Des cyclones dévastateurs aux premiers reboisements : retour sur une année de mobilisation
Belal, Garance, Chido : entre janvier 2024 et février 2025, ces trois cyclones tropicaux ont violemment frappé les deux îles françaises de l’Océan Indien, mettant à rude épreuve les forêts et les infrastructures. Retour sur les actions entreprises par les équipes de l’ONF
Des cyclones dévastateurs aux premiers reboisements : retour sur une année de mobilisation
Première à être touchée, l’île de La Réunion avec le cyclone Belal, en janvier 2024, puis, à peine un an plus tard avec Garance, en février 2025. Avec des vents parfois supérieurs à 200 km/h et des précipitations très importantes, les dégâts causés par ces deux cyclones ont surtout porté sur les infrastructures (routes forestières, sentiers, aires d’accueil du public). La végétation a été également très impactée, notamment par Garance qui a causé la destruction de surfaces importantes dans les forêts de cryptomérias et de tamarins (200 hectares abîmés pour ces derniers).
À Mayotte, le cyclone Chido a dévasté l’îleen décembre 2024 : les voies d’accès aux massifs sont devenues impraticables et les limites des forêts ont disparu. Sur les 7 000 hectares de forêt publique, environ 5 000 ont été détruits, comme le rapporte Benoît Loussier, directeur régional pour La Réunion et Mayotte : « Pour les trois quarts des forêts publiques, il n’y a quasiment plus d’arbres debout ou qui conservent des branches. Chido a été beaucoup plus destructeur pour les forêts que les évènements que nous avons connus à La Réunion ».
Une année de mobilisation intense
Les dégâts considérables provoqués par ces cyclones ont déclenché une mobilisation d’ampleur au sein des équipes de l’ONF. Sur l’île de La Réunion, « la première action, dans les deux à trois mois qui ont suivi Belal et Garance, a été de dégager et sécuriser les infrastructures. Nous avons rouvert la majeure partie des routes et des sentiers, et ensuite nous avons réalisé des diagnostics sur les peuplements en commençant par les zones fréquentées, où les enjeux de sécurité sont importants » Aujourd’hui, les équipes travaillent sur la valorisation des tamarins (exploitation, commercialisation) et sur le reboisement progressif : régénération naturelle, plantations.
À Mayotte, l’équipe de dix personnes de l’ONF, avec l’appui d’ONFI (ONF International), a cartographié les dégâts forestiers afin de chiffrer les travaux de reconstitution des peuplements et des pistes forestières. En collaboration avec le Conservatoire botanique national, un travail d’évaluation de l’impact du cyclone sur les espèces à fort enjeu patrimonial a été réalisé afin d’identifier les arbres semenciers encore debout. L’agence ONF a organisé la réouverture des principales pistes d’accès aux massifs, et la matérialisation des périmètres des forêts domaniales afin d’éviter les défrichements illicites et l’implantation de cultures illégales en forêt. À ce stade, les travaux à mener pour reconstituer un couvert forestier d’ici dix à quinze ans, sont très importants.
L’objectif est de s’appuyer sur la régénération naturelle (avec le contrôle des espèces invasives) et d’effectuer des plantations là où ce sera nécessaire : «la capacité actuelle de la filière (pépiniéristes et entreprises de travaux forestiers) de l’île permet de planter de 20 à 50 hectares par an, impossible de reboiser massivement, donc il faut s’appuyer sur la dynamique naturelle», confie Benoît Loussier.
Nous sommes fortement mobilisés pour mettre en place avec l’appui d’ONFI un observatoire du déboisement qui permettra d’assurer une surveillance plus efficace avec des survols de drones et de la photo-interprétation, avec la détection des occupations illégales en forêt. Ce genre d’événements mobilise nos ressources pendant plusieurs mois. Je suis fier du travail accompli par les équipes dont l’action est reconnue par nos partenaires. Il y a une remarquable solidarité entre tous les acteurs. Et c’est formidable car nous avançons tous pour la reconstruction de ces territoires."
Benoît Loussier,
directeur régional pour La Réunion et Mayotte
Nous avons mobilisé le Fonds de dotation ONF-Agir pour la forêt pour financer les travaux de reconstitution du couvert forestier sur des surfaces prioritaires (incendiées, défrichées pour cultures illicites), et nous bénéficions d’un financement de l’État (crédits FEADER et de la planification écologique). Nous initions des travaux depuis fin 2025 avec le département ressources génétiques forestières de l’ONF pour appuyer la reconstitution de l’arboretum du Conseil départemental, principale source de semences avant Chido dévasté par le cyclone. Nous avançons pas à pas en prenant en considération la résilience des forêts et les capacités des acteurs de la filière, notamment les pépinières, afin de répondre à ce défi."