Fontainebleau : sur la butte Saint Louis, l’ermitage médiéval révèle peu à peu ses secrets
Un programme de recherche inscrit dans la durée
Les premières prospections ont débuté en 2017, avant le lancement d’un programme de fouilles de grande ampleur en 2019. Depuis, chaque été, une équipe d’une quinzaine de personnes composée d’archéologues du conseil départemental, de l'ONF et d’étudiants en archéologie explore méthodiquement ce site forestier peu connu.
Ces campagnes successives ont permis d’examiner chaque zone du site : la chapelle, les espaces d’habitation de l’ermitage et les abords immédiats. Les travaux, menés avec précision, consistent à recenser, photographier et analyser chaque élément découvert afin de reconstituer l’histoire du lieu et les conditions de vie qui y régnaient.
Si le programme initial s’inscrivait sur trois ans (2019‑2021), les recherches ont été prolongées afin d’approfondir les découvertes, notamment sur les zones périphériques encore peu explorées
Un site bien plus ancien que la légende de Saint-Louis
La légende dit que le roi Saint-Louis, à la suite d’une attaque de brigands, serait monté sur ce point culminant au cœur de la forêt de Fontainebleau pour appeler les secours. Sauvé, il aurait construit un ermitage remerciant Dieu de son aide. Huit siècles plus tard, la légende perdure. La butte a pris le nom de l’illustre roi de France mais le mystère reste entier.
Des analyses, notamment grâce à des datations au radiocarbone, vont apporter de nouvelles précisions sur l'histoire de la chapelle. Elles indiquent une première occupation entre la fin du IXe et le début du XIe siècle, soit autour de l’an mil, sous le règne de Robert II le Pieux. "Des datations au radiocarbone effectuées sur des charbons présents dans les murs de l’ancienne nef révèlent qu’ils datent de la fin du IXe, voire début du XIe siècle", décrit Sophie David, chargée du projet et archéologue de l’ONF en 2023. La fondation de cet édifice remonterait donc à l’an mille, soit bien avant Saint Louis.
Les fouilles ont également mis en évidence plusieurs phases d’occupation :
- une première installation médiévale précoce (IXe‑XIe siècle),
- une réoccupation au XIIIe siècle, à l’époque de Saint Louis,
- puis des usages jusqu’aux XVIe et XVIIe siècles.
Ces résultats confirment la complexité et la longévité de ce site, loin du seul récit légendaire.
Des vestiges riches d’enseignements
Les archéologues ont identifié les fondations de la chapelle ainsi que plusieurs secteurs d’inhumation situés :
- devant l’entrée,
- à l’intérieur de l’édifice,
- et à l’extérieur le long du chœur.
Au fil des campagnes, les fouilles ont permis de mettre au jour les ossements de plusieurs dizaines d’individus, majoritairement des hommes. « Durant nos recherches, nous avons retrouvé des sépultures très anciennes remontant entre le XIIe et le XVIe siècle. Des ossements d’environ 32 individus ont été retirés, en majorité des hommes âgés. Cette population se conforme bien à l'organisation d’un ermitage à l'époque médiévale » précise Sophie David.
Ces sépultures, datées du XIIe au XVIIe siècle, constituent une source précieuse pour mieux comprendre l’organisation et la vie quotidienne de ces communautés religieuses encore peu documentées en archéologie
Un chantier rare en France
Les ermitages médiévaux sont bien connus à travers les textes, mais leurs vestiges sont rarement étudiés. Le site de la butte Saint‑Louis constitue ainsi un chantier exceptionnel à l’échelle nationale.
« C'est l'un des seuls et rares chantiers de fouilles d'ermitage en France. Si énormément d’écrits existent sur les ermites, peu de fouilles sont réalisées dans le but de connaître les conditions de vie qui y régnaient » explique Sophie David.
Un site encore plein de mystères
Entre science et légende, ce site emblématique de la forêt de Fontainebleau illustre toute la richesse du patrimoine historique présent dans les forêts publiques, et le rôle de l’ONF dans sa connaissance et sa préservation.