Forêt domaniale de Seillon, là où Histoire et biodiversité se mêlent

Située dans l'Ain, à une cinquantaine de kilomètres de Lyon et vaste de plus de 600 hectares, la forêt domaniale de Seillon regorge de trésors. Vous pourrez y observer plus de 82 espèces d’oiseaux différentes, suspendre le temps à l’ombre de chênes bicentenaires ou encore admirer un chef d’œuvre de l’art gothique tout en pêchant tranquillement au bord d’un étang. David Pivot, technicien forestier territorial à l’Office national des forêts (ONF) vous livre les secrets de cette forêt surprenante !

A l’orée des communes de Bourg-en-Bresse, Péronnas et Certines, la forêt domaniale de Seillon dans l’Ain, offre verdure, fraîcheur et détente à toute personne qui s’y aventure. En ce matin d’avril, les rayons du soleil éclairent les jeunes feuilles des chênes qui font leur retour après l’hiver. Un léger vent fait danser les arbres au rythme du chant des oiseaux. L’ambiance est printanière. Pourtant, deux semaines auparavant, cinq centimètres de neige recouvraient le sol.

Située à une cinquantaine de kilomètres de Lyon, cette forêt s’étend sur 613 hectares et est voisine du massif de la Rena. David Pivot, technicien forestier territorial à l’Office national des forêts (ONF), y travaille depuis quinze ans. Au fil des années, il a vu le paysage changer et les chemins être sillonnés par de plus en plus de promeneurs.

C’est la forêt multifonctionnelle par excellence. On y mêle production de bois, pour la méranderie ou la parqueterie ; accueil du public, avec notamment l’espace pédagogique ; et protection de la biodiversité.

David Pivot, technicien forestier territorial à l’ONF.

Pour nous montrer un exemple de cette forêt aux multiples facettes, David nous emmène sur le site de la Chèvrerie. Anciennement appelé "le Crapa", c’est l’aire d’accueil principale pour le public. Un parking permet de stationner à l’entrée de la forêt et plusieurs infrastructures sont mises à disposition des visiteurs.

Sur la gauche, en arc de cercle, des abris et bancs idéaux pour un pique-nique. Sur la droite, une vaste aire de jeux pour les enfants et le départ du parcours sportif. En 2012, l’ensemble du site a été aménagé pour y donner l’accès aux personnes en situation de handicap.

Porter les messages clés de la gestion forestière

"Juste après les abris, en continuant le chemin, on arrive au début de l’espace pédagogique", explique le forestier avant de poursuivre, "c’est un projet qui a été initié par l’ONF et mené en partenariat avec la Communauté d’Agglomération du Bassin de Bourg en Bresse et le département de l’Ain. Ensuite, tout le travail de conception et d’aménagement a été réalisé avec l’Education nationale, le Groupement des scieurs de l’Ain, la Maison Familiale Rurale de Cormaranche en Bugey et l’Ecole du bois". Le public, mais aussi les scolaires peuvent retrouver toutes les informations nécessaires dans les trois livrets mis à disposition et téléchargeables ici.

Trois parcours à découvrir...

Jalonnés d'activités et associés à des livrets pédagogiques adaptés à chaque niveau (de la maternelle au collège), trois parcours s'offrent à vous :

  • "Défi Nature" - 2,3 km - Pour les enfants de la maternelle à la 6e ;
  • "En quête du vivant" - 2,8 km - Pour les enfants du CP à la 6e ;
  • "Dans la peau d'un journaliste" - 3,2 km - Pour les enfants du CM1 à la 3e.

Chaque piste propose différentes activités aux enfants : observation d’écorces, des feuilles, de la biodiversité environnante... Mais aussi des ateliers pour sensibiliser les plus jeunes à la gestion forestière et ses effets sur la nature.

L’éveil de la faune et de la flore

Classée en espace naturel sensible par le département, la forêt domaniale de Seillon présente de forts intérêts biologiques et paysagers, impliquant des mesures de protection et de gestion. De nombreuses études sont ainsi régulièrement réalisées sur le site. En 2020, un inventaire de l’avifaune, mené par les naturalistes de l’ONF, a permis de rendre compte de la grande variété d’oiseaux sur l’ensemble de la forêt. En tout, 82 espèces ont été identifiées, dont le pic mar.

A l’heure où sont écrites ces lignes, au printemps 2022, une étude sur les micros-habitats et les bois morts est en cours. Rappelons, que la présence de rémanents (bois laissés à terre) est très importante pour la richesse des sols et sont des milieux favorables pour les insectes et les champignons.

Mêler art et nature

Pour les promeneurs à la fibre artistique, le rendez-vous est donné au parking de Monternoz. De là, commence la "Randocroquis®". Sur deux kilomètres, photographes et dessinateurs croiseront neuf pupitres didactiques avec des conseils pour interpréter les paysages sous forme d’œuvres d’art.

Découvrir un îlot de sénescence... et de vieillissement

Garder une forêt riche en biodiversité, c’est aussi conserver des îlots de vieillissement (espace où les essences sont préservées au-delà de l’âge de récolte) et de sénescence (milieu où ils sont laissés en libre évolution sans intervention de l’Homme) sur l’ensemble du massif.

Pour poursuivre notre balade, David Pivot tient à nous montrer le plus ancien îlot de sénescence de la forêt. "Ici, nous sommes dans une parcelle laissée en libre évolution depuis  environ 30 ans", affirme David. Autour, des arbres creux et morts, d’autres en pleine croissance, de la mousse, des insectes voletants, une multitude de petites fleurs… Les oiseaux élèvent leur voix. L’ambiance forestière ici est paisible, tout en grouillant de vie. Attention promeneurs, cet espace ne vous est pas interdit, mais prenez garde au risque de chutes de branches.

Au site d’accueil des Caronnières, ce sont des chênes de 180 à 240 ans qui entourent une aire de jeux. Des géants à fière allure qui offrent un habitat à de nombreuses espèces animales et végétales. "Encore une fois, ici, on a un exemple de la diversité des services rendus par cette forêt. Il y a un espace de détente pour le public, tout en pensant à la nature", témoigne le forestier.

De cette aire de jeux, il est possible d’accéder à l’étang de pêche de la commune de Péronnas. Là, c’est une autre ambiance, avec un milieu ouvert et une vue sur le monastère royal de Brou, un chef d’œuvre de l’art gothique datant du XVIe siècle. Sa charpente a d’ailleurs été bâtie avec des chênes issus de la forêt de Seillon.

Les missions de l’ONF à Seillon

  • Assurer la production durable de bois de qualité.
  • Offrir un espace accueillant à la population.
  • Veiller à préserver et renforcer la diversité des espèces et des habitats.

Un peu d’histoire

La forêt domaniale de Seillon a, en grande partie, été façonnée par les Chartreux. Cet ordre religieux a vécu pendant près de 600 ans à l’orée de la forêt, dans la Chartreuse de Seillon. Avant leur installation, le massif recouvrait un immense territoire allant de Bourg-en-Bresse à Chalamont. Au Xe siècle, Saint-Gérard établit un premier ermitage et y installe quelques moines, qui fondent le prieuré de Saint-Pierre de Brou. En 1084, les limites du prieuré sont fixées et c’est alors que le nom de Seillon apparaît.

En 1168, les moines créent la Chartreuse de Seillon et mettent en place des aménagements spécifiques que l’on peut encore apercevoir aujourd’hui. Ayant besoin de poissons pour se nourrir, ils créent des étangs. De nos jours, un de ces derniers est visible aux vallonnements de la forêt et à un écoulement d’eau, qui crée des zones humides, favorables aux batraciens (grenouilles verte, rousse, agile et salamandres).

Les dates clés de la forêt de Seillan

Xème siècle
Saint-Gérard fonde le prieuré de Saint-Pierre de Brou.
1084
Les limites du prieuré sont fixées. Apparition du nom de Seillon pour la première fois.
1168
La Chartreuse de Seillon est créée.
1500
La Chartreuse est en partie détruite par les grandes guerres qui sévissent à cette époque.
1789
La forêt est mise à disposition de l’Etat et devient une forêt domaniale.
1792
Destruction complète de la forêt dont le bois sert à la construction navale et au siège de Lyon.
1944
Les Allemands font exploser leurs stockages de munitions avant de partir, créant de vastes trous à l’origine du réseau de mares actuel.

Durant les grandes guerres entourant les années 1500, la Chartreuse est en partie détruite et les moines sont obligés de fuir pour un temps. Le bois de Seillon est alors coupé en masse sans respect d’une quelconque gestion forestière. Plus de 200 ans plus tard, au moment de la Révolution, Seillon est mise à disposition de l’Etat et devient une forêt domaniale. En 1792, elle est entièrement détruite, le bois servant à la construction navale et au siège de Lyon.

En 1944, les Allemands font exploser leurs stockages de munitions avant de partir, créant de vastes trous à l’origine d’un réseau de mares que l’on peut encore voir aujourd’hui. Depuis cette époque, des générations de forestiers se sont succédées et ont eu à cœur de rendre au massif de Seillon son paysage d’antan.

Mise en garde

Des munitions subsistent toujours en forêt. Promeneurs, si vous en trouvez, n’y touchez pas ! Prévenez l’ONF ou la Police Nationale pour une extraction en toute sécurité.

La forêt en détails

Infos pratiques

Public : La chasse est pratiquée tous les lundis et jeudi, d’octobre à fin janvier, hors zone d’accueil de la Chèvrerie.

Accès :  la forêt domaniale est accessible à tous, soit par les quatre parkings aménagés, soit depuis les communes voisines par les réseaux de déplacement en mode doux.

Services : La zone d’accueil de la Chèvrerie offre un point d’eau potable et des toilettes sèches. La carte des sentiers est disponible auprès de l’Office de Tourisme de Bourg en Bresse.

Et aussi :