©Sebastien De Danieli / ONF

Micromammifères et chiroptères : des suivis pour mieux les connaître

L’ONF suit, depuis plusieurs années, les populations de petits mammifères et de chiroptères dans les forêts publiques hexagonales et d’Outre-mer. Ces suivis visent une meilleure connaissance de ces espèces afin de mettre en place une gestion forestière plus adaptée à ces populations, alliées de nos forêts. Les chauves-souris occupent une place essentielle dans la chaîne trophique. Elles exercent, par exemple, un contrôle important sur les populations d’insectes

« Chauve-souris, mulots, musaraignes… On travaille sur des groupes d’espèces qui n’ont jamais été sous le feu des projecteurs des suivis européens ou français, mais qui sont pourtant essentiels à la vie de la forêt », souligne Sébastien Laguet, membre du réseau Mammifères de l’ONF.

En matière de micromammifères, l’établissement dispose aujourd’hui d’une véritable expertise sur le sujet. Cette reconnaissance s’est récemment concrétisée par l’intégration de l’ONF au Small Mammal Specialist Group (SMSG), un groupe d’experts européens spécialisé.

Mulot
Mulot - ©Laguet Sebastien / ONF

Cette mission a démarré en 2016, année de création du projet Biodiversité et gestion forestière (BGF), porté par INRAE et l’ONF. À l’époque, le programme concernait le suivi des micromammifères présents sur deux sites situés dans les Alpes du Nord et le massif du Jura.

En 2020, le réseau naturaliste de l’ONF a impulsé une surveillance plus poussée et fonctionnelle afin de répondre aux questions suivantes : quels sont les effets des pratiques de gestion forestière sur ces espèces et comment l’écosystème forestier s’adapte-t-il à un réchauffement climatique rapide ?

Le programme s’est développé, avec la mise en place d’un suivi annuel standardisé à long terme et de nouveaux sites de suivi plus représentatifs des forêts publiques dans l’Hexagone. « À partir de 2020, nous avons commencé à travailler à la fois sur des endroits faisant l’objet d’une exploitation forestière classique et un autre situé en zone de protection forte environnementale, comme les réserves biologiques. Nous avons également mis en œuvre un déploiement de suivi de ces espèces, accompagné notamment d’un suivi des fructifications et des prédateurs », complète Sébastien Laguet.

La mission d’intérêt général Biodiversité et Paysage a permis d’enrichir ce travail, au travers du protocole PatriNat et de la collaboration menée avec la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM). « Grâce aux augmentations de moyens financiers permises par le ministère de la Transition écologique, nous avons pu aller plus loin dans nos actions : acheter le matériel de capture des micromammifères, des pièges photos pour les prédateurs, des bacs à fructification… », rappelle Sébastien Laguet, qui espère ainsi pouvoir constituer un référentiel forestier national. Depuis, le protocole se déploie chaque année un peu plus : en 2024, 20 sites étaient suivis.

Suivre les dynamiques des micromammifères forestiers

Pour comprendre les facteurs qui influencent leurs évolutions à long terme, il est essentiel d’analyser les tendances selon :

  • Les régions biogéographiques et les essences dominantes des peuplements forestiers ;
  • Les fructifications (et le maintien de la capacité des arbres à se reproduire) ;
  • La pression des concurrents herbivores ;
  • Les prédateurs ;
  • Le bois et les rémanents au sol (abri, réserve de nourriture) ;
  • Les pratiques sylvicoles ;
  • Le lien avec le réchauffement climatique.
2 naturalistes observent un micromammifère
Inventaire de micromammifères en forêt pour le suivi naturaliste et scientifique - ©Sébastien Di Danieli / ONF

Des tendances diverses

Le protocole mis en place en 2020 donnera prochainement des données exploitables. En attendant, quelques tendances se dégagent. Parmi celles-ci, on constate que les forêts mixtes (feuillus et résineux) semblent accueillir une plus grande diversité d’espèces de micromammifères que les forêts résineuses et que la plupart des forêts feuillues. Les micromammifères manifestent également une réponse très rapide aux changements environnementaux, avec des fluctuations de population selon les années, les fructifications et le réchauffement climatique. Enfin, leur présence tend à diminuer dans les zones où se trouvent les populations de Chouettes de Tengmalm et Chevêchette, prédateurs.

Campagnol roussâtre
Campagnol roussâtre - ©Laguet Sebastien / ONF

Vers une gestion adaptée

À terme, ces observations aideront à intégrer davantage ce maillon essentiel de la biodiversité forestière dans la gestion courante.

Pour y parvenir, il a d’abord été nécessaire d’identifier les pratiques sylvicoles susceptibles d’influencer les populations de micromammifères : crochetage de la ronce, extraction du bois mort et des rémanents après une coupe, ou encore tassement du sol lié au passage des engins.

L’enjeu consiste désormais à définir des solutions réellement adaptées. « Pour 2026, nous réfléchissons à des mesures à mettre en place par le biais de petits protocoles spécifiques qui mesureront les effets plus précisément. Par exemple, on pourrait demander à certains collègues de mettre en place un protocole pour voir les effets du crochetage des ronces ».

Autre piste : accroître les quantités de bois mort au sol par les rémanents d’exploitation, afin d’augmenter la quantité de cachettes ou de sites de nourrissage abrités des prédateurs.

Un programme de surveillance des chiroptères en Outre-mer

Depuis deux ans, l’ONF est impliqué dans un programme de surveillance des chiroptères de Martinique et Guadeloupe : le projet Chimagua (2023-2025). Sélectionné dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt « Développement de la surveillance de la biodiversité terrestre dans les Outre-mer » de l’OFB en 2022, ce travail est le fruit d’une grande collaboration entre acteurs locaux : le Parc naturel régional de Martinique (pilote), le Parc national de Guadeloupe (pilote), les DEAL concernées (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement), le bureau d’études ARDOPS Environnement, l’ASFA (Association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles), la SFEPM et le CESCO (Centre d’écologie et des sciences de la conservation).

Ce projet vise à renforcer et structurer l’acquisition des connaissances, obtenir des indicateurs pour décrire l’état de conservation des chiroptères, mesurer leur évolution et favoriser leur prise en compte dans les politiques publiques et les futurs plans de gestion.

Les équipes ONF présentes sur place participent ainsi à des formations sur la capture de ces espèces protégées, la pose de balises GPS et le suivi de gîtes.

Cette présence devrait bientôt se voir renforcée grâce à leur intégration dans le réseau naturaliste Mammifères de l’ONF (jusqu’alors centré sur l’Hexagone), assurant ainsi une participation plus importante dans l’organisation des études.

La surveillance va, elle aussi, s’intensifier avec le lancement d’un programme type Vigie-Chiro (détecteurs ultrasonores passifs) dans les Antilles, qui permettra de mieux connaître et caractériser les habitudes et les comportements des chiroptères.

Les programmes de suivi en faveur des micromammifères ou des chiroptères (Vigie-Chiro notamment) sont en place et vont continuer à se développer dans les prochaines années dans l’Hexagone et en Outre-mer.

En métropole, la connaissance et la surveillance des chiroptères sont déjà à bon niveau, comme le témoigne l’ouvrage paru en 2023 : Chauves-souris et forêt, des alliées indispensables. L’ONF a amorcé une réflexion autour des activités de gestion et de leur impact sur ces populations fragiles et indicatrices de la qualité de la biodiversité et des forêts. Les chauves-souris ont tendance à préférer des environnements forestiers où elles trouvent les insectes dont elles se nourrissent, peu exposés aux fortes chaleurs induites par le changement climatique. Recenser l’absence ou la présence de ces mammifères se révèle donc être une aide précieuse puisque cela renseigne directement sur l’équilibre forestier et les bonnes pratiques sylvicoles.

Les chiroptères en France