Ermenonville : la réserve biologique de la Haute Chaume, un patrimoine naturel rare à préserver

Dernier refuge de landes et de pelouses sèches en Hauts-de-France, la réserve biologique de la Haute Chaume dévoile un patrimoine naturel rare et fragile. Ces paysages uniques ne survivent aujourd’hui que grâce à une gestion active. Sur le terrain, bergers, forestiers et partenaires unissent leurs forces pour préserver ce joyau écologique.

Au sein de ses 3 326 hectares, la forêt domaniale d’Ermenonville accueille un espace d’exception : la réserve biologique de la Haute Chaume, qui bénéficie depuis 2023 d’un statut de protection renforcé. Elle abrite des habitats de landes et de pelouses sèches sur sable, devenus extrêmement rares en Hauts-de-France. Ces paysages ouverts trouvent leur origine dans les pratiques ancestrales de pâturage itinérant, en place depuis le Moyen Âge. L’élevage extensif, en maintenant la végétation rase, a permis le développement d’une mosaïque de landes, pelouses et mares.

Aujourd’hui, sans intervention humaine, ces milieux tendent naturellement à se refermer :

  • les mares se comblent ;
  • les landes se boisent ;
  • les pelouses sèches disparaissent sous la progression de la fougère ou des ligneux.

Pour préserver ces habitats riches en espèces devenues rares ou menacées, l’ONF met en œuvre des actions ciblées :

  • pâturage extensif par des troupeaux ovins ;
  • battage de fougère réalisé à cheval ;
  • interventions mécaniques adaptées aux zones les plus embroussaillées.

Deux jeunes éleveurs ovins du territoire ont fait le choix audacieux de s’installer en misant exclusivement sur ces pratiques traditionnelles de transhumance, parfaitement adaptées aux enjeux écologiques du site.

©Manon Frangeul / ONF

En juin, une délégation de collaborateurs d'une entreprise, mécène via le fonds ONF-Agir pour la forêt, a été accueillie sur le massif. Cette visite, organisée en pleine saison de pâturage et de floraison, leur a permis de découvrir :

  • les enjeux de la gestion forestière ;
  • le rôle central de la réserve dans le massif d’Ermenonville ;
  • le fonctionnement concret du pâturage itinérant ;
  • et le dialogue quotidien entre forestiers et bergers.

Une occasion privilégiée de comprendre comment ces pratiques anciennes répondent aujourd’hui à des objectifs de conservation modernes.

Visite de la délégation de l'entreprise - ©Martin Douglas / ONF

Un carrefour écologique unique en France

La Haute Chaume occupe une position singulière : c’est le point le plus septentrional du pays où cohabitent des espèces typiques de l’Ouest et de l’Est de la France.

On y retrouve notamment :

  • le Genêt poilu ;
  • la Bruyère cendrée ;
  • l’Engoulevent d’Europe ;
  • le Lézard des souches.

Ces milieux ouverts, associés aux pinèdes et aux blocs de grès, composent des paysages emblématiques immortalisés par des artistes tels que Jean-Jacques Rousseau (1861 - 1938) peintre français connu pour ses œuvres représentant des animaux, des paysages et des scènes de la vie rurale.

L’ONF travaille sur le site en collaboration avec plusieurs structures dont le Parc naturel régional Oise Pays de France et le Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France, mais aussi des structures administratives, établissements éducatifs. Tous travaillent ensemble pour préserver ce patrimoine. Le site est également intégré au réseau Natura 2000, renforçant son niveau de protection. Le projet entre dans sa phase finale au premier semestre 2026, avec la création et la pose de panneaux de sensibilisation sur le site d’accueil de Baraque Chaalis, en cours de rééquipement.

Un entretien à poursuivre dans le temps

La dynamique naturelle des végétations impose une vigilance constante. Les espèces ligneuses et la fougère ont tendance à recoloniser rapidement les milieux ouverts. Grâce aux travaux réalisés en 2025, les prochaines interventions de restauration pourront être repoussées à 2027, à l’exception du battage annuel de la fougère, indispensable pour maintenir l’ouverture des habitats.

En 2026, l’ONF et ses partenaires engageront une nouvelle recherche de financements pour assurer la continuité des actions écologiques. Préserver l’ensoleillement et la diversité de ces milieux est essentiel pour garantir l’accueil des espèces les plus sensibles.

*Mécénat via le fonds ONF-Agir pour la forêt.