©DELLOUE Tamara / ONF

En Guadeloupe, l’ONF mise sur le reboisement à partir d’essences locales résilientes

Suivis sur le terrain, restauration écologique des milieux, reboisement à partir d’essences locales adaptées , protection de la biodiversité : en Guadeloupe, l’ONF déploie un arsenal d’actions concrètes pour lutter contre les effets du changement climatique.

Les forêts de Guadeloupe souffrent aussi des impacts du réchauffement climatique. Sur l’archipel, les phénomènes météorologiques liés aux deux grandes saisons qui partagent l’année (la saison cyclonique et la saison sèche, appelée «carême») s’intensifient fortement : ouragans, précipitations, sécheresses… «Ces épisodes sont de plus en plus fréquents et mettent à mal les essences forestières, la biodiversité locale, les sols et les habitats forestiers qui n’ont pas le temps de se rétablir entre deux évènements climatiques », explique Mylène Musquet, directrice régionale de l’ONF en Guadeloupe.

Ces manifestations sont visibles un peu partout sur le territoire et dans tous les types de forêts guadeloupéennes.

De nombreuses conséquences sur les peuplements et la biodiversité

L’érosion des littoraux et le recul du trait de côte placent mangroves et autres zones humides du littoral en première ligne. En raison de la montée des eaux, la mer entre dans ces écosystèmes précieux qui sont directement impactés. L’augmentation de la salinité des eaux fragiliserait certaines essences très sensibles à ce phénomène comme le mangle médaille ou le cachiman cochon, principaux arbres de la forêt marécageuse.

Les forêts du littoral sur le sable subissent elles aussi une mortalité significative des essences (le raisinier bord de mer, le catalpa ou le poirier pays), ce qui menace directement leur développement et leur rôle majeur en matière de stabilisation des plages.
Si les stigmates sont plus visibles sur le littoral avec la présence des algues sargasses en particulier, la forêt dense-humide subit également les effets du changement climatique.

Les fréquents glissements de terrain qui dégradent régulièrement les équipements d’accueil (sentiers de randonnées ou carbets), nous obligent également à revoir toute notre stratégie d’aménagement en forêt en maintenant un niveau de sécurité!"

Mylène Musquet, directrice régionale de l’ONF en Guadeloupe

Tous ces milieux se trouvant fortement altérés, sont alors propices à la prolifération des espèces exotiques envahissantes (EEE). «En Guadeloupe comme
dans beaucoup d’autres forêts ultramarines fragilisées, elles représentent une vraie menace pour la biodiversité », insiste-t-elle.


Ce constat, les forestiers de l'ONF le dressent depuis plusieurs années, se dotant alors, pour en comprendre les raisons, d’outils de suivis et de placettes permanentes installés dans différents types de milieux boisés. Avec l’intensification du changement climatique et grâce au financement de la Mission d'Intérêt Général Biodiversité et Paysage, l’ONF a renforcé les dispositifs d’observation afin de suivre les impacts climatiques sur l’ensemble des écosystèmes forestiers, très variés en Guadeloupe. «On sait que des dépérissements pourraient concerner les massifs guadeloupéens, comme c’est le cas aujourd’hui en Guyane. Il faut donc être très vigilant et poursuivre notre suivi. En ce sens, le déploiement d’un inventaire forestier adapté aux spécificités des forêts d’outre-mer permettra de disposer de séries historiques de données quantifiant factuellement les impacts du changement climatique sur nos forêts afin d’agir en conséquence.», indique Mylène Musquet.

L’ONF restaure les milieux fragilisés

Dans le cadre des crédits de l’État fléchés sur le renouvellement forestier, l’ONF en Guadeloupe travaille à la restauration écologique des milieux fragilisés par des opérations de reboisement, enrichissement ou mise en défens (installation de clôtures pour empêcher l’accès à une parcelle). «Si nous voulons voir survivre les forêts guadeloupéennes, la consolidation des espaces dégradés est incontournable. On ne plante donc plus prioritairement pour l’exploitation forestière, mais pour réhabiliter les habitats naturels modifiés par les effets du climat ou les activités humaines.» reconnaît Mylène Musquet.

Concrètement, cela se traduit par des plantations au moyen d’essences locales «indigènes» adaptées aux milieux, comme le raisinier ou le catalpa pour les forêts littorales, et le poirier pays pour les forêts plus denses et humides. De plus, pour assurer l’approvisionnement en semis et la conservation des graines récoltées qui constitueront les forêts de demain, la direction régionale en Guadeloupe bénéficie du soutien financier de la MIG Biodiversité et Paysage et d’une subvention de la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF) pour poser les bases de la structuration d’une filière graines et plants. 

Pépinière d'essences locales - ©ONF

Sur le plan de la préservation de la biodiversité, les forestiers guadeloupéens œuvrent notamment dans le cadre d’un plan national d’action à la réhabilitation des sites de ponte des tortues marines qui fréquentent chaque année, par centaines, les forêts domaniales du littoral. Ces espaces de reproduction, maillon essentiel de la conservation de la tortue imbriquée par exemple, victimes de l’érosion, sont menacés de disparition mettant directement en péril la survie de cette espèce protégée. «Afin de les protéger au mieux, les agents de l’Office contribuent avec d’autres partenaires au suivi des données qu’ils transmettent directement au réseau naturaliste», complète Mylène Musquet.

Tortue verte - ©ONF