Réserve biologique intégrale de Verrières-le-Buisson
La réserve biologique intégrale de Verrières se trouve dans la petite couronne parisienne, dans un environnement fortement urbanisé. La forêt domaniale, d'une superficie de 562 ha, occupe un plateau qui domine d'une centaine de mètres la vallée de la Bièvre. Elle est étroitement enserrée entre les agglomérations de Verrières-le-Buisson, Chatenay-Malabry et Bièvres.
La réserve elle-même se trouve à une douzaine de kilomètres à vol d'oiseau de Notre-Dame de Paris. Si d'autres réserves biologiques existent depuis longtemps dans les forêts domaniales périurbaines de l'Ile de France (Fontainebleau, Rambouillet, Montmorency), la situation intra-urbaine de la RBI de Verrières est unique.
La forêt domaniale et la RBI de Verrières se trouvent dans la ZNIEFF de type 2 "Forêt de Verrières" et dans le site inscrit "Vallée de la Bièvre".
©Justine Parmentier / ONF
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Histoire
Aussi étonnant que cela puisse paraître dans un tel environnement, la forêt de Verrières est une forêt ancienne qui existait déjà il y a plus de trois siècles et a échappé aux défrichements agricoles puis à l'expansion urbaine. Elle a été un domaine de chasse, dont elle a conservé ses routes forestières en étoile autour du carrefour de l'Obélisque. Au XIXe siècle, la forêt a été intégrée à la ceinture défensive de Paris, avec plusieurs batteries d'artillerie et autres ouvrages sur le plateau et son rebord.
Pendant des siècles et jusqu’aux années 1950, la forêt a été traitée en taillis pour la production de bois de feu à usage domestique et industriel, puis en taillis sous futaie. Ayant encore subi des coupes massives au cours de la dernière guerre, portant sur la presque totalité de ses taillis, elle n'a plus fait l'objet d'aucune exploitation avant 1970. A partir de ce moment, tout en opérant une conversion progressive en futaie, les plans d'aménagement successifs de la forêt domaniale ont donné la priorité à l'accueil du public.
Dans la réserve, le dernier passage en coupe date de 1961 à 1972 selon les parcelles, soit plus d'un demi-siècle, ce qui est une caractéristique tout à fait remarquable dans une forêt de plaine très bien desservie et aisément exploitable. Les peuplements sont une mosaïque de futaie régulière et de taillis sous futaie riches en chênes âgés de plus de 100 à 250 ans.
L'ouragan Lothar de décembre 1999 a fortement touché la forêt de Verrières, abattant environ 7 fois la récolte annuelle de bois et laissant des trouées sur environ 10% de la surface. C'est à la suite de cet évènement que la RBI a été créée, en ayant laissé les bois en place dans la vingtaine de petites trouées parsemant le site.
en rouge, l'emplacement de la RBI
©IGN / Géoportailnoter les ouvrages défensifs
©IGN / GéoportailGéologie - Pédologie
L'assise du plateau occupé par la forêt de Verrières est constituée de sables et grès de Fontainebleau (Stampien supérieur) surmontés d'argiles à meulière de Montmorency (Oligocène supérieur) et de sables de Lozère (Pliocène). Le tout est recouvert d'une épaisseur plus ou moins importante de limons des plateaux d'âge quaternaire, sauf en bord de relief où ils sont érodés et où c'est l'argile qui affleure.
Dans cette configuration, les sols sont globalement profonds et relativement riches (ils sont d'ailleurs habituellement utilisés par l'agriculture quand ils n'ont pas été pris par l'urbanisation) : sols bruns, profonds, riches et faiblement lessivés sur limons de plateaux, pour la majeure partie de la réserve ; sols bruns lessivés, moyennement riches, sur argile à meulière.
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Milieux naturels
La RBI de Verrières est entièrement composée d'habitats forestiers.
Du fait de la sylviculture passée et en particulier du traitement en taillis sous futaie, les chênes sont dominants dans les peuplements. Il sont accompagnés par le Hêtre, le Châtaignier et divers autres feuillus : Charme, Merisier, Erable, Bouleau, Tremble. En l’absence de sylviculture, ces sylvofaciès sont susceptibles d’évoluer sur le long terme vers des habitats potentiels de hêtraies-chênaies neutrophile (CB : 41.13 - N2000 : 9130) ou acidiphile (41.12 - 9120), sans compter toutefois l'incidence des changements climatiques.
On trouve en sous-bois quelques massifs de Laurier cerise, espèce "échappée de jardins" et considérée comme exotique envahissante (EEE).
Les bois tombés lors de la tempête de 1999, représentant un volume important (40 m3/ha), ont été laissés sur place. Ils offrent des conditions de vie propices à divers cortèges d'espèces : champignons, insectes...
La réserve comporte également trois mares qui avaient été restaurées dans les années 90, avant la création de la RBI. Maintenant laissées elles aussi en libre évolution, la végétation y est quasi-absente, mis à part des lentilles d’eau, du fait de l'environnement forestier et de la faible luminosité.
©Dominique Amon-Moreau / ONF
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Flore et fonge
La flore vasculaire compte environ 120 espèces, essentiellement communes, typiques des habitats forestiers et associés (trouées, lisières). La flore herbacée est particulièrement visible au printemps lorsque l'Anémone des bois, la Stellaire holostée ou la Jacinthe de bois tapissent le sous-bois.
En 2022, un inventaire des lichens a révélé 35 taxons, dont aucun remarquable. Le cortège est peu diversifié et est dominé par des espèces tolérantes à la pollution atmosphérique, qui est relativement élevée.
Au niveau des bryophytes, la patrimonialité des espèces est plus grande : 22% des espèces sont rares à assez rares pour la région Ile-de France. L’espèce la plus patrimoniale recensée est Orthotrichum stramineum.
fleur de sous-bois au printemps
©Dominique Amon-Moreau / ONFFaune
En l'état actuel des connaissances, l’intérêt de la RBI de Verrières repose principalement sur sa faune, en particulier les insectes saproxyliques, les chiroptères et les oiseaux. Ces cortèges sont favorisés par l'abondance de bois mort et de vieux chênes de gros diamètres, bordant les trouées de la tempête de 1999 qui apportent une diversité supplémentaire d'habitats.
Ainsi, la réserve abrite un insecte particulièrement rare, Nemozoma cornutum, trouvé seulement 7 fois en France.
En 2023, 8 espèces de chiroptères ont été identifiées dont deux particulièrement patrimoniales en Ile-de-France : la Sérotine commune et le Murin de Daubenton.
L'avifaune comprend des espèces forestières caractéristiques, en particulier des cavicoles (5 espèces de Pics, le Pigeon colombin…) qui sont particulièrement bien représentée sur la RBI et semblent se renforcer au cours du temps. Un point de vigilance est cependant à mentionner : l’expansion de la Perruche à collier, espèce exotique nicheuse dans la RBI et susceptible de rentrer en compétition avec les cavicoles autochtones.
Gestion
Comme dans toute RBI, les peuplements forestiers sont laissés en libre évolution. Seules des opérations de sécurisation des peuplements sont conduites le long des chemins périmétraux, en particulier au nord-ouest où passe le GR®655. Les bois coupés sont alors laissés dans la réserve.
Un panneau d'information a été disposé à une entrée de la réserve, complété par de petits panneaux de signalisation sur le périmètre. L'accès à l'intérieur des parcelles de la réserve est interdit, pour la préservation du milieu et pour des raisons de sécurité du public, du fait de l'abondance d'arbres morts et du risque de chute de branches.
La gestion de la réserve consiste principalement en des études, pour le suivi de la forêt en libre évolution : peuplements forestiers, coléoptères saproxyliques (2007), oiseaux (2017), lichens (2022), chiroptères (2010 et 2023).