La forêt de Tronçais (Allier) – ©Giada Connestari / Imagéo / ONF

En forêt de Tronçais, l’histoire de la sylviculture grandeur nature

Au centre de la France, des géants des bois surplombent avec prestance le territoire de l’Allier. Partez à la découverte de leur histoire ! Au cœur de la forêt domaniale de Tronçais, suivez les pas de Loïc Nicolas, forestier à l'Office national des forêts (ONF), et passionné de ce massif depuis plusieurs années.

Paisible, élégante et majestueuse, la forêt domaniale de Tronçais retient dans ses feuillages un passé chargé d’histoire. Nichée au cœur du bocage bourbonnais dans l’Allier, elle renferme l’une des plus grandes et belles futaies d’Europe.

Sur plus de 10 532 hectares, une multitude de paysages, comme le Val d’Aumance (avec ses versants doux) et son village d’Hérisson (labellisé "petite cité de caractère"), les nombreux points d’eau et étangs, les jeunes futaies, les lisières ou encore les vieux peuplements, se succèdent illustrant "l’esprit des lieux de Tronçais". Une futaie cathédrale devenue un emblème des grandes forêts domaniales françaises, labellisée Forêt d’Exception® en 2018.

Les vieilles chênaies, célèbres pour leur beauté et le grain fin de leurs bois, sont prisées pour la fabrication de tonneaux destinées aux meilleurs vins et spritueux à travers le monde. "L’ingrédient secret de Tronçais, c’est le grain fin des chênes sessiles. Ils sont très appréciés pour la méranderie. Mais pour arriver à ce résultat, 200 ans de savoir-faire forestier ont été nécessaires", explique Loïc Nicolas, responsable de l’unité territoriale de Tronçais à l'ONF.

Qu’est-ce que la merranderie ?

Le merrain correspond aux bois de chênes dont les caractéristiques les rendent propres à la production de douelles, éléments constitutifs des tonneaux. La qualité du bois donne une alchimie dont bénéficient les meilleurs vins. La méranderie est un élément économique majeur dans l’Allier et ailleurs, comme en forêt de Bercé dans la Sarthe, ou des Bertranges (Nièvre).

Une forêt multi-centenaire

En se baladant sur les chemins forestiers de Tronçais, les promeneurs découvrent des géants de plus de 40 mètres de haut dont certains on dépassé 200 ans à l’histoire peu commune. Leur passé est intimement lié au nom de Jean-Baptiste Colbert, ministre sous Louis XIV qui a rédigé en 1669 la première grande loi forestière importante pour les massifs royaux, appelée l’ordonnance de réformation. Celle-ci établit des règles pour protéger la ressource en bois et délimiter les forêts de la couronne, c'est la création de l'aménagement forestier.

Mais ce qui fait la grandeur de Tronçais, c'est sa gestion continue en futaie régulière depuis 1835. Cette œuvre exceptionnelle d'aménagiste, l'architecte de la forêt, on la doit à Joseph Louis Buffévent, maître des Eaux & Forêts. Et Tronçais garde "une longueur d'avance" sur la majorité des autres chênaies domaniales où la conversion en futaie régulière n'a véritablement été généralisée qu'entre 1850 et 1900.

Le houppier du chêne Stebbing, un arbre remarquable - ©Giada Connestari / Imagéo / ONF

Le résultat de cette sylviculture durable sur plusieurs générations de forestiers a donné vie au massif que l’on connaît aujourd’hui, un peuplement mêlant des essences de chênes (81%), de hêtre (10%) et de pin sylvestre (7%). "Au XXIe siècle, la production de bois est toujours un enjeu majeur au sein de Tronçais, mais il s’accorde pleinement avec les missions d’accueil du public et de protection de la biodiversité. En pratiquant une gestion durable et raisonnée, l’équilibre forestier est préservé", témoigne Loïc.

©ONF

La forêt de Tronçais en détails :

Connaissez-vous le Sentier Colbert II ?

Pour les curieux de nature et les passionnés d’histoire, l’Office national des forêts a aménagé un site particulier au sein du massif de Tronçais : le sentier Colbert II. Sur un parcours de près de 900 mètres, les promeneurs déambulent au gré de leurs envies dans une vieille chênaie, au gré d’étapes historiques et sylvicoles, dans un bond en arrière de plus de 200 ans...

Au fur et à mesure de la visite, sept ateliers pédagogiques permettent de découvrir les éléments géologiques composant le sol, de voir comment les différents acteurs de la forêt utilisent les ressources du massif ou encore de comprendre comment les forestiers du XIXe siècle ont reconstitué la forêt de Tronçais. "L’objectif est de voir comment la forêt pousse, comment les acheteurs de bois, les transformateurs et les vignerons utilisent la matière de Tronçais", explique Loïc.

Pour les amateurs de balades à cheval ou à vélo, il est aussi possible de longer le site sur le chemin transversal. Pour les familles, le jeu de piste de l’Ordre de l’Ecu d’or proposé par l’Office du Tourisme complète la découverte du site. Le sentier Colbert II a vu le jour en 2019. Situé dans la futaie "Buffévent", il succède au parcours déroulé dans la futaie Colbert, première du nom. Aujourd’hui, cette dernière est une réserve biologique intégrale fermée au public pour des raisons de sécurité.

Colbert et Buffévent, les grands noms de Tronçais

Remontons le temps jusqu’au XVIIe siècle. A cette époque le constat est alarmant. La forêt est quasiment ruinée. Les récoltes passées sans soucis de préservation de la ressource crééent des paysages de landes où pâturent des animaux. C’est à ce moment que Colbert engage sa réforme forestière, révolutionnant ainsi la manière de gérer et de préserver la forêt. On commence à délimiter la forêt en posant des bornes et les forestiers évaluent la ressource et posent les premières bases pour reconstituer la forêt de Tronçais.

Les efforts de Colbert ont permis de préserver la partie centrale de la forêt, mais l’activité du XVIIIe siècle de l’industrie des forges de Tronçais et la poursuite du pâturage par les habitants, ont réduit ce travail à néant.

Plus tard en 1832, le maître des Eaux et Forêts Joseph Louis de Buffévent constate cet échec. Pour y remédier, il instaure de nouvelles méthodes de coupe et de reboisement plus respectueuses de l’écosystème forestier. En un peu moins de cinq ans, il lance un vaste programme de reboisement de la forêt. Un projet ambitieux dont l’aboutissement se constate dans les chênaies de prestige d’aujourd’hui. Ses nouvelles techniques en ont fait le père de l’aménagement moderne de la forêt de Tronçais.

Un espace ouvert à la biodiversité

A Tronçais, sous des arbres d’exception de plus de 40 mètres de haut, se déploient une faune et une flore particulièrement riches grâce à la présence de vieux arbres propices au développement de la biodiversité. Cachées le jour, 21 espèces de chauves-souris habitent les lieux : Murin de Beschtein, Murin de natterer ou Oreillard roux, entourées de neuf espèces d’oiseaux liées aux vieux arbres : Pic noir, Cigogne noire, Gobemouche noir ou Pouillot siffleur.

Au sol, c’est aussi un écosystème riche de plus de 600 insectes, dont 211 espèces de coléoptères (scarabées, coccinelles…) à l’intérêt patrimonial important. C’est le cas du Lucane cerf-volant, du grand Capricorne et du très rare Bupreste du chêne. Pour préserver cette biodiversité remarquable, des zones Natura 2000 ont été instaurées. Ce statut protège 1 768 sites naturels en France ayant une grande valeur patrimoniale due à une faune et une flore exceptionnelles. Il accentue la mission de protection environnementale et paysagère de l’Office national des forêts.

Pour admirer cette biodiversité, un endroit tout particulier a vu le jour en 1994 au sud-ouest de la forêt de Tronçais dans le canton de Nantigny : la réserve biologique du même nom. Ici le temps est figé. Sur une centaine d’hectares, toute gestion forestière a été stoppée pour observer la nature en libre évolution. Dans la réserve, la présence du bois mort est très importante. Ils sont un apport riche pour le sol et la biodiversité environnante. "Il y a tout un ensemble d’insectes, de champignons et d’oiseaux qui vont en profiter", précise le forestier.

Dans cette réserve, il y a toute une faune et une flore importantes dont on va suivre l’évolution à long terme. Sur toutes ces années d’observation, on va analyser la diversité des espèces et leurs comportements dans un milieu naturel, sans gestion.

Loïc Nicolas, responsable de l'unité territoriale ONF de Tronçais.

Le Chêne Stebbing, un arbre remarquable cher au cœur des forestiers

Entre le Rond Apollon et le Rond Neuf, en bordure de la ligne forestière des Etrangers, prenez un instant et laissez-vous submerger par la beauté du chêne Stebbing. Du haut de ses 400 ans, ce géant impose force et quiétude. "C’est un arbre auquel je porte beaucoup d’affection. Je me plais souvent à penser que les ancêtres forestiers de ma fille, natifs de cette forêt, ont dû travailler auprès de lui", confie Loïc Nicolas.

Célèbre, il attire de nombreux visiteurs. Pour le protéger du tassement du sol, la maison Martell, la communauté de communes du Pays de Tronçais et l’ONF ont fait appel à l’artiste Prisca Cosnier qui a travaillé sur une œuvre entourant l’arbre en recyclant des douelles de tonneaux.

Le chêne Stebbing et son installation artistique - ©Giada Connestari / Imagéo / ONF

Le conseil du forestier ?

Pour admirer le vol des oiseaux, rendez-vous sur l’ancienne digue de l’étang de Saint-Bonnet-Tronçais. Accessible à pied ou en voiture par le parking communal des Champs Fossés ou celui du sentier accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR), elle offre un panorama d’exception sur ce plan d’eau de 45 hectares au cœur du massif. Pour les marcheurs, un chemin PMR longe l’étang sur sa quasi-totalité.

Plusieurs îlots de pique-nique permettent de faire une pause-déjeuner en pleine nature. Pour les passionnés de pêche, c’est l’endroit idéal. Au petit matin, ils sont nombreux à profiter du calme et des couleurs de l’aurore pour s’adonner à leur activité. Et pour les marcheurs, la balade se poursuit par le sentier du Grillon.

Infos pratiques

  • Public : vous pouvez consulter la Charte du promeneur en forêt pour profiter de la forêt dans les meilleures conditions ! La chasse débute en septembre et se termine fin mars, les calendriers de chasse sont disponible auprès de l'agence ONF.
  • Accès : la forêt domaniale est accessible à tous, depuis les axes de circulation, de nombreux parking permettent de déposer les véhicules et de cheminer sur les nombreux itinéraires de randonnée à pied ou à vélo.
  • Services : l’Office du Tourisme Vallée du Cœur de France propose un site d’accueil sur la commune de Cérilly et assure des permanences en saison estivale sur la commune de Saint-Bonnet. Les cartes des itinéraires et sentiers pédestre sont téléchargeables sur leur site.

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