Réserve biologique dirigée de la Haute Chaume
La réserve biologique dirigée de la Haute Chaume fait partie du massif des Trois Forêts (Ermenonville, Chantilly, Halatte), vaste ensemble de près de 20000 ha boisés au cœur du Parc naturel régional Oise - Pays de France, au nord-est de la région parisienne.
La réserve est concernée par la ZNIEFF de type 1 "Massif forestier de Chantilly / Ermenonville". Elle est incluse dans deux sites Natura 2000 : la ZPS "Forêts picardes : Massif des trois forêts et Bois du Roi" et la ZSC "Massifs forestiers d’Halatte, de Chantilly et d’Ermenonville", faisant l’objet d’un document d'objectifs commun.
©Jérome Jaminon / ONF
Histoire
Au Moyen-Age, la future forêt d’Ermenonville était fragmentée en plusieurs massifs séparés par des milieux ouverts (landes, prairies). Des cartes postales du début du XXe siècle attestent encore de cet état à proximité de la RBD, non loin de laquelle se trouve encore de nos jours le site de la Mer de Sable.
A la fin du XVIIIe siècle, les principaux propriétaires sont des communautés ecclésiastiques. Après sa confiscation à la Révolution, puis son aliénation sous le Premier empire au profit de Joseph Bonaparte et du maréchal Kellermann, la forêt revient à l’Etat à la Restauration (1814).
Au XIXe siècle, l’administration des Eaux et Forêts entreprend de planter les espaces ouverts de landes, sables et garennes. De essences résineuses rustiques et adaptées au sol sableux sont choisies : le Pin sylvestre (principalement) et le Pin maritime. Parallèlement, les peuplements feuillus, qui représentent environ la moitié de la forêt, sont traités en taillis sous futaie.
Le site de la RBD de la Haute Chaume est pour partie constitué de forêt ancienne, déjà à l'état de boisements feuillus il y a deux siècles, et pour partie de zones qui ont été à l'état de landes, ensuite plantées ou conquises naturellement par le pin (naturalisé et dynamique), mais qui ont aussi connu des incendies ; elles sont maintenant le lieu de la préservation de milieux ouverts devenus résiduels.
Géologie - Pédologie
La forêt d’Ermenonville est située à la limite entre les plateaux du Valois au nord et de la Goële (plus élevé) au sud. Le relief présente peu d'amplitude (de 60 à 122 m) mais des pentes relativement marquées par endroits, à la faveur de buttes sableuses.
La RBD de la Haute Chaume repose entièrement sur les sables tertiaires du Bartonien inférieur (Auversien), quartzeux, plus ou moins affleurants et purs ou recouverts de placages limoneux. S'y ajoutent parfois en haut des pentes des blocs ou tables de grès remarquables (voir plus rarement des calcaires grossiers).
Les types de sols sont très variés :
- podzosols sur substrat sableux ou dépôts éoliens sableux ;
- sols allant des brunisols aux fluviosols sur dépôts limoneux ;
- calcarisols, très ponctuellement, sur substrat sableux mêlé de cailloux calcaires ;
- sols à gley, ponctuellement.
Aux sols les plus originaux seront associés les habitats naturels les plus remarquables, aussi bien (principalement) sur sols très secs (très acides ou bien carbonatés) que sur sur sols mouilleux.
©Dominique Amon-Moreau / ONF
mélange de cailloutis et du sable sous-jacent
©Nicolas Drapier / ONF©Nicolas Drapier / ONF
Milieux naturels
A la mesure de la variété des sols, les habitats naturels de la RBD de la Haute Chaume sont remarquablement diversifiés.
Un peu plus de la moitié de la surface est occupée par des des milieux ouverts, sur lesquels la délimitation de la réserve a été centrée, et qui en sont l'intérêt principal :
- principalement la lande à Callune et Bruyère cendrée (CB : 31.2 - N2000 : 4030), qui occupe le quart de la superficie
- sur des surfaces infiniment plus faibles, de remarquables pelouses sur sables, acidiphiles à Corynéphore (35.2 - 2330) ou à Laîche des sables (35.1 - 6230*), calcicoles à Laîche humble (34.3 - 6210) ;
- des mares à eaux oligotrophes, au nombre de cinq seulement mais qui sont parmi les plus remarquables de la forêt d'Ermenonville, avec des habitats de végétations amphibies à Potamot à feuilles de renouée, Scirpe flottant, Millepertuis des marais (22.11 x 22.31 - 3110) ; du gazon amphibie à Renoncule flammette et Jonc bulbeux (22.12 x 22.31 et 22.32 - 3130) ; des tremblants tourbeux (54.5 - 7140).
Les milieux forestiers sont également diversifiés (et d'intérêt patrimonial très variable) :
- pineraies d'origine artificielle, constituant la matrice boisée au sein de laquelle s'insèrent les landes ;
- divers peuplements de feuillus indigènes, parmi lesquels chênaie pédonculée et boulaie à Molinie (41.51 - 9190), hêtraies-chênaies (41.12 et 13 - 9120 et 9130), petits mais remarquables îlots de chênaie pubescente (41.71) et de boulaie à sphaignes (44.A1 - 91DO*).
les résineux ne sont jamais loin...
©Nicolas Drapier / ONF©Nicolas Drapier / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
Flore
La flore vasculaire de la réserve est riche en espèces (plus de 370) dont 10 sont protégées au niveau régional (16 autres sont menacées en Picardie), toutes associées aux divers milieux ouverts :
- landes et pelouses sèches : Bruyère cendrée (une des plus importantes populations du nord-ouest de la France), Genêt poilu, Violette des chiens ;
- milieux humides : Genêt des anglais, Millepertuis des marais (exceptionnel dans la région), Jonc raide, Laîche à fruit velu, Potamot à feuilles de renouée, Scirpe flottant (exceptionnel), Véronique en écussons.
On dénombre également plus de 80 espèces de bryophytes, dont 18 patrimoniales (sphaignes majoritairement).
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Faune
Les études sur l'entomofaune ont été nombreuses, révélant une faune riche mais avec relativement peu d'espèces remarquables, et qui sont liées tant aux milieux ouverts secs et chauds qu'aux milieux aquatiques : lépidoptères (34 espèces), odonates (24), coléoptères aquatiques (50 espèces dont 5 remarquables), orthoptères et dictyoptères (19), hyménoptères apoïdes (43), et un nombre remarquable d'espèces d'araignées (269).
Six espèces d’amphibiens et six de reptiles sont présentes dont une petite population de Lézard des souches.
Au moins 48 espèces d'oiseaux sont nicheuses dans la réserve. Quatre sont inscrites à l'annexe 1 de la directive Oiseaux et illustrent encore une fois la diversité des enjeux associés aux milieux de la réserve :
- deux espèces landicoles : l'Engoulevent (espèce-phare du site) et le Busard Saint-Martin ;
- deux espèces associées à de plus ou moins vieux peuplements feuillus : le Pic mar et le Pic noir.
La réserve sert de terrain de chasse à au moins sept espèces de chiroptères.
une des très nombreuses espèces d'araignées de la réserve
©Dominique Amon-Moreau / ONFGestion
L’objectif principal de la RBD de la Haute Chaume est de conserver les habitats et espèces inféodées aux milieux ouverts (pelouses, landes, ourlets...), ce qui nécessite une gestion conservatoire active face à la dynamique végétale qui menace leur pérennité.
Des travaux de restauration et d’entretien sur ce complexe de milieux, mais aussi sur le réseau de mares forestières, sont menés en collaboration avec plusieurs partenaires locaux, CEN de Picardie, CBN de Bailleul et PNR notamment. Le pastoralisme ovin est mobilisé comme outil d'entretien des landes et pelouses.
Les objectifs de gestion concernant les habitats forestiers sont très contrastés :
- restauration de milieux ouverts par des éclaircies fortes dans certains peuplements résineux ou feuillus artificiels (Châtaignier, Chêne rouge), ou certaines boulaies ;
- développement de la naturalité par le placement en libre évolution pérenne, en particulier (mais pas exclusivement) pour des peuplements feuillus déjà âgés.
En complément de ces mesures de gestion, il est également essentiel de cantonner la circulation des nombreux usagers (pédestres, cyclistes, équestres) sur un nombre limité de parcours autorisés, pour limiter leur impact sur des milieux fragiles et des espèces vulnérables. Un sentier pédagogique a été développé pour permettre un accueil canalisé.
Enfin, les études naturalistes sont une composante incontournable de la gestion de la réserve, qui bénéficie déjà d'un niveau de connaissance élevé sur divers groupes. Elles ont déjà mobilisé de nombreux partenaires externes en plus des réseaux naturalistes de l'ONF.
©Nicolas Drapier / ONF
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lisse en bois pour canaliser la fréquentation
©Nicolas Drapier / ONF©Nicolas Drapier / ONF