À La Réunion, surveillance de massifs forestiers de plus en plus vulnérables
À l’instar des autres territoires ultramarins, l’île de La Réunion subit le changement climatique : évolution du régime des précipitations, allongement des saisons sèches, dépérissements forestiers, intensification des cyclones, érosion de la biodiversité, et risque de feux de forêt.
La défense des forêts contre les incendies, renforcée sur l’île
Depuis les années 2010, le phénomène s’intensifie de façon préoccupante, ce qui a conduit l’État à accroître les moyens alloués à l’ONF pour les actions de défense des forêts contre les incendies (DFCI). Cela s’est traduit par l’installation d’équipements de mise en sécurité dont les résultats ont été rapidement concluants. Pour Benoît Loussier, directeur régional à La Réunion, « ce sont des avancées notables car nous pouvons aujourd’hui aborder ce risque avec davantage de moyens. Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment pour équiper les pistes forestières en citernes et sécuriser les accès grand public de la forêt en période de risque incendie. »
En 2023, l’ONF inaugurait à La Réunion l’installation de la plus grande citerne DFCI, implantée dans le massif des Hauts-sous-le-Vent et les Makes : une zone justement située en bordure des 3 000 hectares incendiés en 2011.
Aujourd’hui, les forêts de l’île sont dotées de treize citernes et de neuf retenues collinaires : des dispositifs permettant de récolter et retenir les eaux de pluie pour les rendre accessibles aux services de secours durant la saison des feux qui s’étend chaque année du 15 septembre au 15 décembre à La Réunion.
Des dépérissements qui s’étendent
L’accélération des dépérissements forestiers se fait également sentir. Selon les résultats du déploiement du protocole DEPERIS sur une cinquantaine d’espèces ces dernières années, l’ONF conclut à 20 % en moyenne d’arbres dépérissants. Dans la notation de ce protocole, la forêt réunionnaise se voit attribuer les notes les plus basses : entre D et F. Des résultats préoccupants.
Si la méthode d’inventaire des forêts ultramarines en cours d’élaboration par l’IGN, l’ONF et ONFI est déployée dans les prochaines années, l’évolution de la croissance biologique des arbres et de la mortalité des peuplements pourra être quantifiée, comme c’est déjà le cas pour l’Hexagone.
Des pistes d’actions et d’adaptation sont envisagées : la migration assistée d’espèces forestières mieux adaptées au climat changeant, le déploiement d’outils de monitoring et la réalisation de suivis naturalistes permettant de connaître l’état de la biodiversité, menacée par la prolifération d’espèces exotiques envahissantes. « On en recense 150 qui nous préoccupent tout particulièrement. Les espèces invasives sont un fléau pour le maintien de la biodiversité locale.» s’inquiète Benoît Loussier.