©Patrick Valette

Comprendre les feux de forêt

Contrairement à une idée reçue, une forêt ne s'enflamme jamais spontanément. Même lorsque la végétation est très sèche, un départ de feu nécessite généralement une source d'ignition.

En France, 9 incendies sur 10 sont d'origine humaine. La foudre constitue la seule cause naturelle de départ de feu, mais elle représente moins de 10 % des cas.

Les incendies d'origine humaine peuvent être liés à :

  • des négligences ou imprudences (mégots de cigarette, barbecues, travaux produisant des étincelles, feux mal maîtrisés, etc.) ;
  • des accidents (véhicule en feu, défaillance d'équipements ou d'installations) ;
  • des actes volontaires

Si les incendies sont majoritairement d’origine humaine, les effets du changement climatique renforcent les conditions à leur déclenchement et surtout leur propagation. Les épisodes de sécheresse plus fréquents et plus intenses, les vagues de chaleur, les températures élevées, le faible taux d'humidité de l'air et le vent assèchent la végétation et la rendent plus inflammable. Cette année s’ajoute, un hiver particulièrement pluvieux qui a favorisé le développement de la végétation basse notamment.
Ainsi, lorsqu'un feu se déclare, il peut se propager plus rapidement, être plus difficile à maîtriser et parcourir des surfaces beaucoup plus importantes qu'auparavant.

Pour qu'un incendie se développe, plusieurs facteurs doivent se combiner.

Le premier est l'état de la végétation : plus elle est sèche, plus elle s'enflamme facilement. La météo joue également un rôle majeur. Les fortes chaleurs, l'air sec et surtout le vent favorisent une propagation rapide des flammes.

Le relief intervient lui aussi : un feu monte généralement plus vite une pente qu'il ne progresse sur un terrain plat.

Enfin, la quantité de végétation combustible et la continuité de cette végétation sont déterminantes. Lorsque les herbes, arbustes et arbres forment un couvert dense continu, le feu peut avancer sans rencontrer de zones où il perdrait de la puissance.

Dans les situations les plus extrêmes, le vent peut transporter des débris ou des braises sur plusieurs centaines de mètres. Ces sautes de feu créent alors de nouveaux foyers loin du front principal et compliquent fortement la lutte contre l'incendie et accélèrent la vitesse de propagation de l'incendie.

Pour évaluer rapidement le risque de départ et de propagation des feux de forêt, les services de secours s'appuient sur la règle des trois 30. Celle-ci indique qu'un risque élevé est présent lorsque trois conditions météorologiques sont réunies simultanément : une température supérieure à 30 °C, une humidité de l'air inférieure à 30 % et un vent supérieur à 30 km/h.

Pas forcément. Lors d'un incendie, plusieurs termes sont utilisés pour décrire l'évolution de la situation, mais ils ne signifient pas tous que le feu est éteint.

Un feu fixé est un feu dont la progression a été stoppée grâce à l'action des secours. Il reste des flammes ou des foyers actifs à l'intérieur de la zone brûlée. Sa surface n'évolue alors que très peu.

Un feu est dit maîtrisé lorsque les principaux foyers sont sous contrôle et que le risque de propagation est fortement réduit. Les pompiers poursuivent néanmoins leur surveillance et leurs interventions pour traiter les points chauds encore présents.

Le feu est ensuite circonscrit lorsque l'ensemble de son périmètre est délimité et qu'il ne peut plus s'étendre au-delà de la zone concernée.

Enfin, un feu éteint signifie qu'il n'existe plus aucun foyer actif et que le risque de reprise est écarté.

Autrement dit, un incendie peut être fixé, maîtrisé ou circonscrit tout en restant actif. Seul un feu éteint marque véritablement la fin de l'incendie.

Un feu extrême décrit avant tout le comportement de l'incendie.

Il se caractérise par une forte intensité, une vitesse de propagation élevée et une difficulté importante à être maîtrisé. Ces caractéristiques sont favorisées par la sécheresse, le vent, les températures élevées et l'abondance de combustible.

Un mégafeu désigne quant à lui un incendie d'ampleur exceptionnelle, notamment par la surface parcourue, la durée de l'événement, les dégâts occasionnés et les moyens mobilisés pour le combattre.

Autrement dit, un mégafeu est souvent la conséquence d'un feu extrême qui trouve les conditions nécessaires pour se développer sur une très grande superficie.

Un pyrocumulonimbus est un nuage d’orage formé par la chaleur exceptionnelle dégagée par un incendie très intense. L’air chaud chargé de fumées et de vapeur d’eau monte dans l’atmosphère et peut créer un véritable nuage capable de générer sa propre météo. C’est ce phénomène qui a été observé lors de l’incendie qui touche actuellement la Gironde.

DFCI : les termes Défense des forêts contre les incendies (DFCI) regroupent plusieurs définitions. C’est à la fois le nom d’une partie du Code forestier qui traite de la prévention contre les incendies de forêts, la dénomination des associations syndicales autorisées qui en Nouvelle-Aquitaine s’occupent des équipements du même nom, et le nom de la mission d’intérêt général que l’Etat confie à l’ONF (patrouilles de surveillance, contrôle des obligations légales de débroussaillement, appui aux services de l’Etat…).

PSI : les Patrouilles de surveillance et d’intervention (PSI) de l’ONF assurent une présence sur le terrain pendant la période estivale pour surveiller les massifs, alerter les secours, sensibiliser et intervenir rapidement sur les feux naissants dans l’attente de l’arrivée des sapeurs-pompiers.

PSC : les Patrouilles de surveillance et de contrôle (PSC) de l'ONF parcourent les massifs sur l’ensemble de la France pour des missions de sensibilisation et de contrôle.

OLD : les Obligations légales de débroussaillement (OLD) correspondent à des travaux obligatoires de diminution de la quantité de végétation, notamment aux abords des constructions. Cette opération vise à mieux protéger les constructions contre les incendies en diminuant la quantité du combustible présent en ralentissant la progression d’un incendie et en créant une discontinuité dans la végétation. En savoir plus

RCCI : la Recherche des causes et des circonstances de l’incendie (RCCI) permet de pouvoir identifier les causes de départ de feu et les circonstances dans lesquelles celui-ci s’est produit. Elle est effectuée par une équipe pluridisciplinaire constituée d’un membre des forces de sécurité intérieure, d’un sapeur-pompier et d’un forestier le plus souvent de l’ONF. En savoir plus

Changement climatique et risque incendie

Le changement climatique augmente considérablement le risque, la fréquence, l'intensité et l'ampleur des incendies provoqués par l’activité humaine (9 feux sur 10 sont le fruit d’imprudences, négligences et incivilités). En favorisant les conditions propices aux mégafeux, comme les vagues de chaleur, les sécheresses prolongées et précoces ainsi que le stress hydrique des arbres, il rend les territoires plus vulnérables. Les incendies hors normes de 2022 puis les feux extrêmes qui sévissent aujourd’hui en Gironde notamment, illustrent cette évolution.

Sous l'effet du changement climatique, marqué notamment par l'intensification des vagues de chaleur, des sécheresses et du stress hydrique, la géographie du risque de feux de forêt évolue. Historiquement concentré sur le pourtour méditerranéen, ce risque s’étend désormais à des territoires jusqu'alors moins exposés. En 2022, une part très importante des incendies se situaient hors région méditerranéenne.

Graphique illustrant l'évolution des surfaces incendiées en France entre 1976 et 2025

Selon les experts DFCI (Défense des forêts contre les incendies) de l’ONF, le feu de Saumos, de juillet 2026 en Gironde, a dépassé les précédents records récents, dont ceux établis lors des incendies de Landiras (Gironde) en 2022 et de Ribaute (Aude) en 2025.

Depuis la mise en place des statistiques modernes sur les incendies dans les années 1970, l'année 2026 est marquée par des incendies d'une ampleur exceptionnelle.

Oui, l'année 2026 apparaît déjà comme une année exceptionnelle en matière d'incendies de forêt. Les surfaces parcourues par le feu dépassent largement celles observées lors de la plupart des années récentes, y compris lors de la saison 2022 qui avait fortement marqué les esprits. Les incendies survenus en Gironde, dans les Landes, en Île-de-France, dans le Var ou encore dans la Drôme témoignent de cette situation exceptionnelle et de l'extension géographique du risque de feux de forêt.

Les bilans définitifs seront consolidés à la fin de la saison des feux (fin septembre), mais 2026 s'inscrit déjà parmi les années les plus marquantes connues par la France en matière de feux de forêt.

Forêts, essences et incendies

Toutes les essences forestières ne réagissent pas de la même manière face au feu. Certaines sont plus inflammables que d'autres, mais il n'existe pas d'arbre totalement résistant aux incendies.

Parmi les essences les plus sensibles figurent notamment plusieurs pins, comme le pin maritime, le pin d'Alep, le pin sylvestre ou le pin noir. Leurs aiguilles, la végétation accompagnatrice de ces peuplements et leur structure peuvent favoriser l'inflammabilité et la propagation des flammes.

Une essence adaptée à son environnement résistera généralement mieux qu'une essence soumise à des conditions climatiques qui lui deviennent défavorables.

A noter que la sensibilité d'une forêt aux incendies ne dépend pas uniquement des essences d’arbres qui la composent. La sécheresse, la chaleur, le vent, l'état de la végétation, l'âge du peuplement ou encore les caractéristiques du sol jouent un rôle déterminant.

De manière générale, certains peuplements feuillus présentent une meilleure résistance au feu que de nombreux résineux. Les chênaies, par exemple, sont souvent en peuplement dense ce qui limite le développement d'une importante quantité de végétation au sol. De plus, les chênes disposent souvent d'un feuillage plus riche en eau et d'une écorce plus protectrice, ce qui peut ralentir l'échauffement des tissus vivants.

Mais cette règle connaît de nombreuses exceptions. Lorsqu'une sécheresse sévère s'installe, même des feuillus habituellement moins sensibles peuvent s'assécher, dépérir et devenir très combustibles.

À l'inverse, tous les résineux ne présentent pas le même niveau de vulnérabilité et leur comportement dépend également des conditions locales.

Plus que l'opposition entre feuillus et résineux, c'est souvent le couple "essence-climat" qui détermine la résistance d'une forêt aux incendies. Une forêt bien adaptée à son environnement sera généralement plus résiliente qu'une forêt soumise à un stress climatique important.

La vulnérabilité d’une forêt aux incendies dépend d’un ensemble de facteurs : le climat, la sécheresse, le vent, la quantité de végétation combustible présente au sol, ainsi que l'adaptation des arbres aux conditions locales.

Une même essence peut ainsi présenter des comportements très différents selon la région où elle se trouve. Par exemple, le pin sylvestre est présent dans de nombreuses régions françaises. Il est davantage exposé au risque incendie dans les secteurs méditerranéens, où les étés sont particulièrement chauds et secs, que dans des régions plus fraîches et plus humides.

Le cas du pin maritime en Gironde illustre également cette réalité. Cette essence est naturellement adaptée aux sols sableux et au climat océanique des Landes de Gascogne. Lorsque plusieurs mois de sécheresse, des températures élevées et des vents forts se combinent, la végétation s'assèche fortement et les conditions deviennent favorables à des feux rapides et difficiles à maîtriser.

Avec le changement climatique, certaines forêts pourraient devenir demain plus vulnérables qu'aujourd'hui.

Le pourtour méditerranéen et le massif des Landes de Gascogne restent les régions les plus exposées aux incendies de forêt. Les étés chauds et secs, associés au vent, y créent des conditions particulièrement favorables au départ et à la propagation des feux.

Toutefois, le risque ne se limite plus au sud de la France. Sous l'effet du changement climatique, les épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs deviennent plus fréquents dans de nombreuses régions. Des territoires comme le Centre-Val-de-Loire, la vallée du Rhône ou encore l’Ile-de-France figurent notamment parmi les plus exposés.

Les feux survenus en 2026 en Seine-et-Marne, dans la Drôme, en Côte-d'Or ou dans le Tarn-et-Garonne illustrent cette évolution. Ils montrent que des régions autrefois peu concernées peuvent désormais être touchées par des incendies de grande ampleur.

Cette réalité rejoint les projections des experts du GIEC, qui prévoyaient une extension progressive des conditions favorables aux feux de forêt sur une part croissante du territoire français. Aujourd'hui, aucune forêt française ne peut se considérer à l'abri. Certaines forêts pourraient également devenir plus vulnérables en raison d'autres effets du changement climatique. Dans le quart nord-est, par exemple, les attaques de scolytes fragilisent les peuplements d'épicéas. Les arbres dépérissants et le bois sec qui s'accumulent peuvent alors favoriser des incendies plus intenses lorsque les conditions météorologiques deviennent « favorables ».

La présence d'une seule essence sur de grandes surfaces peut favoriser la propagation d'un incendie, mais elle n'explique pas à elle seule le risque de feu.

La sécheresse de la végétation, le vent, la température, le relief ou encore la quantité de combustible disponible jouent souvent un rôle plus déterminant.

Les peuplements très homogènes peuvent néanmoins être plus vulnérables lorsque la végétation forme un continuum sans interruption. Certaines phases de régénération, riches en jeunes arbres, broussailles et végétation fine, peuvent également favoriser la propagation des flammes.

D'autres situations augmentent aussi le risque, notamment lorsque les forêts sont fragilisées par la sécheresse ou par des ravageurs comme les scolytes. Les arbres dépérissants s'enflamment plus facilement et peuvent contribuer à l'intensité du feu.

C'est pourquoi les forestiers de l’ONF cherchent à développer des forêts mosaïques, composées d'essences, d'âges et de structures variés, pour contribuer à renforcer la résilience des forêts face aux incendies, mais aussi face aux maladies et au changement climatique. Avec le dérèglement climatique, cette approche constitue un atout majeur pour l’avenir des forêts.

Depuis toujours en effet, dans les forêts publiques, l’ONF privilégie le renouvellement naturel : les jeunes arbres poussent à partir des graines disséminées par les arbres adultes déjà en place.  Les forêts domaniales sont majoritairement diversifiées : 60 % des surfaces comptent 4 espèces d’arbres ou plus (données 2024) ; les 40 % restants représentant comptent de deux à quatre essences majoritairement. Avec le dérèglement climatique, les forêts trop homogènes sont plus vulnérables (tempêtes, sécheresses, maladies).

 

Tous les bois morts n'ont pas le même effet face au feu. Les petits bois morts, comme les brindilles et les branches fines, peuvent constituer un combustible susceptible de favoriser l'éclosion d'un incendie et la propagation des flammes. Ils jouent toutefois aussi un rôle écologique important : en se décomposant, ils restituent au sol les minéraux nécessaires à la croissance de la végétation et au renouvellement de la forêt. Il est donc nécessaire de trouver un équilibre entre la prévention du risque incendie et la préservation de la biodiversité, en adaptant les pratiques de gestion aux réalités locales et aux caractéristiques de chaque forêt.

Concernant les gros bois morts sur pied ou au sol, ils sont souvent chargés en humidité et présentent peu d'éléments fins et sont donc peu combustibles. Ils constituent également des refuges pour de nombreuses espèces animales. Le bois mort est essentiel en forêt car il héberge entre 25 et 30 % de la biodiversité forestière et participe au bon fonctionnement des écosystèmes forestiers.

L'ONF assure une mission de Défense des Forêts Contre l'Incendie (DFCI) tout au long de l'année pour le compte de l’Etat. Son action repose sur trois axes complémentaires :

Prévenir
Dès l'automne, les équipes aménagent et entretiennent certains ouvrages DFCI : pistes d'accès, citernes, points d'eau, etc. Ils en débroussaillent notamment les abords (le débroussaillement consiste à couper la végétation basse, permettant de réduire la masse combustible sans remettre en cause la vocation forestière). Les forestiers participent aussi au contrôle des obligations légales de débroussaillement (OLD) en accompagnement des collectivités et de l'Etat. En été, la prévention continue avec la réalisation de patrouilles de surveillance, de sensibilisation du public, de contrôle de la réglementation et même de primo-intervention sur les feux naissants. En analysant la teneur en eau des végétaux, les équipes de l’ONF participent à la qualification du danger en lien avec Météo-France et aident à la décision pour le déploiement des dispositifs pour surveiller les massifs.

Accompagner les actions de lutte
Quand un incendie se déclare, les agents de l'ONF interviennent en appui des sapeurs-pompiers en participant aux guiages des moyens sur le terrain et en aidant à l'élaboration de la cartographie en temps réel des zones incendiées ainsi que le suivi de l'évolution prévisionnelle du feu.

Accompagner la reconstitution des forêts
Après un incendie, place à la recherche des causes aux côtés de la gendarmerie et des sapeurs-pompiers. Sur le terrain, les équipes réalisent les travaux de sécurisation d'urgence et de préservation des sols contre l'érosion. Elles accompagnent ensuite la reconstitution de l'espace forestier brûlé dans les forêts publiques : si le couvert forestier se régénère en grande partie naturellement, certaines interventions peuvent être nécessaires pour favoriser sa résilience et son adaptation au changement climatique.

Feux de forêts et biodiversité

Les incendies peuvent avoir des effets importants sur la biodiversité, mais leur ampleur est souvent difficile à mesurer immédiatement.

Certains impacts sont visibles dès les premiers jours : destruction de la végétation, dégradation des habitats naturels, disparition de nids, de gîtes ou d'abris. D'autres conséquences sont plus discrètes : déplacement d'espèces, perturbation des chaînes alimentaires ou modification durable des équilibres écologiques.

Toutes les espèces ne sont pas affectées de la même manière. Les animaux les plus mobiles, comme les cerfs, chevreuils, sangliers ou oiseaux adultes, peuvent souvent échapper aux flammes. En revanche, les jeunes animaux ainsi que les espèces peu aptes à fuir rapidement, comme de nombreux reptiles, insectes ou petits mammifères, sont particulièrement vulnérables. L'importance des impacts dépend également de la saison : en été, les incendies touchent peu les nichées d'oiseaux, car la nidification est généralement achevée depuis juin.

L'impact sur la biodiversité dépend également de nombreux facteurs, notamment l'intensité du feu, sa durée et la surface parcourue. Il peut aussi être atténué par la présence de refuges, qu'il s'agisse de zones épargnées au sein du périmètre incendié ou de micro-refuges dans les secteurs brûlés. Des espèces ou organismes peuvent notamment trouver protection en profondeur dans le sol ou sous des bois morts humides, particulièrement lorsque le feu est peu intense et se propage principalement en surface.

Les premiers dégâts sont visibles immédiatement. Les véritables conséquences sur la biodiversité, elles, ne se révèlent souvent qu'au fil des mois et des années.

La première étape consiste à comprendre précisément ce qui a été touché.

Les équipes de l'ONF réalisent d'abord des observations de terrain pour identifier les conséquences visibles sur les habitats, les sols et la flore. Mais ces premiers constats ne suffisent pas à mesurer l'impact global sur la biodiversité.

Pour cela, des suivis sont mis en place dans la durée par les naturalistes de l'ONF, en partenariat avec les associations environnementales. Dans le cadre de ses programmes de surveillance de la biodiversité en forêt publique, l'ONF dispose en effet de nombreuses données recueillies avant les incendies, ce qui permet de comparer l'état de la biodiversité avant et après le feu.

Ces inventaires servent ensuite à orienter les actions de gestion et de restauration lorsque cela est nécessaire : protection d'habitats sensibles, suivi du retour des espèces, accompagnement de la régénération naturelle ou restauration de certains milieux.

La gestion du bois mort repose sur un équilibre entre prévention des incendies et préservation de la biodiversité. Des forêts plus diversifiées et plus résilientes résistent généralement mieux aux aléas climatiques, stockent davantage de carbone et sont mieux armées face aux conséquences du changement climatique. Pour autant, cela ne signifie pas que tout le bois mort doit être conservé partout. La gestion forestière et la réglementation de prévention contre les incendies adaptent les interventions aux enjeux locaux. Le débroussaillement constitue ainsi un outil de prévention ciblé : il vise principalement à réduire la végétation la plus inflammable, comme les broussailles, les herbes sèches et les petits bois morts qui facilitent la propagation des flammes sur des zones précises. Réalisé notamment le long des pistes, des routes, à proximité des habitations ou sur les zones de coupures de combustible, il permet de ralentir la propagation d'un incendie et à faciliter l'intervention des secours tout en préservant les éléments essentiels au fonctionnement de l'écosystème forestier.  En revanche, un débroussaillement généralisé au cœur des peuplements forestiers n'a pas de sens au regard des objectifs recherchés. Cette approche permet ainsi de rendre compatibles, sur un même espace forestier, les enjeux de défense des forêts contre l'incendie et de protection de l’environnement.

 

Après un incendie, il est naturel de vouloir aider les animaux en mettant de l'eau à leur disposition. Cette mobilisation est précieuse et témoigne d'une réelle préoccupation pour la faune sauvage. Cependant, en forêt, installer des abreuvoirs ou déposer des bassines d'eau n'est pas toujours la solution la plus adaptée.

D'abord, les besoins des animaux sauvages sont difficiles à évaluer depuis l'extérieur. Les interventions en milieu naturel doivent tenir compte de la sécurité, des opérations en cours et de l'équilibre écologique des sites. Par ailleurs, après un incendie, une grande partie des massifs concernés peut être interdite d'accès pour des raisons de sécurité.

Il faut aussi savoir qu'un point d'eau artificiel peut avoir des effets indésirables s'il est mal conçu ou insuffisamment entretenu :

  • Il peut devenir un piège pour certains petits animaux ;
  • Il peut concentrer de nombreuses espèces au même endroit ;
  • Il peut favoriser la transmission de maladies lorsque l'eau stagne ou que les contenants ne sont pas régulièrement nettoyés.

C'est pourquoi l'ONF et ses partenaires, notamment les associations de protection de la nature, recommandent de ne pas multiplier les installations spontanées d'abreuvoirs en forêt.

Si vous souhaitez mettre de l'eau à disposition des animaux, il est préférable de le faire chez vous, dans votre jardin ou sur votre terrain :

  • Utilisez un récipient peu profond ;
  • Disposez une pierre ou un morceau de bois permettant aux petits animaux de ressortir facilement ;
  • Renouvelez l'eau régulièrement ;
  • Nettoyez le contenant pour éviter le développement de maladies.

En résumé : la meilleure façon d'aider la faune sauvage n'est pas forcément d'intervenir en forêt. Des gestes simples réalisés chez soi sont souvent plus sûrs et plus bénéfiques pour les animaux.

Après l'incendie

Après un incendie, les forestiers de l'ONF interviennent d'abord pour sécuriser les zones touchées. Soumis à un stress intense lors du passage du feu, les arbres brûlés sont fragilisés et certains peuvent menacer de tomber, présentant un risque pour les équipes intervenant sur le terrain.

Les arbres brûlés sont également plus vulnérables aux attaques de ravageurs comme les scolytes qui s’introduisent sous l’écorce pour y pondre leurs œufs ou le nématode du pin, un ver ravageur détecté en 2025 qui est attiré par les bois brûlés.

Face à ces risques, les forestiers évacuent en priorité les arbres menaçant de tomber, puis les bois morts. Parallèlement , ils assurent une surveillance de l'état sanitaire des zones incendiées afin de détecter rapidement d'éventuels foyers de ravageurs.

Si une infestation est constatée, des mesures adaptées peuvent être mises en œuvre, notamment l’enlèvement des arbres concernés. Ces interventions précoces permettent de limiter la propagation des ravageurs et de préserver la santé des peuplements forestiers environnants.

Pour autant, tous les bois brûlés ne sont pas systématiquement retirés. Lorsque les conditions le permettent, certains arbres morts sur pied ou au sol peuvent être conservés pour leur intérêt écologique. Ils constituent en effet des habitats pour de nombreuses espèces et participent au fonctionnement des écosystèmes forestiers.

Après un incendie, la priorité n'est pas de replanter immédiatement, mais d'abord d'observer comment la forêt réagit.

La nature possède souvent une capacité de résilience remarquable. Dans les mois qui suivent le feu, les premiers signes de reprise apparaissent rapidement : fougères, genêts, herbacées et autres végétaux recolonisent spontanément les espaces brûlés. Les forestiers suivent alors cette dynamique naturelle afin d'évaluer si la forêt est capable de se régénérer seule.

Dans de nombreux cas, cette régénération naturelle suffit. Les graines déjà présentes dans le sol, apportées par le vent ou transportées par les animaux permettent une recolonisation progressive du milieu. Certaines espèces, comme les pins, bénéficient même de la chaleur du feu qui favorise l'ouverture de leurs cônes et la libération des graines. Les arbres feuillus peuvent également repartir à partir de leurs souches ou de leurs racines.

L'objectif est donc d'accompagner cette reprise naturelle plutôt que d'intervenir systématiquement.

Pour en savoir plus : 

Après un incendie, que font les forestiers pour sécuriser et reconstruire la forêt ?

Reconstruire une forêt après un incendie ne consiste pas seulement à planter des arbres. C'est avant tout comprendre comment elle se régénère naturellement et intervenir uniquement lorsque cela est nécessaire.

La reconstruction d'une forêt s'inscrit dans le temps long. Si les premières repousses permettent souvent de reverdir rapidement le paysage, plusieurs décennies sont nécessaires pour retrouver une forêt adulte. Les décisions prises après un incendie engagent donc l'avenir de la forêt pour de nombreuses années.

Lorsque des plantations sont réalisées, les forestiers privilégient des essences diversifiées, adaptées aux conditions locales et plus résistantes au changement climatique. L'objectif est de construire des forêts plus résilientes face aux sécheresses, aux maladies et aux incendies de demain.

Les plantations sont envisagées lorsque la régénération naturelle est insuffisante ou ne permet pas de répondre aux enjeux de la forêt.

C'est par exemple le cas lorsque la forêt joue un rôle de protection contre certains risques naturels, lorsqu'elle présente des enjeux patrimoniaux particuliers ou lorsqu'elle répond à des objectifs de production forestière.

Pour en savoir plus : 

Après un incendie, que font les forestiers pour sécuriser et reconstruire la forêt ?

Après un incendie, la forêt ne se reconstruit pas en quelques années. Si les premières repousses apparaissent souvent dès les mois qui suivent le feu (fougères, genêts, herbacées...), le retour d'une forêt adulte demande plusieurs dizaines de décennies. La nature joue un rôle essentiel dans cette reconstruction, que les forestiers de l'ONF accompagnent lorsque cela est nécessaire afin de favoriser des forêts plus résilientes face au changement climatique.

 

À La Teste-de-Buch, les suivis menés par l'ONF ont montré une reprise naturelle importante du pin maritime, l'essence emblématique du massif. Les forestiers ont également observé l'apparition spontanée de jeunes chênes, témoignant de la capacité du milieu à se diversifier naturellement après le passage du feu. Contrairement à une idée reçue, les forestiers ne replantent pas immédiatement après un incendie. Leur première mission est d'observer la capacité de la forêt à se régénérer naturellement. Cette phase d'observation dure généralement trois à quatre ans, afin d'évaluer précisément la reprise de la végétation et d'identifier les secteurs où une intervention est réellement nécessaire.

Lorsque la régénération naturelle s'est révélée insuffisante, des plantations ont été engagées sur environ 80 hectares. L'objectif n'était pas de recréer à l'identique la forêt d'avant l'incendie, mais de construire des peuplements plus résilients face au changement climatique et aux incendies de demain.

Le pin maritime reste l'essence principale plantée, car il est particulièrement adapté aux conditions du massif des Landes de Gascogne. Cependant, les forestiers ont également introduit des chênes liège, et des chênes tauzin afin d'augmenter la diversité des peuplements. Cette diversification doit permettre de renforcer la résilience écologique de la forêt à long terme.

Cette démarche illustre la philosophie des forestiers après un incendie : laisser d'abord la nature exprimer sa capacité de régénération, puis intervenir de manière ciblée uniquement là où cela est nécessaire.

Pour en savoir plus : 

Après un incendie, que font les forestiers pour sécuriser et reconstruire la forêt ?