Après un incendie, que font les forestiers pour sécuriser et reconstruire la forêt ?
La phase de gestion post-incendie mobilise de nombreux acteurs du territoire, avec un double objectif :
- garantir la sécurité du public
- favoriser la régénération des milieux naturels
Dans les forêts qu’il gère, l’Office national des forêts (ONF), en lien avec les collectivités et les services de l’État, joue un rôle central.
Première urgence : sécuriser les lieux
Les forestiers de l’ONF mettent en œuvre des actions prioritaires pour garantir la sécurité des personnes et prévenir les risques secondaires. Certains accès ou secteurs en forêt peuvent être temporairement interdits au public afin de protéger les usagers. Des arbres fragilisés par le feu peuvent en effet chuter à tout moment.
Les équipes procèdent alors à des travaux de sécurisation des chemins, identifient les arbres dangereux et nettoient les équipements hydrauliques dans les zones sensibles, notamment en montagne, pour prévenir les crues ou les coulées de boue.
Une expertise des risques secondaires est également menée : érosion, instabilité des sols, chutes de blocs ou crues torrentielles sont autant de menaces à anticiper.
Une étude de restauration de terrain incendié (RTI) peut être réalisée par les équipes de l’ONF à la demande des communes sinistrées. Il s’agit d’apporter une expertise sur les risques post incendie : chute d’arbres calcinés menaçant des enjeux, éboulements, glissements de terrain ou éventuelles inondations, puis de faire des propositions de réhabilitation des espaces incendiés.
il faut examiner ce qui a été brûlé et avec quelle intensité pour pouvoir déterminer les techniques à mettre en œuvre pour la reconstitution
Observer avant d’agir
Une fois la zone sécurisée, vient le temps de l’observation et l’analyse. Faut-il planter pour permettre à la forêt de repousser au plus vite ? Pas toujours, indiquent les experts de l'ONF. D'un point de vue écologique comme économique, les plantations représentent un investissement important, sans garantie de réussite selon les régions et les types de peuplements sinistrés. Le propriétaire forestier ne s’y résout donc que lorsque c’est la seule option permettant de répondre aux objectifs de gestion de la forêt. C’est le cas lorsque la régénération naturelle s’installe difficilement après l’incendie, alors que l’état boisé est souhaitable, voire nécessaire, par exemple pour la protection contre les risques naturels.
Nous avons observé que de nouvelles graines sont présentes naturellement sur le sol après l’incendie, car la chaleur a favorisé l’ouverture des cônes des pins
En zone méditerranéenne, la forêt est relativement résiliente au feu. Les forestiers laissent alors la nature se régénérer par elle-même après un incendie. "Si on ne replante pas, c’est avant tout parce que les arbres finissent toujours par repousser, même si c’est plus long", explique Frédéric Prodhomme, forestier spécialisé DFCI qui a vu, en juillet 2017, un incendie brûler 1 200 hectares de pins et de chênes dans le Parc naturel du Luberon.
Pour retrouver des arbres de 10 à 20 mètres de haut, il faudra en moyenne 70 à 100 ans. Mais trois à cinq années suffisent pour atténuer l’impact visuel sur le paysage avec la couverture du sol par des herbacées et les premières repousses des espèces arbustives et arborées.
Valoriser les bois brûlés
Au cours d’un incendie, seules les parties fines de la végétation brûlent. Les troncs vivants ne se consument pas forcément totalement, seule leur surface est partiellement carbonisée et noircie.
Les bois brûlés font l’objet d’une expertise : certains peuvent être valorisés en bois énergie, d’autres servir à des aménagements anti-érosion (fascines, marches en bois, etc.). Dans certains cas, les arbres trop abîmés sont laissés sur place, notamment pour enrichir naturellement les sols.
Vite récoltés, les bois restent donc exploitables. Mais les impacts et traces superficielles de l’incendie peuvent conduire à un déclassement de leurs usages possibles. Les pins seront valorisés pour l’énergie dans les grandes centrales à biomasse régionales, tandis que les chênes, s'ils sont en bon état, alimenteront la filière bois de chauffage. Sinon ils seront directement broyés avec les pins pour l’énergie. Le pin d’Alep, qui est souvent transformé en pâte à papier, ne pourra plus l’être si le bois est noirci.
Reconstruire la forêt sur le temps long
Un principe fondamental guide cette phase : ne pas précipiter les décisions. La nature a souvent sa propre capacité de résilience. Celle-ci est souvent remarquable. La reconstitution forestière s’inscrit dans le temps long. Elle repose sur une observation attentive de la dynamique naturelle et, si nécessaire, sur des actions ciblées.
Régénération naturelle
Dans les mois qui suivent l’incendie, la végétation basse – fougères, genêts, herbacées – réapparaît spontanément. Les forestiers accompagnent cette dynamique naturelle, tout en évaluant la nécessité d’interventions complémentaires à plus long terme.
Bien souvent, la régénération naturelle suffit : les graines présentes dans le sol, transportées par le vent ou les animaux, ainsi que les rejets de souches des arbres feuillus, permettent une recolonisation progressive du milieu. Les forestiers veillent à ce que cette dynamique s’installe dans de bonnes conditions et l’accompagnent dans le temps.
Plantations
En revanche, lorsque la régénération naturelle est insuffisante ou inadaptée aux enjeux locaux – qu’ils soient paysagers, patrimoniaux ou liés à la production forestière – des plantations peuvent être envisagées.
Celles-ci sont alors réalisées en privilégiant la diversité des essences forestières, l’introduction d’espèces plus résistantes au changement climatique ainsi que l’installation d’espèces qui adultes procurent un couvert dense moins vulnérable aux incendies futurs.
Les différentes phases de reconstruction de la forêt
Assurer le retour de la biodiversité
Les feux de forêt ont des conséquences majeures sur la faune sauvage. Au-delà de la disparition d'une grande partie de la faune (seuls les grands mammifères et quelques oiseaux parviennent à prendre la fuite), le feu détruit également de nombreux habitats indispensables à leur survie : arbres creux, zones de refuge, points d'eau, espaces de nourrissage ou de reproduction. La disparition ou la dégradation de ces ressources peut fragiliser durablement les populations animales.
Contraintes de quitter les zones sinistrées, certaines espèces se retrouvent en concurrence pour accéder à de nouveaux territoires et à des ressources devenues plus rares. Dans leur déplacement, elles peuvent aussi être davantage exposées aux dangers liés aux activités humaines, notamment aux collisions avec les véhicules.
Après l'incendie de la colline du Vaucluse en 2017, il a fallu deux ans pour que lièvres, perdrix, sangliers et chevreuils regagnent les lieux. Pour les petits mammifères, leur retour a pris plus de temps.
Ce qui nous inquiète, c'est la petite faune : tout ce qui est reptiles, amphibiens, insectes. Eux n'ont sans doute pas eu le temps de partir
Tirer les leçons de l’incendie
Enfin, chaque feu est aussi une source d’apprentissage. Il permet d’adapter l’aménagement du territoire, de renforcer les dispositifs de Défense des forêts contre les incendies (voies d’accès, citernes…) et de mieux préparer les forêts aux risques climatiques à venir.
La forêt se reconstruit dans le temps long, le temps nécessaire pour qu’un arbre devienne adulte. Les forestiers interviennent à chaque étape de ce processus pour que les forêts grandissent dans les meilleures conditions.
DFCI, une mission d'intérêt général confiée par l'Etat
Certaines interventions menées après un incendie sont également assurées par les agents de l’ONF, dans le cadre de la mission d’intérêt général Défense des forêts contre les incendies (DFCI) confiée par l’État.
- Cartographie de l’incendie : des cartographies du contour et de la sévérité de l’incendie sont élaborées à partir d’images satellitaires.
- Recherche des causes : une expertise des zones parcourues par le feu est réalisée juste après le passage de l’incendie. Des équipes interservices spécialisées (RCCI), composées d’un sapeur-pompier, d’un officier de police judiciaire et d’un forestier de l’ONF, réalisent une expertise des zones touchées afin de déterminer l’origine et les causes du sinistre. Les données recueillies par ces équipes, ainsi que par l’ensemble des acteurs impliqués sont ensuite centralisées dans une base nationale : la BDIFF (Base de Données sur les Incendies de Forêts en France).
- Analyse post-événement : elle s’effectue pour les feux les plus importants. Un retour d’expérience est organisé en collaboration entre les différents services concernés : sapeurs-pompiers, services de l’État, ONF, collectivités, etc.
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