Villefermoy : le réseau de mares passé au crible

Au cœur de la forêt de Villefermoy, un massif de près de 4 000 hectares situé en Seine-et-Marne dans lequel les mares jouent un rôle discret mais essentiel. Ces petites zones humides, disséminées, abritent une biodiversité remarquable et constituent des refuges indispensables pour les amphibiens. Pour mieux comprendre l’état de ces milieux et orienter les actions de restauration, un inventaire par ADN environnemental a été mené sur douze mares du massif. Ce projet, conduit par l’ONF, a été rendu possible grâce au mécénat de la Caisse d’Épargne.

Un patrimoine naturel fragile à mieux connaître

Particulièrement vulnérables aux perturbations environnementales, les amphibiens figurent parmi les espèces les plus sensibles aux dégradations de leur milieu. Pollution des sols et de l’eau, assèchement des mares, fragmentation des habitats ou encore effets du changement climatique exercent une pression croissante sur leurs populations. Leur présence – ou, au contraire, leur disparition – constitue ainsi un indicateur direct de la qualité écologique des milieux forestiers.

Certaines espèces d’amphibiens bénéficient par ailleurs d’un statut de protection à l’échelle nationale et européenne. Leur identification sur le terrain représente un enjeu majeur : elle permet de définir les secteurs prioritaires pour la conservation de la biodiversité et d’ajuster les pratiques de gestion forestière afin de mieux préserver ces espèces et leurs habitats.

Une mare étudiée par l'ONF
Une mare étudiée par l'ONF - ©ONF

L’ADN environnemental : une technologie au service des gestionnaires des milieux naturels

Afin d’établir un état des lieux précis des populations d’amphibiens, l’Office national des forêts  a mis en œuvre une méthode innovante : l’analyse de l’ADN environnemental. Cette technique repose sur un principe simple : en prélevant de l’eau dans une mare, il est possible d’identifier les traces génétiques laissées par les espèces qui y vivent ou qui la fréquentent ponctuellement.

Cette approche présente plusieurs atouts majeurs. Elle permet d’obtenir un diagnostic à la fois rapide et exhaustif, sans perturber les milieux naturels, grâce à une prospection totalement non intrusive. Elle offre également la possibilité d’explorer des secteurs difficiles d’accès, souvent complexes à inventorier avec des méthodes traditionnelles.

L’analyse a été menée sur un échantillon représentatif des mares du massif, garantissant ainsi la fiabilité et la pertinence des résultats obtenus.

Sept mares restaurées pour renforcer la continuité écologique

À l’issue de l’inventaire, sept mares présentant un état de conservation dégradé ont été retenues pour faire l’objet de travaux de restauration. Implantées au cœur d’un corridor écologique majeur, elles occupent une place essentielle dans les déplacements et la reproduction des amphibiens.

Les interventions menées ont permis de dégager des mares progressivement comblées ou envahies par la végétation, d’améliorer leur capacité d’accueil pour la faune et de renforcer le réseau de zones humides à l’échelle du massif.

Ces actions participent au maintien d’une mosaïque de milieux naturels favorables, indispensable à la préservation et à la survie des espèces patrimoniales.

Transmettre la connaissance : un temps fort avec les scolaires

Parce que la préservation des milieux naturels passe aussi par la sensibilisation, une classe de CE2 de l’école Jules Verne d’Évry-Courcouronnes a été accueillie en forêt pour une demi-journée d’animation. Les élèves ont découvert le rôle des mares, les espèces qui y vivent et les gestes permettant de les protéger. Une immersion qui nourrit leur curiosité et leur conscience écologique.

Une dynamique à poursuivre

Les zones humides de Villefermoy sont reconnues comme habitats d’intérêt patrimonial dans le cadre du site Natura 2000. Leur bon état de conservation est essentiel pour préserver la richesse biologique du massif.

Le nombre important de mares, à des états de conservation variés, ouvre la voie à une poursuite des travaux de réhabilitation dans les années à venir. Le projet pourrait également intégrer un nouveau volet : la détection et la gestion des espèces exotiques envahissantes, notamment certains crustacés aquatiques, qui menacent l’équilibre des mares et les populations d’amphibiens.

Un tractopelle en action affin de remettre en état les mares
Remise en état des mares - ©ONF