©Céline Bernard / ONF

Forêt domaniale des Monges : une récolte de bois respectueuse des sols grâce au câblage aérien

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, au cœur de la forêt domaniale des Monges, l’ONF mène une opération de récolte de bois sur une parcelle de 30 hectares en montagne. Pour limiter les impacts sur le sol, le bois est débardé par câble. À la clé : des produits locaux (charpente, aménagements extérieurs, énergie), la régénération du mélèze et le développement d’une filière câble régionale.

Une technique adaptée aux terrains escarpés

Avec un dénivelé de 400 mètres et des accès limités en haut et en bas de la parcelle, la création de pistes pour engins lourds aurait fortement dégradé les sols. La technique du débardage par câble a donc été retenue. Elle permet le transport des bois par voie aérienne, du lieu d’exploitation jusqu’à la piste, réduisant ainsi le tassement du sol et l’impact paysager, en limitant les ouvertures visibles. Ceci permet également de sécuriser le travail des bûcherons et des engins.

Un chantier exemplaire au rythme maîtrisé
Située sur le versant sud de la forêt domaniale des Monges, cette opération a fait l’objet d’études et de montages techniques entre 2020 et 2021. Le chantier a démarré en août 2022, avec une montée en puissance progressive jusqu’en 2025, selon les conditions météorologiques et la disponibilité des équipes.

En moyenne, une ligne de câble a été installée chaque semaine, d’une longueur de 300 à 600 mètres.

©Céline Bernard, Hugo Collomb

Dans les coulisses d’un chantier câblé

Une bande de 4 mètres de large est ouverte dans le peuplement pour installer le câble, soutenu par des pylônes. La récolte se fait par trouées de 3 000 m² disposées en quinconce de part et d’autre du câble. Les bois sont abattus manuellement et les houppiers sont laissés sur place pour protéger le sol et restituer de la matière organique. Les bois sont ensuite acheminés par un chariot suspendu et déposés en bord de piste. Là, une pelle mécanique équipée d’une tête d’abatteuse réalise le façonnage (ébranchage) et le billonnage. Les branches fines (moins de 10 cm) sont rejetées dans le massif forestier pour enrichir le sol en se décomposant.

Le câblage nous permet de mobiliser du bois tout en préservant les sols et en limitant les ouvertures. C’est une réponse très adaptée aux versants de montagne. La biodiversité est également prise en compte : les périodes sensibles, notamment pour le Tétras, sont respectées et certains îlots de bois morts sont conservés.

Julien Bochet, responsable service bois, ONF Alpes-de-Haute-Provence

Des essences locales pour des usages variés

La coupe concerne principalement le Mélèze, accompagné de quelques hêtres et épicéas. Le Mélèze, très recherché, est valorisé en cinq gammes de produits : deux catégories de charpente, des aménagements extérieurs en bois rond, quelques tavaillons (tuiles de bois) et du bois de chauffage. Le Hêtre est utilisé pour la production énergétique et l’Epicéa pour le bois d’œuvre.

Environ 95 % des volumes récoltés sont transformés dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, favorisant ainsi les circuits courts et réduisant l’empreinte carbone.

Le bois part en flux régulier pour honorer nos contrats avec les acheteurs. Un stockage hivernal est prévu pour les périodes d’accès difficiles. Les longueurs des grumes sont adaptées à chaque site (virages serrés, gabarits de camions) : un équilibre permanent entre sécurité, coûts et valorisation chez les scieurs.

Julien Bochet, responsable service bois, ONF Alpes-de-Haute-Provence

Favoriser la régénération naturelle du mélèze

Espèce emblématique de ces altitudes, le Mélèze est bien adapté aux conditions locales. Les trouées d’exploitation, en permettant à la lumière d’arriver au sol, favorisent la germination des graines et la régénération naturelle du Mélèze. Cependant, un léger décapage du sol est parfois nécessaire pour supprimer le tapis herbeux qui empêche la germination des graines. Sans ces interventions, si on laissait la forêt évoluer naturellement, le Mélèze serait petit à petit remplacé par le Hêtre et l’Epicéa.

Une filière qui se structure

En France, les spécialistes du câblage forestier demeurent rares, contrairement à nos voisins autrichiens, allemands ou suisses. Pour remédier à cette carence, l’ONF et de la Région Sud soutiennent un programme d’accompagnement et de formation au Centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) de Carmejane.

Une première promotion d’une dizaine de jeunes est en cours avec l’objectif d’installer durablement des équipes câblage dans la région et d’offrir de nouvelles perspectives aux entreprises forestières.

Chiffres clés

Le saviez-vous ?

  • Le câblage n’est pas réservé à la montagne. Il peut aussi être utilisé en plaine, dans des zones sensibles ou humides, lorsque l’emploi de tracteurs n’est plus possible ou souhaitable.
  • Pour les usagers de la forêt : le public est invité à respecter la signalétique, à rester à distance des zones de manœuvre et à tenir les chiens en laisse près des zones de coupe. Les fermetures temporaires de chemins garantissent la sécurité et la fluidité du chantier.
  • Le câble, est-ce bruyant ou dangereux ? Le bruit est intermittent et localisé sur la ligne. Les périmètres de sécurité sont signalés : respectez-les, comme sur tout chantier forestier.
  • Pourquoi couper si la forêt repousse seule ? La forêt repousse, mais pas forcément avec les essences souhaitées ici. Pour conserver le Mélèze et produire du bois local de qualité, l’ONF accompagne la régénération.
  • Le bois part-il à l’export ? Majoritairement non : environ 95 % sont transformés en région (charpente, aménagements, énergie).

Dispositif d’aides de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur

Le débardage par câble est intégré aux stratégies forestières régionales (Programme Forêt Bois, Contrat de filière, feuille de route « Mieux préserver et gérer la Forêt »).

Depuis 2022, la Région soutient les chantiers de débardage par câble, avec un barème d’aides revalorisé en 2025. En trois ans : 13 dossiers financés pour 450 000 € (sur 1,32 M€), dont 7 en forêts communales et 6 en forêts domaniales, devraient mobiliser 20 000 m³ de bois principalement pour le bois d’œuvre.

La Région aide aussi l’équipement des entreprises : 40 % d’aide plafonnée à 400 000 € (contre 30 % pour la mécanisation classique). Objectif : structurer un réseau de câblistes pour multiplier les chantiers publics/privés et mobiliser « plus et mieux » dans des conditions durables et à forte valeur ajoutée.