©Félix Vigne / ONF

La forêt de Retz, perle du Valois historique

Avec ses 13 000 hectares, la forêt domaniale de Retz dans l’Aisne est l’une des plus grandes de France, et la première hêtraie. Sillonnée par 60 kilomètres de routes forestières et 560 kilomètres de laies et chemins forestiers, elle est un lieu idéal pour se ressourcer à une heure de Paris.

Depuis maintenant 400 ans, les hautes et majestueuses futaies cathédrales de hêtres de la forêt de Retz, façonnées par l’homme et perçues comme des dons de la nature, constituent des paysages très appréciés des usagers. Son histoire, étroitement liée aux rois de France, est indissociable de l’Histoire de notre pays et et c’est en parcourant ses sentiers qu’on découvre ce qui fait sa grandeur.

Les secrets de la forêt de Retz en images...

Un massif au cœur de la langue française

En 1346, si c’est en forêt de Sénart que Philippe VI de Valois crée la première Administration forestière avec l’ordonnance de Brunoy, c’est en forêt de Retz qu’il installe le premier Maître des Eaux & Forêts du royaume, précurseur de l’actuel Office national des forêts (ONF).

En 1499, la forêt est donnée en apanage à François d’Angoulême, qui deviendra seize ans plus tard François Ier. Surnommé le "Roi des veneurs", il prend l’habitude de venir chasser en Villers-Cotterêts à Retz, forêt réputée pour la qualité de son gibier.

Le château de Villers-Cotterêts.

C’est donc en toute logique que le Roi bâtisseur entreprend en 1532, sur les bases d’un manoir médiéval, la construction d’un château Renaissance, unique en Picardie, pour servir de résidence de chasse. Il devient en 1539, un lieu symbolique de la langue française lorsque François 1er y signe l’Ordonnance de Villers-Cotterêts, qui rend obligatoire l’usage de la langue française dans les actes de l’administration et de la justice, à la place du latin.

Ce lien avec la langue française perdure au fil des siècles : François Rabelais a séjourné au château, Molière y a présenté Le Tartuffe, Madame de Sévigné a rédigé des lettres sur Villers-Cotterêts, Alexandre Dumas est né dans cette ville. Aujourd’hui, c’est une nouvelle page d’histoire qui s’écrit avec la création, dans le château, de la Cité Internationale de la Langue Française.

©Centre des monuments nationaux

Retz et d'Artagnan

C'est une histoire commune symbolisée par un parcours équestre européen ! Afin d’honorer la mémoire de l’écrivain et de son célèbre mousquetaire, Villers-Cotterêts accueille une étape de la Route européenne d’Artagnan, premier itinéraire équestre européen, qui promeut l'itinérance douce et la diversité culturelle en Europe.

Ainsi, il est aujourd’hui possible de parcourir plus de 8 000 kilomètres à cheval, depuis le lieu de naissance du mousquetaire dans le Gers, au lieu de sa mort, à Maastricht.

©Office de tourisme de Villers-Cotterêts

Le saviez-vous ?

Composée pour moitié de hêtres, et plus d’1/4 de chênes, la forêt domaniale de Retz a été la première à être traitée en futaie régulière dans l’histoire forestière de France. De très grande qualité, les bois de Retz, acheminés par le canal de l’Ourcq, ont participé à la construction de Paris.

L'allée royale relie la ville et son château à la forêt

En plus des GR©11 et 11A, de nombreux itinéraires de randonnée sont accessibles pour tous les publics. Emblématique, l’allée royale entraîne le regard depuis le château vers les hauteurs de la forêt de Retz, départ de randonnées qui permettent d'allier découverte du milieu forestier et visite d'un patrimoine culturel et historique remarquable.

A proximité de l’allée, venez découvrir l’ermitage Saint-Hubert et son système d’adduction des eaux de la forêt appelé "La Laie des Pots". Utilisé jusqu’en 1937, ce système permettait de recueillir les eaux de pluie et de les amener jusqu’au château et la ville grâce à un réseau de canalisation en poterie et de regards. Il fait aujourd’hui l’objet d’une réhabilitation grâce à l’Association de sauvegarde du patrimoine de la laie des pots en forêt de Retz.

L'Allée royale est gérée et entretenue par l'Office national des forêts qui préserve ainsi ses hêtres et chênes séculaires. - ©Office de tourisme Retz-en-Valois

Non loin de ce bâtiment, l’étang de Malva est un lieu de promenade très prisé, donnant accès au circuit de la Salamandre, la randonnée la plus pratiquée en forêt de Retz, et offrant aux promeneurs une pause détente sur son aire de pique-nique. Un châtaignier de plus de 200 ans, classé "arbre remarquable", offre un abri bienvenu sous sa vénérable frondaison.

En continuant plus loin, la pierre Clouise possède sa propre légende : en effet, il semblerait que les jeunes filles à marier qui se laissent glisser sur la Pierre Clouise sans chuter trouvent un mari dans l'année. A bonne entendeuse !

D’autres secrets attendent les randonneurs : la Cave du Diable, située dans une petite faille et ses marches taillées dans la roche, la pierre Fortière, un abri préhistorique avec ses traces de polissoir, la fontaine Saint-Martin, etc.

Tout le monde trouve son compte sur notre territoire, que l’on soit un passionné de nature avec les dizaines de chemins de randonnées ou un passionné d’histoire qu’elle soit religieuse, patrimoniale, ou de la guerre.

Ségolène Baudesson, conseillère en séjour à l’Office de Tourisme de Retz-en-Valois.

Sur les traces de la Grande Guerre

Proche du front et rempart naturel pour la capitale, la forêt de Retz a occupé une position stratégique durant la Première Guerre mondiale. Situé à un point élevé du massif forestier, le lieu-dit "La Tour Réaumont" est choisi par l’armée française pour y implanter une tour d’observation en bois d’environ 30 mètres de haut.

En juillet 1918, c’est du haut de cet observatoire que le général Mangin dirige la contre-offensive victorieuse contre les Allemands. Aujourd’hui une stèle marque l’emplacement de cette tour disparue lors d’une tempête en 1924. Pour les 100 ans de cette bataille, une nouvelle tour en bois a été construite grâce à la Communauté de communes Retz-en-Valois (CCRV), l’Office national des forêts et des contributeurs privés et publics. La Tour du général Mangin a été primée au concours Forêt, bois & patrimoine 2020.

Reconstruction de la Tour Mangin

©Communauté de communes Retz-en-Valois

Un circuit permet de suivre différents lieux marquants de cette bataille décisive, jusqu’à l’observatoire de la tour du général Mangin, point d’orgue de la balade, incluant des équipements pédagogiques. Culminant à 220 mètres d’altitude et atteignant 25 mètres de haut, la tour offre l’un des panoramas les plus hauts de la région avec une vue imprenable sur la forêt de Retz.

Sur huit étages, découvrez la faune et la flore du massif forestier ainsi que son rôle dans l’offensive qui mena à l’Armistice. Ici pas besoin d’avoir de grandes connaissances historiques ni scientifiques, tout est expliqué de façon ludique. La tour Mangin regorge d’installations à chacun de ses étages, si bien que les plus petits comme les plus grands apprennent en s’amusant.

Une biodiversité exceptionnelle

Bénéficiant d’un environnement naturel très favorable, la forêt de Retz abrite un dispositif européen d'observation des forêts (Renecofor) et trois sites protégés au niveau européen (Natura 2000). Elle comporte également, pour le nord-ouest de la France, le site de conservation des ressources génétiques du hêtre.

De nombreuses espèces patrimoniales y ont été recensées : par exemple, pour la flore, la mauve alcée, le myosotis versicolore, le dicrane vert, l’osmonde royale, la véronique en épis ou le cynoglosse d’Allemagne, et bien d’autres encore.

La forêt de Retz, en forme de fer à cheval, est très découpée avec plus de 350 km de lisières et des enclaves où des villages charmants se sont installés. Si elle se situe essentiellement sur un plateau limoneux aux sols riches, plusieurs secteurs se démarquent comme la butte du Faîte, grande saillie culminant à 245 m, le bois du Tillet installé sur des sables de Beauchamps , la Queue d’Ham au relief accidenté. Cet ensemble si particulier en fait une forêt riche en biodiversité et attirante.

Joël Linte, responsable de l'Unité territoriale de Villers-Cotterêts à l'ONF.

Côté faune : six espèces de chauve-souris sont d’intérêt communautaire comme le petit et le grand Rhinolophe ou la Barbastelle. On trouve également le muscardin, la martre, le pouillot de Bonelli, les pics noir et mar, la chouette hulotte, la bondrée apivore, la salamandre tachetée, la grenouille agile, le lézard vert, le lucane cerf-volant, de nombreux papillons comme le grand et le petit Mars changeant, et bien sûr les grands ongulés.

Petite visite insolite : la maison forestière du Bois Hariez a été restaurée en 2008 pour accueillir une colonie de chauves-souris ! C'est désormais un site d'observation naturaliste qui reçoit le public lors d'animations pédagogiques organisées de mai à août.

©ONF / Wéo

Une forêt candidate au label Forêt d'Exception®

La forêt de Retz constitue la perle verte du Valois historique et un véritable levier de développement et d’attractivité pour le territoire. Forts de ce constat, l'ONF et ses partenaires ont reçu un avis favorable pour le dépôt de son dossier d’éligibilité au label Forêt d’Exception®.

C’est une première étape nécessaire à l’élaboration du dossier pour sa candidature officielle qui lui permettra d’entrer dans le top 20 des plus belles forêts françaises. Une belle reconnaissance pour cette forêt qui apporte beaucoup au territoire et à ses habitants depuis des siècles.

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