©Jacklyn Durrenberger / ONF

ONF-SHF : un partenariat au service des amphibiens

Les amphibiens représentent le groupe taxonomique le plus menacé au monde. Indicateurs écologiques, la présence des amphibiens témoigne de la qualité des zones humides en forêt et de l’équilibre des écosystèmes. À travers sa collaboration avec la Société herpétologique de France (SHF), l’ONF participe au programme national de surveillance des populations d’amphibiens (POPAmphibien) afin de contribuer à la préservation de ces espèces.

Le constat est explicite : 23 % des amphibiens et 24 % des reptiles sont menacés en France hexagonale. La cause principale ? La dégradation des habitats. Depuis une quinzaine d’années, l’ONF participe activement aux différentes études menées dans le cadre des politiques environnementales de conservation (listes rouges, rapportages de la Directive Habitats Faune-Flore, évaluation des trames vertes et bleues…).

« Grâce aux moyens alloués par la mission d’intérêt général Biodiversité et Paysage, nous renforçons nos actions en matière de surveillance. Cela se traduit notamment par notre engagement dans le programme POPAmphibien », explique Cédric Baudran, animateur du réseau Herpétofaune à l’ONF. Depuis 2021, ce protocole national permet de recueillir des données empiriques, fiables et de vraies tendances de terrain, contribuant ainsi à un suivi national de l’herpétofaune. POPAmphibien fait aujourd’hui partie du programme national du Schéma directeur de la surveillance de la biodiversité terrestre (SDSBT) coordonné par PatriNat. La SHF en est le pilote.

« La MIG a changé la donne, car elle nous permet de déployer, de façon pérenne, ces programmes dans le réseau des forêts publiques. Et depuis que la SHF se charge de valoriser les données, nous disposons de courbes de tendances et d’analyses. C’est très stimulant : nous commençons à observer le résultat de notre travail mené depuis près de quinze ans ! » se réjouit Cédric Baudran

Petite grenouille en Guyane
Scarthyla goinorum découverte en 2022, à Ouanary en Guyane - ©Vincent Premel / ONF

En France hexagonale et en Corse, près de 9 000 zones humides ont été sélectionnées. Elles sont suivies avec régularité et relevées une année sur deux.

 4 550 sites se situent en forêt, dont 27 % en forêt publique. Les équipes de l’ONF suivent ainsi 318 sites. « Actuellement, c’est environ 4 % des sites de suivi. Cela peut paraître peu, mais cela représente des données dans des sites où on ne pourrait pas aller ! C’est important pour nous de travailler avec des organismes comme l’ONF, car on sait que les données vont être qualitatives », indique Audrey Trochet, chargée de mission à la Société herpétologique de France (SHF).

L’experte poursuit : « Plus de 40 % des espèces étudiées et suivies en France hexagonale montrent des tendances en diminution, même chez des espèces assez communes comme le Crapaud calamite, le Triton palmé ou la Salamandre tachetée qui est une espèce inféodée aux zones forestières ».

En Guyane, la SHF élabore et valide des protocoles depuis deux ans, en lien avec les réserves naturelles. L’ONF est un appui actif de ce dispositif de surveillance, comme le rappelle Cédric Baudran : « Avec l’expérience des réseaux naturalistes de l’ONF et les spécificités de la Guyane que les collègues sur place connaissent très bien, nous contribuons à la création d’un réseau naturaliste guyanais ».

les membres du réseau naturaliste Herpétofaune identifient et recensent les espèces d’amphibiens présentes dans les mares forestières
À l’aide de nasses, les membres du réseau naturaliste Herpétofaune identifient et recensent les espèces d’amphibiens présentes dans les mares forestières - ©Savier Henri-Pierre / ONF

La grande force de cet établissement, c’est d’avoir des experts présents sur le long terme : on a plus de quinze ans de suivi sur des sites et on sait que dès qu’un premier suivi est mené, il durera plusieurs années !

Audrey Trochet, chargée de mission SHF

Repérer et s’adapter

Dans un premier temps, ces programmes de surveillance permettent de distinguer la présence de certaines espèces. Cédric Baudran précise : « Lorsque nous mettons en place ces programmes, des experts sur le terrain recueillent des données. Cela permet de préciser à nos collègues forestiers les espèces particulières qui se trouvent à tel ou tel endroit, et ainsi de leur fournir les clés pour adapter leur gestion forestière au plus près des enjeux et besoins ».

Sonneur à ventre jaune (amphibien)
Sonneur à ventre jaune - ©Richard Jean-Baptiste / ONF

C’est particulièrement le cas pour les mares à reproduction explosive, nombreuses en Guyane. Ces sites, qui regroupent beaucoup d’espèces en très peu de temps, sont facilement impactés par les actions forestières. « Lorsque l’on crée des pistes à travers la forêt, cela produit d’importantes emprises sur ces mares et les impacte. Des études sont réalisées pour éviter de passer sur ces zones très riches », résume Cédric Baudran.

En étudiant la micro-topographie du sol, la technique du LiDAR (télédétection par laser) permet ainsi de déceler les zones concernées et de les contourner. Le principe est simple : mieux surveiller pour mieux protéger.

Un suivi local plus développé

En métropole, l’ONF et la SHF souhaitent accroître leur collaboration au sein des agences territoriales, en mobilisant, à partir de 2026 dans le cadre de la mission d’intérêt général, davantage d’agents pour assurer un suivi local encore plus développé.

En Guyane, POPAmphibien va continuer de se déployer à travers de nombreuses actions : développement des outils de saisie des données, hiérarchisation des espèces, nouveaux protocoles, organisation de journées d’échanges techniques entre l’ONF et la SHF…

Enfin, le programme continuera de se développer en Outre-mer, avec la mise en place de POPAmphibien à Mayotte et à La Réunion.

Le travail entre la SHF et l’ONF montre parfaitement comment une collaboration structurée et bien menée peut donner lieu à un vaste réseau qualifié et, surtout, assurer des programmes de suivi fiables et complets en faveur de la biodiversité

Cédric Baudran, animateur du réseau naturaliste Herpétofaune de l'ONF

Une naturaliste observe un amphibien dans une boite spécialisée
Inventaires menés dans la réserve des Nouragues (Guyane) dans le cadre de la mission Orion - ©Jacklyn Durrenberger / ONF

Collaboration ONF / SHF : des apports réciproques

La SHF participe également à la montée en compétences des forestiers. Formation en statistiques, identification, reconnaissance des espèces… De quoi permettre aux équipes ONF de devenir très vite autonomes sur des projets communs.