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Scolytes : comment les forestiers de l'ONF surveillent et gèrent l'épidémie dans les forêts françaises

Présents naturellement dans les écosystèmes forestiers, les scolytes prolifèrent depuis 2018 dans les peuplements d’épicéas de nombreuses régions françaises, causant d’important dégâts. Comment les scolytes attaquent-ils les arbres ? Pourquoi leur pullulation s’est-elle accélérée depuis 2018 ? Quelles actions les forestiers mettent-ils en œuvre ? Éclairage sur une crise sanitaire qui transforme durablement les paysages forestiers.

Qu’est-ce qu’un scolyte ?

Les scolytes constituent une large famille d’insectes naturellement présents dans notre écosystème. Leur taille varie entre deux et sept millimètres. Beaucoup de scolytes sont spécifiques d’une essence en particulier. Pour l’épicéa, on parle du typographe et du chalcographe, pour le pin sylvestre du sténographe, pour le sapin du curvidenté…

Le typographe est le scolyte commettant les plus gros dégâts dans les forêts d’épicéas, notamment dans le Grand Est. En creusant des galeries dans le cambium (une fine couche sous l’écorce) pour y déposer leurs œufs, les femelles condamnent des arbres par milliers.

2018, début de la crise des scolytes

Initialement déclenchée en région Grand Est, l'épidémie de scolytes s'étend désormais sur la quasi-totalité des forêts d'épicéas, de la moitié nord de la France (Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France, Normandie) à l’Auvergne Rhône-Alpes. Ces insectes, dont la taille varie entre deux et sept millimètres, sont naturellement présents dans notre écosystème. Le typographe est le scolyte commettant les plus gros dégâts dans les forêts d’épicéas, notamment dans le Grand Est. En creusant des galeries dans le cambium (une fine couche sous l’écorce) pour y déposer leurs œufs, les femelles condamnent des arbres par milliers.

Partout où l'épidémie frappe, une modification de l'aspect paysager est à prévoir. Au-delà des coupes exceptionnelles, le dépérissement des épicéas modifie l'aspect de la forêt. En effet, les arbres attaqués par les scolytes sont facilement identifiables par le changement de la couleur de leurs aiguilles, virant du vert au brun, puis par leur disparition totale.

Plus de 110 000 hectares de peuplements d'épicéas ont été sinistrés depuis 2018, début de la crise.

En images et en vidéo l'épidémie de scolytes de l'épicéa

©ONF

Comment une telle crise a pu voir le jour dans les forêts françaises ?

Les conditions climatiques extrêmes précédant l'année 2018 en France ont engendré de multiples crises sanitaires en forêt. Ces dernières prennent la forme d'une importante prolifération de parasites, insectes et champignons, qui provoquent de sérieux dépérissements dans les peuplements. Ainsi, les effets conjugués des printemps et des étés depuis 2018, exceptionnellement chauds et secs, ont entraîné une prolifération de scolytes dans les pessières (forêts d'épicéa).

Comment les forestiers agissent face aux scolytes

1/ Cartographier l’épidémie
En coordination avec le ministère de l'Agriculture et de l'alimentation, l'ONF, les collectivités locales et les acteurs du monde forestier forestier se sont mobilisés depuis 2018 avec pour objectif d'établir un état des lieux précis des populations de scolytes sur le territoire.

Ce travail, mené en collaboration avec le département de la Santé des forêts, l'ONF et les partenaires de la forêt privée (CNPF), comprend notamment la réalisation de cartographies utilisant l'imagerie satellite.
 
De son côté, l'ONF a développé des méthodes exploitant les images de satellites (satellite européen Sentinel-2, satellite Spot6-7) sont développées pour mieux répondre aux spécificités locales, en apportant notamment des informations aux territoires non couverts par la démarche initiée par le ministère de l'Agriculture. Ces méthodes, fondées sur un système de télédétection, ont nécessité l'acquisition de données de référence sur des secteurs dont la situation au sol est connue.

Pour ce faire, l'Office s'est appuyé sur un large réseau de techniciens de terrain mobilisés pour fournir ces renseignements. Par ailleurs, la richesse du système d'information géographique de l'ONF (technologie ESRI) a permis de guider les diagnostics de terrain, d'optimiser l'exploitation des parcelles ainsi que leur reconstitution future.
 
En complément, une plateforme permettant de décrire et de localiser des signalements de dégâts de scolytes de manière homogène et simple a été mise en place en 2019 par l’IGN. "L’objectif est de disposer du plus grand nombre possible de zones de dégâts (ou saines) connues et décrites dans les différentes forêts", explique Anne Jolly, responsable du pôle Recherche, développement, innovation à l’ONF. Une fois recueillies de manière collaborative, ces informations alimentent ensuite la mise au point et l’évaluation des méthodes de cartographie des dégâts à partir des images satellites. Cette mise au point de méthodes a été confiée à une équipe spécialisée de l’INRAE.
 
2/ Détecter précocement les attaques
On reconnaît un arbre infesté à des dépôts de sciure sur son tronc et à son pied. Sur le terrain, une des premières mesures à prendre pour enrayer une épidémie de scolytes est la détection précoce. Ce travail demande une minutie toute particulière. "Les trous font à peine quelques millimètres de diamètre. Un promeneur ne pourrait pas les voir", précise Hubert Schmuck, chef de projet complexe environnement et santé des forêts à l’ONF.

Une fois repéré, l’arbre infesté doit être coupé. "Il faut ensuite le débarder le plus vite possible, avant la fin du cycle larvaire pour éviter de contaminer les autres arbres", poursuit Hubert Schmuck. Le bois est ensuite amené en scierie, plongé sous l’eau ou encore écorcé de manière à ce que les larves ne puissent pas terminer leur cycle.

©ONF

Des agents de terrain ont été formés pour reconnaître tous les pathogènes et toutes les causes de dépérissement des arbres. Ils suivent des protocoles d’observation et des prises de mesures systématiques permettant de décrypter les différents phénomènes.

Eric Dubois, adjoint du directeur territorial chargé des questions forestières et des systèmes d'information à l’ONF en Auvergne-Rhône-Alpes.

Forestier constatant les effets des scolytes dans la forêt
Jour après jour, les forestiers constatent les effets des scolytes dans leurs forêts - ©Manon Genin / ONF

3/ Mesurer l’activité des scolytes
Depuis 2019, le département de la Santé des forêts a mis en place un autre stratagème : les pièges à phéromones. Quand les températures sont plus favorables, ces pièges à phéromones de mâles sont installés pour attirer les scolytes femelles. Ainsi, il est possible d’étudier les courbes de vol en fonction des températures. "Cela permet de suivre la dynamique des insectes mois par mois", explique Eric Dubois.
 
4/ Limiter la propagation de l’épidémie
La seule alternative pour limiter l'expansion d’une épidémie étant l'enlèvement rapide des bois, des opérations exceptionnelles de coupes et travaux sont réalisées et encadrées par l'ONF dans les forêts publiques. Pour les peuplements les plus impactés, des coupes d'arbres sanitaires peuvent être envisagées, tout en veillant à la préservation des sols, des vestiges, des sites mémoriels et des espaces naturels. Ces opérations inédites engendrent temporairement des désagréments pour les promeneurs et autres usagers de la forêt, dès lors que l'accès à certains secteurs de la forêt peuvent être interdits au public pour des raisons de sécurité.

Une machine soulevant des grumes
La gestion courante de l'ONF et l'aspect de la forêt vont connaître de multiples perturbations - ©Carine Duret / ONF

En 2026, une épidémie toujours sous surveillance

Si les attaques de scolytes ralentissent depuis 2022, des foyers restent actifs dans plusieurs massifs forestiers, notamment dans le Jura et les départements de l’Ain, de Savoie et de Haute-Savoie. La surveillance des peuplements demeure donc une priorité pour les forestiers qui restent mobilisés.

Pour aller plus loin, découvrez notre bilan de huit années de crise dans les forêts françaises