Camporells : un projet ambitieux pour restaurer et mieux comprendre les étangs de montagne
Publié en décembre 2025, le rapport du projet de restauration des étangs de montagne des Camporells, porté par l’ONF, le laboratoire GEODE du CNRS et la Fédération des Pyrénées-Orientales de pêche et de protection du milieu aquatique présente les premiers résultats des actions menées pour préserver ces écosystèmes d’altitude dans les Pyrénées-Orientales. Il ouvre également des perspectives de gestion concertée du site au cours des dix prochaines années.
Camporells : un projet ambitieux pour restaurer et mieux comprendre les étangs de montagne
Lancé en 2022, le projet « Actions de restauration d’un complexe d’étangs de montagne et caractérisation approfondie de leur fonctionnement » s’est fixé un double objectif : préserver les écosystèmes d’altitude du massif des Camporells tout en permettant la poursuite des activités de loisirs et économiques comme la randonnée, le VTT, la pêche ou le pastoralisme. Retour sur un premier bilan après quatre ans de travaux et d’études.
Un projet collectif pour un site sensible
Porté par l’Office national des forêts (ONF), le projet a mobilisé de nombreux partenaires scientifiques et techniques : le laboratoire GEODE du CNRS, la Fédération départementale de pêche (FDPPMA 66), le CEAB-CSIC, Sorello ainsi que les bureaux d’études Teleos et Aquabio. Il a bénéficié du soutien financier de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et du Département des Pyrénées-Orientales.
Mené sur quatre ans, il a permis de fédérer les acteurs locaux autour des enjeux de gestion et de restauration des plans d’eau d’altitude et des milieux qui leur sont associés. Une conférence organisée fin 2024 aux Angles a d’ailleurs réuni l’ensemble des parties prenantes pour présenter la démarche et les premiers résultats.
Ce projet a permis de rassembler les acteurs locaux autour de l’intérêt commun de la conservation du patrimoine naturel exceptionnel du territoire. L’enjeu est désormais d’entretenir cette dynamique et de continuer à travailler ensemble pour adapter la gestion du milieu naturel et des activités qui s’y déroulent aux pressions supplémentaires générées par le changement climatique.
Marine Delmas,
cheffe de projet Forêt milieux naturels – référente réserves biologiques à l'ONF
Des milieux fragiles soumis à de multiples pressions
Les étangs de haute montagne du complexe lacustre des Camporells, ainsi que les tourbières qui en dépendent, subissent diverses pressions à l’origine de leur dégradation.
Le projet reposait sur trois grands piliers : restaurer les milieux naturels, améliorer les connaissances scientifiques, et faire évoluer les usages pour mieux prendre en compte certaines fragilités du site (pêche, pastoralisme, tourisme).
Des actions concrètes ont été engagées, comme la dépollution de plans d’eau, l’optimisation de la gestion des eaux du refuge des Camporells, ou encore la valorisation des connaissances auprès du public via une application numérique embarquée.
Relevés effectués dans l'étang de l'Herbier en 2024
Plusieurs mesures opérationnelles ont été mises en œuvre :
protection de zones humides grâce à des barrières limitant l’accès aux randonneurs, Vttistes ainsi qu'au bétail
amélioration de la gestion hydraulique
extraction de déchets dans deux étangs
développement d’un outil numérique d’information à destination des usagers : l'application "Au Coeur des Camporells"
En parallèle, des expérimentations ont été conduites pour mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes et tester des leviers de restauration. Elles ont notamment consisté en un désempoissonnement et une mise en défens du bétail sur un plan d’eau, ainsi qu’un arrêt de l’alevinage sur un autre. Quatre plans d’eau supplémentaires ont été suivis, portant à six le nombre total de sites étudiés pour comparer les effets des mesures.
Les analyses menées ont permis de mieux cerner le fonctionnement des étangs de montagne. L’étude de la thermie et de l’oxygénation a révélé une diminution de l’oxygène dans les zones profondes de certains plans d’eau, malgré un brassage de la colonne d’eau. Cette situation influence le comportement des poissons, qui évitent ces profondeurs moins oxygénées.
Les analyses chimiques de l’eau et des sédiments ont également mis en évidence la présence de polluants liés aux activités humaines. Parmi eux :
des polluants organiques persistants d’origine atmosphérique, issus notamment de l’industrie plastique et des combustions
des molécules liées aux modes de vie (caféine, nicotine, drogues, médicaments comme le paracétamol ou les anti-inflammatoires, produits vétérinaires), d’origine locale
des microplastiques, provenant notamment de la dégradation de pneus dans un plan d’eau, et, pour les autres, d’origines atmosphériques et locales (vêtements techniques, semelles, pneus de VTT)
Des effets positifs des actions de restauration de la biodiversité à confirmer
Les premières conclusions montrent des impacts positifs des actions de restauration sur la biodiversité. Une augmentation de la diversité et de la biomasse de la végétation aquatique et des invertébrés a été observée, notamment pour des taxons indicateurs d’un bon état écologique (non-eutrophisation).
Toutefois, la durée relativement courte de l’étude – trois ans – ne permet pas encore de valider les tendances pour l’ensemble des groupes étudiés, notamment certains suivis à titre expérimental comme les nématodes, les bactéries ou les trématodes.
Des indices de reproduction naturelle des truites ont par ailleurs été relevés, soulignant le potentiel écologique du site.
Ce que je retiens de ce projet, c’est d’abord sa richesse interdisciplinaire et intersectorielle. Si GEODE en était le laboratoire bénéficiaire pour le CNRS et assurait la coordination scientifique, il a fédéré autour de lui plusieurs unités de recherche associées au CNRS, aux compétences très complémentaires.
Florence Mazier,
chargée de recherche CNRS CRCN et directrice adjointe du laboratoire GEODE UMR 5602
Pour Florence Mazier, cette mise en commun des expertises, associée au dialogue avec les gestionnaires et les acteurs du territoire, a permis d’aborder les lacs des Camporells de manière intégrée, en croisant des approches allant de la physico-chimie à l’écotoxicologie, aux microplastiques ou encore à l’ADN environnemental.
Cette complémentarité est essentielle lorsque l'on cherche à comprendre des écosystèmes aussi complexes et sensibles que les lacs d’altitude. Elle permet de ne pas regarder uniquement les effets immédiats d’une action de restauration, mais de replacer celle-ci dans le fonctionnement global du milieu et dans son évolution au cours du temps. Restaurer un écosystème ne se résume pas à une intervention ponctuelle : cela ouvre une nouvelle phase d’observation, pendant laquelle il faut suivre les réponses du milieu, comprendre les mécanismes à l’œuvre et accepter que certains changements ne soient perceptibles qu’après plusieurs années.
C’est pourquoi, insiste Florence Mazier, la poursuite des suivis est essentielle : le temps d’un projet reste souvent trop court pour mesurer pleinement la réponse des écosystèmes et déterminer si les trajectoires observées s’inscrivent durablement dans le temps.
Vers une gestion concertée à long terme
Ces résultats confirment à la fois la qualité des plans d’eau des Camporells et leur sensibilité aux activités humaines. Ils ont permis d’élaborer des propositions de gestion concertée intégrant l’ensemble des usages : pêche, randonnée, pastoralisme et chasse.
Le rapport final propose une feuille de route sur dix ans, structurée en quatre grands axes (gestion opérationnelle, amélioration des connaissances et encadrement des activités humaines, en lien étroit avec les partenaires et les acteurs du territoire) eux-mêmes détaillés en dix-huit fiches actions concrètes.
Ainsi l’étude des zones favorables à la reproduction des truites permettra de poursuivre le travail de rationalisation de l’alevinage initié par la Fédération de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique des Pyrénées-Orientales (FDPPMA 66). La mise en défens partielle de plans d’eau pourrait être testée, en concertation avec les groupements pastoraux. Enfin, la sensibilisation et le contrôle du respect de la règlementation propre au site sera poursuivie afin de préserver le patrimoine naturel pour tous.
Pour Olivier Baudier, directeur de la FDPPMA 66, la gestion durable du site lacustre d’exception des Camporells est un défi complexe. Grâce à une démarche associant usagers, scientifiques et acteurs de terrain, cette complexité n’a pas freiné l’action et nous a permis d’avancer collectivement. Avec seulement trois années de recul depuis la mise en place des actions de restauration, nous devons toutefois rester humbles dans notre compréhension de ces écosystèmes lacustres et zones humides.
Je tiens à rendre hommage à feu Didier Galop, chercheur au laboratoire GEODE, avec qui nous avons imaginé ce projet en étroite collaboration avec l’ONF. Les premiers enseignements soulignent l’importance de poursuivre cette dynamique collective afin de transmettre ce site exceptionnel aux générations futures dans le meilleur état de conservation possible, tout en préservant ses usages. C’est dans cet esprit que nous avons œuvré et continuerons à le faire.
Olivier Baudier,
directeur de la Fédération de pêche et de protection du milieu aquatique des Pyrénées-Orientales