©Martin Girard / 16prod / ONF

Programme STOC : suivre l’évolution des oiseaux communs dans les forêts françaises

Initié en 1989 par le Muséum national d’Histoire naturelle, le programme de Suivi temporel des oiseaux communs (STOC) est un projet participatif qui évalue les variations d’abondance des populations d’oiseaux communs. C’est l’un des premiers programmes de suivi auxquels l’ONF a adhéré, témoignant de sa volonté de concilier préservation des habitats et réalisation de travaux forestiers adaptés. Aujourd’hui, le soutien apporté par la mission d’intérêt général Biodiversité et Paysage vient renforcer ce travail, lancé il y a plus de vingt ans.
2 forestiers qui observent à la longue vue
Mission d'écoute des oiseaux dans la réserve naturelle de dunes et marais d'Hourtin (Gironde) - ©Giada Connestari / ONF

Le STOC est l’outil national de référence pour les suivis de l’avifaune commune. Intégré au dispositif Vigie-Nature, sa coordination est assurée par le Muséum national d’Histoire naturelle ; la Ligue de protection des oiseaux (LPO) en est actuellement le bras technique. Il s’inscrit également dans le Schéma directeur de la surveillance de la biodiversité terrestre. L’ONF s’est associé à ce programme (pour les sites en forêt domaniale), dès la mise en place de son réseau naturaliste Avifaune en 2004.

Animateur du réseau Avifaune à l’ONF, Sylvain Ducruet explique : « Il y a une vingtaine d’années, nous avons voulu structurer les choses, être nous-mêmes moteur pour produire un indicateur de tendances et de suivi de population des oiseaux communs dans les forêts ».

Un renfort nécessaire pour Lorraine Delthel, coordinatrice de suivis avifaunistiques à la LPO : « Collaborer avec des acteurs institutionnels comme l’ONF, c’est important pour nous. Cela donne de la légitimité et permet à ce suivi d’être reconnu plus largement ».

Côté ONF, le STOC est indispensable pour faire avancer la relation entre avifaune et gestion forestière, comme le précise Sylvain Ducruet : « Cela nécessite de comprendre quelles sont les interactions entre la gestion forestière et les espèces d’oiseaux et comment les espèces occupent les espaces forestiers. Les résultats du STOC montrent un maintien des habitats favorables à la biodiversité. Ce constat illustre qu’exploitation forestière et préservation sont compatibles ».

Qu’est-ce qu’un oiseau commun ?

Un oiseau commun désigne une espèce largement répandue et régulièrement observée dans un milieu donné. Ces oiseaux ne sont pas forcément les plus nombreux, mais ils sont suffisamment présents pour permettre de suivre l’évolution de leurs populations au fil du temps. Parmi les espèces forestières fréquemment suivies figurent notamment le pinson des arbres, le rougegorge familier, les mésanges charbonnière et bleue, la sittelle torchepot, le grimpereau des jardins ou encore le pic épeiche.

La spécificité des forestiers de l’ONF

Le STOC est un protocole participatif standardisé, basé sur des points d’écoute (STOC-EPS, Échantillonnages ponctuels simples) répartis en carrés observés annuellement, suivis par le même observateur sur le nombre d’années durant lesquelles celui-ci est disponible.

Le suivi par un seul et même observateur est une donnée primordiale de ce protocole, pour éviter les biais dus aux différences d’écoute et d’identification. Depuis 2004, 395 espèces ont été observées, dont 200 par l’ONF. 88 forestiers de l’ONF ont participé au programme avec des plus-values propres à leur statut. Une donnée importante, qui permet aujourd’hui de dégager des tendances sur les espèces forestières.

1 forestier qui observe à la longue-vue
Inventaire ornithologique - ©Brochier Simon / ONF

Vingt-deux ans de STOC : les constats

Entre 2001 et 2023, toutes espèces confondues, les chiffres montrent une baisse de - 17 % des populations d’oiseaux en France. Les espèces forestières connaissent elles aussi un recul, toutefois plus limité : - 8,5 %. Si ces chiffres sont moins préoccupants en forêt qu’ailleurs, cela ne veut pas dire que tout va bien pour autant.

En effet, l’étude de certains détails fait apparaître des nuances : « La tendance est globalement stable, mais à l’intérieur de la courbe observée, il peut y avoir des espèces dont la présence chute considérablement depuis ces dernières années, comme le Coucou gris ou le Troglodyte mignon », explique Lorraine Delthel.

Afin d’affiner ces observations et d’obtenir une surveillance plus complète de l’avifaune forestière, le protocole de suivi évolue progressivement.

Au-delà de l’importance des suivis de long terme assurés par les équipes de l’ONF, la répartition de ces derniers sur l’ensemble des territoires permet aussi d’assurer une meilleure représentativité des habitats forestiers

Lorraine Delthel, coordinatrice de suivis avifaunistiques de la Ligue de protection des oiseaux

Les perspectives du STOC

Désormais, l’idée est de mieux connaître les tendances sous-jacentes : quelles sont les espèces qui se maintiennent dans les forêts ? Celles qui se raréfient ? Quels sont leurs comportements ? Lorraine Delthel explique : « L’objectif consiste à mieux comprendre ces chiffres. Pour cela, le projet consiste à intégrer désormais tous les oiseaux que l’on peut observer en forêt, même ceux qui passent ponctuellement, et voir si ces résultats nous offrent des tendances différentes et plus précises ».

De nouveaux éléments viendront compléter les observations : statut foncier des sites traités, stratégies de migration ou de nidification des espèces…Les suivis seront aussi abordés d’une nouvelle manière dans les forêts : « Jusqu’à présent, l’étude des oiseaux inféodés aux milieux forestiers s’effectuait espèce par espèce. Désormais, il s’agit d’observer l’habitat forestier en premier lieu et de regarder quels oiseaux s’y trouvent. En termes d’analyse, c’est une autre approche complémentaire qui permet d’obtenir de nombreuses données ».

La mission d’intérêt général Biodiversité et Paysage (MIG) joue un rôle essentiel dans cette nouvelle approche. « Elle devrait nous permettre d’augmenter la participation de nos collègues des agences territoriales et des agences études qui ne sont pas membres du réseau », souligne Sylvain Ducruet aujourd’hui.

La MIG favorise également une diversité d’observation, desquelles découlent des actions en faveur des habitats forestiers. Les équipes ONF prévoient notamment de porter une attention particulière aux milieux ouverts (prairies, landes, lisières) afin d‘assurer, dans le cadre de la gestion, la préservation des espèces qui les fréquentent.

 

Observation d'engoulevents d'un forestier de nuit
Inventaire des engoulevents dans la réserve biologique intégrale de la Sylve d'Argenson en forêt domaniale de Chizé (Deux-Sèvres) - ©Martin Girard / 16prod / ONF

Avifaune et gestion forestière

L’ensemble des observations effectuées dans le cadre du dispositif STOC viennent renforcer et guider la protection et la restauration de la biodiversité dans la gestion forestière.

Parmi les exemples qui traduisent cette meilleure prise en compte : la délimitation, pour les grands rapaces, d’un périmètre de deux cents mètres autour de chaque nid et l’absence d’intervention pendant la période de reproduction. À noter que chaque couple et chaque nid des espèces patrimoniales est suivi de près, en particulier celles bénéficiant d’un Plan national d’actions en faveur des espèces menacées.

Pour l’ONF, la surveillance en forêt ne s’arrête donc pas aux protocoles. Elle passe aussi par les observations de ses équipes de terrain, au quotidien, au service d’une prise en compte toujours plus forte et plus fine de l’environnement qui constitue l’un des piliers de l’action de l’ONF depuis sa création.