La grande plage de Sauveterre, vue depuis les dunes – ©Lucie Rondou / ONF

La forêt domaniale d'Olonne : un rendez-vous à l'orée des dunes de sable

À quelques kilomètres au nord du célèbre Remblai des Sables-d’Olonne, la forêt domaniale d'Olonne, sur la côte vendéenne, offre une promenade iodée et escarpée. Embarquez avec l'Office national des forêts (ONF) pour une découverte de milieux précieux, comme ses dunes grises, parmi les plus vastes d’Europe.

Avec ses 11 kilomètres de frontière littorale, la forêt domaniale d’Olonne est un véritable rempart contre les assauts de l’océan. La plantation d’oyats, il y a 150 ans, a permis de fixer les dunes et d’empêcher l’ensevelissement des terres et des marais. Puis le pin maritime et d’autres essences ont été semées et plantées pour créer progressivement la forêt d’Olonne.

Entre Brem-sur-Mer et les Sables-d’Olonne, cette lame verte de 1 116 hectares qui varie entre 200 et 2 500 mètres de large ne souffre pas de voisins trop nombreux. "C’est l’atout de la forêt d’Olonne : elle forme un bloc entre l’océan et les marais qui n’est pas fragmenté par l’urbanisation", explique Xavier Pagnoux, forestier de l'Office national des forêts (ONF) en forêt d’Olonne.

Relativement épargnée par le tourisme en été donc, la forêt ne bénéficie pas en revanche d’un repos hivernal : "la proximité avec l’agglomération des Sables-d’Olonne – qui avec ses 50 000 habitants est la deuxième ville de Vendée – apporte une fréquentation à l’année !"

Au départ de l’aire de la Tantouille, les feuillus dominent. Érables, hêtres, robiniers, chênes pédonculés, sessiles ou pubescents : c’est un festival de feuilles qui étonne pour une forêt plantée dans le sable… "On est à proximité du marais. La nappe d’eau est donc plus proche de la surface et avec l’enrichissement du sol qui s’est fait au fur et à mesure des années, des essences plus exigeantes et plus variées ont pu s'installer", éclaire le forestier.

D’ailleurs, les portes à l’est de la forêt gardent des noms évocateurs des anciens marais salants  :

  • la "Quenouillerie" désigne les Typhas, sorte de roseaux des marais ;
  • la "Grenouillère" peut se traduire par "marécage" ;
  • ou encore la "Tantouille" signifie "tremper dans l’eau" en saintongeais…

Si la saliculture est presque abandonnée aujourd'hui, les centaines hectares de marais qui bordent la forêt sont aujourd’hui le refuge des hérons et classés pour leur intérêt écologique.

Un duo classé pour sa beauté

Très rapidement, les feuillus cèdent leur place au duo iconique de la forêt : le pin maritime et le chêne vert. Cet équilibre paysager qui fait la réputation du massif est aujourd’hui surveillé. Le chêne vert, qui réussit à se développer avec peu de lumière, a tendance à gagner du terrain sur le pin. Le long d’une parcelle en régénération, le forestier s’exclame : "tant que les pins ont la tête au-dessus des chênes, tout va bien !"

Plus on s’approche de l’eau et plus les troncs des pins ont des allures de Grand Huit ! Peu adaptés aux conditions hostiles de l’océan, les pins maritimes rampent pour résister. "Quand sous l’action du vent ou du sel, une branche sèche, il arrive que le bourgeon précédent pousse dans une autre direction. Quand cette nouvelle branche sèche à son tour, le phénomène se répète et donne ces drôles de formes, on dit qu'elles sont anémomorphosées", explique Xavier Pagnoux.

Orienter la nature pour protéger les dunes

Chaque année, les tempêtes hivernales attaquent la dune hivernales attaquent la dune. Le piétinement aggrave ce phénomène et crée des espaces où le vent va s’infiltrer plus facilement et causer des dégâts.

Le forestier pointe du doigt une entaille dangereuse au sommet de la dune : c’est un siffle-vent. Branchages, filets et ganivelles y ont été installés pour que la dune puisse cicatriser (génie écologique). L’objectif est aussi de donner un profil plus "doux’"à la dune.

"Plus la dune est abrupte, plus les tempêtes pourront arracher le sable à celle-ci. Si l’érosion est un phénomène naturel, on peut le ralentir en protégeant la végétation dunaire ou en aidant à sa réinstallation. Quand le recul de la dune n’est pas trop brutal, on peut espérer que la nature ait le temps de s'adapter", explique le forestier. 

À l’entrée de la plage de Sauveterre, cyclistes, piétons et surfeurs semblent surgir de la dune. Derrière une butte paysagère, le parking de la plage de Sauveterre a été rénové par l'ONF en 2011 pour passer inaperçu. Avec une capacité de 300 places, il centralise le stationnement et permet d’éviter la dégradation de la côte.

Cette course contre l'évolution trop rapide des milieux c'est le quotidien du forestier, un grand chantier souvent invisible pour le public. En 2021, un partenariat avec l’agglomération des Sables-d'Olonne a été engagé pour créer un observatoire du littoral.

Les relevés effectués chaque année permettront d’étudier l’évolution du trait de côte et de la biodiversité. "Mieux nous pourrons chiffrer l’impact de la fréquentation touristique, plus nous pourrons réaliser des chantiers ciblés", assure-t-il.

“Je suis un forestier sans arbre !"

Sur les 1 100 hectares de la forêt d’Olonne, près de 300 hectares sont constitués de dunes non boisées. "Je suis un forestier sans arbre !" plaisante Xavier Pagnoux.

Les dunes grises, ces espaces en arrière de la dune blanche où la végétation rase le sol, sont parmi les plus vastes d’Europe et classées Natura 2000 pour leur habitat. On y trouve chardon, liseron, raisin de mer, renouée maritime et immortelles.

"C’est de loin le milieu où la biodiversité est la plus forte dans la forêt", explique le forestier. Et de loin... le plus fragile ! Si la dune grise doit être protégée de projections de sable trop importantes de la dune blanche, de petits apports réguliers sont néanmoins nécessaires à son fonctionnement : "ils créent des micro-chamboulements du milieu qui vont permettre à des espèces uniques - comme le Cynoglosse des dunes - de se développer."

En revanche, continue le forestier "quand une dune grise est trop stabilisée, on perd ce dynamisme et on remarque que la forêt va avoir tendance à grignoter ce territoire." Des espèces invasives comme le yucca ou l’herbe de pampa peuvent fragiliser encore plus ces espaces.

Infos pratiques : quelle balade choisir ?

  • Le sentier du Menhir

Au départ du parking de la Grande Pointe, cette promenade de 5 kilomètres vous emmène à la rencontre du menhir de la Conche verte et de la butte... à skis ! Point culminant de la forêt du haut de ses 34 mètres, la butte à skis domine toute la région du marais. En 1939, elle devait être mise en activité pour la pratique du ski sur aiguilles de pin. L’arrivée de la Seconde Guerre mondiale a mené à l’abandon de ce projet.

  • Le sentier des Bourbes

Au départ du parking de la Tantouille, cette boucle de 6 kilomètres vous fera découvrir les parcelles les plus humides de la forêt à l’instar des Bourbes : un marécage de 20 hectares à la grande richesse écologique. Le sentier vous emmènera jusqu’à la plage de Sauveterre pour admirer l’océan.

Consultez le guide "Balade & Vous" des Sables d'Olonne

Quel est le coin préféré du forestier ?

C'est les dunes de l'Aubraie ! Au départ du parking de la Forgerie, le sentier des gravelots sillonne entre les pins avant d’arriver sur des dunes qui s’étirent en largeur et dominent la mer.

En été, l’odeur de curry des immortelles vous envahit dès l’arrivée sur la dune. Même à cette saison, il n’y a pas trop de monde. Par beau temps, vous verrez des couchers de soleil magnifiques ; et par mauvais temps, on peut observer la mer démontée sur le phare des Barges. C’est aussi un lieu qui m’est cher car grâce aux installations que nous avons posées, le Gravelot, un petit oiseau qui fait son nid en haut des dunes et qui avait disparu, revient ces dernières années.

Xavir Pagnoux, technicien forestier territorial de l’ONF en forêt d'Olonne

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