En forêt d’Ermenonville, l’ONF surveille la sécheresse de la végétation

Depuis le début de l’été, la forêt domaniale d’Ermenonville (Oise) accueille la première placette hydrique des Hauts-de-France. Chaque semaine, les techniciens forestiers y mesurent la teneur en eau de la végétation afin d'évaluer le niveau de sécheresse et anticiper le risque de feux de forêt.

Face à l'augmentation du risque incendie liée au changement climatique, l'État a renforcé le dispositif national de surveillance de la sécheresse des végétaux. Historiquement concentré sur le pourtour méditerranéen, ce réseau compte aujourd'hui 123 sites répartis sur l'ensemble du territoire. La forêt domaniale d'Ermenonville est devenue, cet été, le premier site équipé dans les Hauts-de-France.

Cette surveillance permet de suivre l'état hydrique de la végétation, un indicateur essentiel pour évaluer la sensibilité des massifs forestiers aux départs de feu. Les données collectées alimentent ensuite les analyses de Météo-France et des services de l'État afin d'adapter les dispositifs de prévention et de lutte contre les incendies.

Vue de la forêt domaniale d’Ermenonville avec ses peuplements forestiers résineux et au milieu un sol sableux, identifiés par le SDIS comme présentant un très haut degré de sensibilité aux feux de forêt
D’une superficie de 3 300 hectares, la forêt domaniale d’Ermenonville est composée pour moitié de peuplements forestiers résineux, sur un sol sableux, identifiés par le SDIS comme présentant un très haut degré de sensibilité aux feux de forêt - ©Elise Picquet / ONF

Un protocole scientifique rigoureux

Un forestier et une forestière prélèvent des pousses de callune et de genêt, typiques de la végétation de la forêt d'Ermenonville.
Prélèvement des pousses de callune et de genêt, typiques de la végétation de la forêt d'Ermenonville. - ©Elise Picquet / ONF

Chaque semaine, aux heures les plus chaudes de la journée, des forestiers spécialement formés réalisent des mesures selon un protocole développé par l'INRAE.

En forêt d’Ermenonville, les agents observent d'abord l'état de la végétation sur une sélection de buissons représentatifs du massif. Ils évaluent notamment la proportion de matière sèche visible, signe du stress hydrique subi par les plantes.

Ils prélèvent ensuite des pousses de callune et de genêt, deux espèces emblématiques des landes sableuses d'Ermenonville. Les échantillons sont pesés puis analysés à l'aide d'une balance dessiccatrice permettant de déterminer leur teneur en eau. Cette mesure renseigne précisément sur le degré de sécheresse de la végétation.

Lorsque la teneur en eau devient faible, la végétation est davantage susceptible de s'enflammer et de favoriser la propagation d'un incendie. Un taux inférieur à 40 % traduit déjà un stress hydrique important.

 

Une situation préoccupante en ce début d'été

La dessiccatrice indique une teneur en eau inférieure à 30 %.
La dessiccatrice indique une teneur en eau inférieure à 30 %. - ©Elise Picquet / ONF

Sur le terrain, les forestiers constatent depuis plusieurs semaines les effets du manque d'eau : jaunissement des feuilles, dessèchement de certaines espèces et augmentation de la proportion de végétaux morts.

Les relevés réalisés en juillet montrent une baisse rapide du taux d'humidité de la végétation. Certaines mesures ont récemment franchi le seuil des 30 %, correspondant à un niveau de sensibilité très forte au feu. Ces observations confirment l'installation précoce d'une sécheresse marquée dans le massif.

Au-delà de la teneur en eau, l'ONF suit également depuis 2023 la part de combustible mort présente sur les végétaux. Cet indicateur complémentaire permet de mieux caractériser le comportement potentiel du feu en cas de départ d'incendie.

C’est une situation très préoccupante en termes de sécheresse. Et pas seulement à Ermenonville. Toutes les placettes, partout en France, mesurent des niveaux de sécheresse qu'on aurait normalement fin août, plutôt que mi-juillet.

Laure Gautier, technicienne forestière territoriale

Un outil d'aide à la décision pour protéger les forêts

Associées aux prévisions météorologiques (températures, vent et précipitations), les données recueillies sur la placette d'Ermenonville contribuent à l'élaboration du niveau de danger feu de forêt. Elles permettent d'orienter le positionnement des moyens de surveillance et de lutte, qu'il s'agisse des patrouilles de prévention de l'ONF et des sapeurs-pompiers.

Des forestiers et des équipes SDIS discutant autour d'une voiture de patrouille des équipes Défense des forêts contre les incendies (DFCI) de l'ONF
Collaboration SDIS et ONF sur des sites d'entraînement en forêt.

Cette surveillance s'inscrit dans le cadre de la mission d'intérêt général de Défense des forêts contre les incendies (DFCI) confiée par l'État à l'ONF. Grâce à ce suivi fin et régulier, les forestiers disposent d'indicateurs objectifs pour anticiper les périodes à risque et renforcer la protection des forêts des Hauts-de-France face à un aléa désormais bien présent sur le territoire.