Collection de coléoptères – ©Jade Solère /ONF

A Quillan, un laboratoire d'entomologie forestière unique dédié à la connaissance

A l'heure du réchauffement climatique et des menaces qui pèsent sur la biodiversité, le Laboratoire national d'entomologie forestière de l'ONF, installé à Quillan dans l'Aude, joue un rôle clé dans la connaissance et la protection des insectes forestiers. Immersion aux côtés des personnels qui y travaillent, pour comprendre leurs missions et découvrir le monde de l'entomologie forestière.

Un laboratoire pionnier au service de l'entomologie forestière

Le projet de laboratoire a vu le jour en 1998 grâce à l’initiative d’un agent de l’ONF passionné d’insecte, Thierry Noblecourt, qui a fondé à Quillan une cellule spécialisée en entomologie. Après la création au sein de l’ONF du réseau entomologie en 2004, le laboratoire « partagé » entre l’ONF et l’Opie (Office pour les insectes et leur environnement) a vu le jour en 2010. En 2019, il devient laboratoire d’identification officiel au niveau national pour le Département de la santé des forêts (DSF).

Aujourd’hui, quatre agents permanents y travaillent exclusivement sur l’entomologie et réalisent des échantillonnages, des inventaires et des suivis dans les réserves biologiques de l’ONF dans le cadre de la mission d'intérêt général Biodiversité et Paysage, pour des grandes villes, des réserves naturelles, des parcs régionaux ou nationaux, ou diverses institutions. Ils se consacrent à l’étude des insectes forestiers, et plus précisément aux coléoptères du bois, nommés saproxyliques. Ces derniers constituent un vaste groupe de 2 700 espèces en France hexagonale. Au cours des années, de nombreuses collaborations ont été construites avec des associations naturalistes, des parcs naturels régionaux et nationaux, le Muséum national d’Histoire naturelle, ainsi que des institutions scientifiques, notamment INRAE ou l’Ecole d’ingénieurs de Purpan (Toulouse).

L'importance de la bibliographie

Un élément important pour l’identification en entomologie est la bibliographie. On reconnaît deux types d’ouvrages : les revues et les livres. Dans les revues sont publiés régulièrement des articles contenant des clés d’identification et des éléments de répartition, de biologie ou d’écologie sur un ou plusieurs taxons. Le laboratoire utilise et archive des revues nationales, mais également internationales.

La bibliothèque contient aussi des livres : des faunes, des atlas et des catalogues. Les faunes sont des outils de synthèse indispensables traitant généralement d’une famille sur un territoire donné. Les faunes françaises autant que celles des autres pays européens sont utilisées. Ces sources sont recoupées avec les atlas et les catalogues parfois plus récents ou contenant des informations complémentaires. Le but est d’utiliser tous les ouvrages de la communauté entomologiste européenne pour réaliser des identifications fiables.

Exemple de revues nationales ou internationales d’entomologie - ©Jade Solère /ONF

La collection de référence

Au sein du laboratoire, on retrouve une collection de référence qui regroupe environ 5 500 espèces et 30 000 spécimens. Elle peut être définie comme une collection d’échantillons biologiques servant d’étalon pour aider à l'identification des taxons. À la différence d’une collection muséale, où l’on retrouve beaucoup de spécimens pour chaque espèce, l’objectif ici est de concentrer sur quelques individus un panel représentatif des formes que peut prendre chaque espèce afin de faciliter l’identification.

L’une des boîtes de la collection de référence du laboratoire - ©SAGUER Arnaud / 16Prod / ONF

Sur le terrain, la pose des pièges

La première étape est de prospecter dans la forêt pour trouver des dendro-microhabitats propices à accueillir les coléoptères saproxyliques : des écorces décollées, des cavités d’arbres pour les feuillus, des chandelles… Ces habitats renferment des « espèces exigeantes », du fait de la rareté de certains d’entre eux ou de la spécificité des milieux.

Ensuite, on monte le piège, on le suspend à hauteur d’homme à proximité d’un habitat intéressant, puis on remplit le flacon récepteur avec un liquide de conservation. Le piège est posé pendant 3 mois, avec des prélèvements tous les 15 jours, étape qu’on appelle la récolte.

Ce procédé se distingue de la recherche active, un autre outil à disposition des entomologistes pour inventorier la faune. Ce type de recherche, qui peut être opérée par différentes méthodes, demande plus de temps. Elle est également difficilement standardisable en raison de « l’effet observateur » qui dépend des compétences et des habitudes de l’opérateur. La recherche active est souvent utilisée en complément du piégeage et permet de détecter d’autres espèces.

Protocole de la pose d'un piège d'interception

Le réseau entomologie de l'Office national des forêts

L’entomologie, c’est l’étude des insectes. Parmi les 6 réseaux naturalistes de l’ONF, le réseau entomologie, créé en 2004, est composé de 29 membres aux activités diverses : techniciens de terrain, aménagistes, SIGistes, chargés d’étude... Fabien Soldati est l’actuel animateur de ce réseau. Les membres sont des sources d’informations et des relais au niveau local. Ils réalisent des inventaires dans les réserves biologiques notamment. Leur but n’est pas seulement d’inventorier la biodiversité présente, mais également de « bioévaluer » le milieu, c’est-à-dire d’utiliser les espèces rencontrées pour évaluer la valeur biologique d’un site.

 

Découvrez en images un inventaire mené par le réseau naturaliste entomologie de l'ONF

Ce travail demande de respecter des protocoles rigoureux et standardisés. Le caractère reproductible des protocoles permet de suivre sur plusieurs années des évolutions et donne une véritable valeur aux données. Connaître les insectes en forêt permet d’appuyer la gestion forestière. À travers les études faites sur les insectes forestiers, les membres du réseau apportent des informations et des outils pour améliorer ou accompagner la gestion, dans certains cas, pour des espèces qui sont particulièrement sensibles ou exigeantes dans le but de les préserver.

Le laboratoire, c’est le centre névralgique du réseau. C’est un lieu pour se former, avec un accès aux collections du réseau et à toutes les ressources bibliographiques.

Un des nouveaux enjeux pour le réseau est de se confronter à des phénomènes d’ampleur comme le changement climatique. On observe un net phénomène de remontée d’espèces méridionales venant d’Espagne et d’Italie dans les milieux méditerranéens. Par exemple, il a été récemment observé dans la région de Narbonne, dans le massif de la Clape, des coléoptères liés au Pin d’Alep que l'on observait en limite nord dans la région de Tarragone ou à Majorque (Baléares). On n’observait pas ce phénomène il y a 15 ou 20 ans.

Fabien Soldati, animateur du Réseau naturaliste entomologie

Rencontre avec Clémence Pillard, chargée d'études au Laboratoire national d'entomologie forestière

©Jade Solère / ONF