Une dizaine de variétés de peupliers sont présentes. – ©Elodie de Vreyer / ONF

La forêt de Chautagne, la biodiversité retrouvée

Au nord du lac du Bourget, la forêt domaniale de Chautagne (Savoie) est originale à plus d'un titre. Créée dans les années 1930, elle est la plus grande peupleraie publique de France. Grâce à de récents travaux de renaturation, elle renoue aussi avec la biodiversité, offrant des balades dépaysantes à la découverte des castors et notamment d'amphibiens qui y ont élu domicile.

"Il y a un siècle, ici ce n'était qu'un vaste marais". En déambulant à Chautagne avec Christian Gruffat, technicien forestier territorial de l'Office national des forêts (ONF), on mesure l'ampleur du travail accompli et en cours. Cette forêt domaniale orientée nord-sud le long du Rhône est très jeune puisqu'elle a été créée en 1936.

L'Etat a racheté ces terrains tourbeux abandonnés par les fermiers car trop souvent inondés par les crues du Rhône. Tout autour s'étirent des champs de maïs et des parterres de vignes, bordés au nord par les contreforts du Jura.

Le peuplier, cet arbre méconnu

La canalisation du fleuve et des travaux de drainage ont permis d'assainir la zone, où des peupliers ont été plantés. Depuis le col du Grand Colombier, qui offre une vue splendide sur les Alpes et le lac du Bourget, on distingue nettement les contours géométriques des peupleraies de Chautagne à leurs différents stades de croissance.

Cette essence qui apprécie l'humidité est peu fréquente dans les forêts françaises. Christian Gruffat en est devenu un spécialiste et un fervent ambassadeur"Bien cultivé, il est économiquement très intéressant". En effet, les peupliers sont coupés au bout de seulement 25, voire 15 ans pour certains cultivars (variétés obtenues par sélection humaine).

Un cycle bien plus court que celui des chênes (150 ans) et des sapins (120 ans) ! "Ce cycle court permet de mieux adapter notre sylviculture au bouleversement climatique", commente Christian Gruffat. La culture du peuplier est aussi moins chronophage que celle des autres essences.

La forêt de Chautagne en détails

Des troncs variant du gris clair au brun foncé, plus ou moins crevassés, droits ou tordus... Le nord de la forêt permet de découvrir la diversité des peupliers. Ce bois blanc et souple alimentait les papeteries. Il est aujourd'hui très apprécié des industriels du contreplaqué et de la cagette.

"C'est un bois qui s'utilise vert et ne peut être stocké, on a donc la garantie qu'il ne fait pas le tour de la planète avant d'être livré", poursuit le forestier. Ces 450 hectares de peupliers alimentent des usines italiennes, à 200 kilomètres de là.

La forêt produit aussi quelques hectares de bois dits précieux, comme le noyer et le merisier. Ça et là, se dresse la silhouette noircie de quelques frênes touchés par la chalarose, un champignon microscopique qui décime cette essence.  Coupés pour faire du bois de chauffage ou des pellets, ces frênes laisseront la place à des peupliers et des chênes pédonculés. Pour le reste, grâce à la proximité du Rhône et à la richesse des sols, la Chautagne semble moins souffrir du réchauffement climatique que d'autres forêts françaises.

Entre les différentes parcelles, Christian Gruffat a creusé des mares reliées les unes aux autres. "L'enjeu, c'est que cette peupleraie s'inscrive dans la continuité du projet de renaturation mené au sud de la forêt". Au pied des peupliers, des haies commencent à pousser et seront maintenues après la coupe des arbres. Elles forment une protection contre le vent et abritent certains oiseaux comme la gorgebleue à miroir, une espèce protégée. Le miroir, c'est la tache blanche que le mâle possède au niveau du cou.

En vidéo, le coin préféré du forestier...

©ONF

Des milieux humides restaurés

Au niveau de Chindrieux, il suffit de traverser la route pour entrer dans un univers bien plus dépaysant. De part et d'autre d'un chemin régulièrement entretenu, on voit d'impénétrables roselières et des amoncellements de branchages signalant le barrage d'un castor.

Des chemins latéraux, parfois inondés même en été, permettent ensuite d'accéder à de nombreuses mares. Les libellules vrombissent, un héron cendré vient chercher son repas. Un "hou-hou-hou" plaintif et répété signale la présence d'un sonneur à ventre jaune. Ce crapaud est l'une des espèces protégées qui ont élu domicile dans ces mares récemment creusées.

Nous sommes au sud de la forêt, dans le secteur du marais de Chautagne, en pleine renaturation par l'ONF, en partenariat avec le Conservatoire des espaces naturels de Savoie. Cette zone de 2 000 hectares, dont 760 de forêt, était menacée par l'assèchement. Les barrages qui ont diminué les crues du Rhône, la pose de nombreux drains à la création de la forêt et le réchauffement climatique ont causé cet assèchement.

En 2017, les travaux de restauration de la zone humide ont été lancés : bouchage des fossés de drainage, création d'une soixantaine de mares et pose de vannes pour gérer la circulation de l'eau. Des travaux cofinancés par l'Union européenne et l'Agence de l'eau.

Plus de 30 000 arbres adaptés à ce milieu humide ont été plantés. Saules, aulnes, trembles, bouleaux, chênes pédonculés et érables commencent à occuper l'espace autour des mares. Le forestier veille à ce que les arbres n'y prennent pas trop de place, pour conserver ce milieu ouvert et encourager la biodiversité. Car, plus que la rareté des espèces, c'est leur diversité qui fait la richesse de l'endroit.

Des atouts contre le dérèglement climatique

Très riches en biodiversité, les milieux humides ont aussi la capacité de filtrer les eaux et de gérer leur variation. Le marais de Chautagne constitue une zone tampon pour éviter les inondations à la ville de Lyon. Il a aussi la capacité de stocker le carbone et participe ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique. "Quand des tourbières s'assèchent, elles libèrent dans l'atmosphère ce gaz carbonique", rappelle Christian Gruffat.

L'alternance de milieux ouverts et de milieux fermés garantit une diversité maximale d'espèces et d'essences.

Christian Gruffat, technicien forestier territorial de l'ONF

Une fois bien restaurée, cette partie de la forêt deviendra une réserve biologique. Il en existe déjà plus de 250 dans les forêts publiques. Une zone sera laissée en évolution naturelle (réserve biologique intégrale). Une autre sera gérée de façon à préserver la zone humide.

Dans les prochains mois, un autre secteur de la future réserve retrouvera un état proche de son état naturel. Dans des parcelles plantées de vieux peupliers, Christian Gruffat et ses collègues laisseront la nature reprendre ses droits. "On est dans un milieu plus fermé, propice à l'installation d'espèces comme les chauves-souris et les rapaces, poursuit le forestier. L'alternance de milieux ouverts et de milieux fermés garantit une diversité maximale d'espèces et d'essences dans la forêt. C'est ce que nous voulons montrer aux visiteurs."

Le castor, une star à gérer

Dans la zone en renaturation de la forêt domaniale de Chautagne, vous remarquerez probablement les barrages que le castor construit dans les ruisseaux et fossés de drainage. "Les castors contrarient parfois mes plans", sourit Christian Gruffat. Pour monter un barrage, une hutte cachant l'entrée de leur territoire ou un gîte souterrain, ces gros rongeurs affectionnent en effet les peupliers fraîchement plantés. "Ils les taillent comme des crayons", poursuit le forestier. "Comme dans les dessins animés !"

En 2022, 500 arbres abattus par les castors ont dû être replantés. Ils s'attaquent aussi aux écorces des chênes (qui y survivent). Pas question pour autant de chasser cette espèce protégée, qui contribue par ses travaux à l'extension de zones humides. Alors les techniciens de l'ONF posent des grillages autour des jeunes plants pour les protéger.

Infos pratiques

Public

La forêt est facilement praticable par tous les publics, sur des pistes forestière fermées à la circulation. De très nombreux sentiers pour les randonneurs et VTTistes existent sur les coteaux voisins et autour du lac du Bourget. Le GR65 vers Saint-Jacques de Compostelle traverse la forêt, de même que la ViaRhona, une route cycliste qui relie le lac Léman à la Méditerranée.

Accès

La forêt se situe sur les communes de Chindrieux, Ruffieux, Vions et Serrières-en-Chautagne.

Services

  • Des activités d'altitude telles que le parapente sont proposées à Chindrieux. Le lac du Bourget dispose d'un large éventail d'activités nautiques.
  • Des aires de pique-nique sont aménagées le long de la RD 904.
  • Il existe de nombreuses possibilités d'hébergement.
  • Plus d'infos sur le site de la communauté d'agglomération Grand Lac.

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