirée calme en première ligne vous propose de découvrir le quotidien d'un village pendant ce conflit.

Autre souvenir de guerre : les ratons-laveurs ! Ils sont les descendants des animaux mascottes arrivés dans les bagages de l’armée américaine après la Seconde Guerre mondiale. Bien que mignons, ces mammifères sont considérés comme une espèce exotique envahissante. Ils n'ont pas de prédateurs et aiment un peu trop les œufs et les couvées d'oiseaux locaux.

Une forêt d'abbayes

C'est l'un des coins les plus fréquentés, avec plusieurs tables de pique-nique. Au cœur de la forêt, les Roches de l'Ermitage sont le point de départ de deux sentiers riches en découvertes, celui des Abbayes et celui des Étangs. Ces roches calcaires constituées de minuscules fossiles de coquillages sont posées au milieu d'une clairière. C’est ici que le saint évangélisateur Goban (et non Gobain) aurait décidé de construire un monastère aujourd'hui disparu.

Surgis de la végétation depuis le chemin pentu qui la surplombe, les vestiges de l'abbaye de Saint-Nicolas aux Bois sont l'une des belles curiosités du circuit des Abbayes. Cet itinéraire long de 15 kilomètres permet aussi d'admirer le prieuré du Tortoir, une ancienne dépendance de l'abbaye, devenu une propriété privée. Ou encore de découvrir la légendaire sagesse du roi Saint-Louis au lieu-dit La Croix Sezinne.

Le sentier longe aussi des curiosités comme le Chêne des trois fillettes, haut d'une trentaine de mètres. Il serait un survivant des chênes plantés sous Louis XIV, presque tous abattus par l'armée allemande en 1914-18.

Des mares réservoirs de biodiversité

Au nord de la forêt, le circuit de l'Étang propose de découvrir l'étang du Pré-Lardot aménagé par l'ONF. On peut y pique-niquer et y pêcher sur autorisation. La forêt compte de nombreuses autres mares, récemment restaurées. Curage, taille des arbres alentours pour redonner de la lumière... Ces actions permettent de faire revenir une faune et une flore adeptes des milieux humides. Une vingtaine d'espèces de libellules et les quatre tritons recensés dans les forêts de plaines (triton alpestre, palmé, crêté et ponctué) ont été inventoriées. En Picardie, région de plaine et d'agriculture, "les seuls réservoirs de biodiversité sont les forêts, il nous appartient donc de la renforcer", conclut Julien Staub.

La forêt de Saint-Gobain-Coucy-Basse en chiffres

PICTOS web
Superficie 8478 hectares
Altitude 55 à 216 mètres
Plan de travail 108
Essences principales chêne, hêtre, charme

En forêt avec le forestier de Saint-Gobain-Coucy-Basse

©Elodie de Vreyer / ONF

Infos pratiques

  • Public

La forêt offre des sentiers de niveau facile à moyen. Ils sont ouverts aux piétons, cavaliers et adeptes du VTT.

  • Accès

Plusieurs accès existent, la forêt étant située sur le territoire de 24 communes. Le carrefour de la Croix Saint-Jean (accessible depuis la RD 13 et la RD 14) et celui des Roches de l'Ermitage (depuis la RD 730) sont le point de départ de plusieurs sentiers.

  • Services

Les randonnées et circuits pour tout le département de l'Aisne se trouvent sur https://www.randonner.fr et sur https://coeurdepicard.com/echappee-nature

Une aire d'accueil pour camping-car existe à Saint-Gobain et un camping à Suzy. Des gîtes, chambres d'hôtes et hôtels sont disponibles à Coucy-le-Château, Septvaux et Cessières. De la restauration est proposée à Saint-Gobain et Coucy-le-Château. Renseignements sur le site de l'Office du tourisme Cœur de Picard.

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